Avant de m’allonger dans un fouillis de draps et quatre oreillers, Je veille. En terrasse, surplombant le jardin, prévenant la nuit, où dans l’obscurité la
fraicheur chasse peu à peu l’air tiède précédant, je me balance sur ma chaise roulante. Je bascule tel un métronome, ponctuant un chant indien avec tabla et harmonium. J’apprécie
l’élancement de mon arbre, un eucalyptus qui baille dans un bruissement ad minima. J’imagine sa sève surgissant des profondeurs et l’irrigant de branches en branches. Mes singes intérieurs
jouent et s’élancent bras en croix, de la cime à travers les feuilles. Dans les bambous, des bordées d’injures fusent des piafs qui s’esbroufent à l’approche du faucon crécerelle. A la base des
hautes tiges, le chat gris est immobile. Je lève les yeux et fixe une étoile. Le vent aussi s’est levé, doux, caressant. D’un revers du décor, il secoue la frondaison des feuillus de l’ubac avant
son retour sur l’adret. J’entends la frime de son souffle avant qu’il ne balaye mes dernières mèches. La pierre chauffée au long du jour restitue une tiédeur propre aux jardins éternels enfuis au
fonds des îles. J’allume une sèche. La crête des montagnes s’estompe peu à peu à la faveur du crépuscule. Un verre de vin à la main, je dodeline de la tête à l’indienne et ferme les yeux. Je suis
vivant. Un hêtre vivant, un fayard à quatre pattes. Et je bois, perdu et insignifiant dans cet univers grandiose, entre les cuisses de la montagne, à ma Mère, à la nature… aux teintures mères et
je vais me coucher me disant tiens j’ai peut être trop fumé. Tu me manques Pénélope.
fleurs et tomates