Informez vous et faites passer
Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
Quand tout à coup je me suis dit bon sang mais c'est bien sûr, je suis né dans
cette bonne ville...allons de ce pas à la mairie de l'arrondissement où feu mon papa me déclara. Les fantômes en ces murs me reconnaitront à coup sûr, eux aussi. J'y suis donc allé, et je me
suis avancé à travers salles et colonnes jusqu'au bureau de l'état civil où un employé me fit signe que c'était à moi. Je luis expliquai, à cet homme fatigué, un peu morne, pas gai quoi. Il
me dit remplissez le formulaire. Déjà, quand on remplit un formulaire, passe du temps pendant lequel on ne se sent pas immédiatement rejeté par un système qui a tout prévu d'avance, te faire
chier au maximum, afin que tu te sentes tout petit face ce qui reste indéfini à savoir ce qu'on appelle peut être la société ou bien même la civilisation... Je remplis donc mon formulaire mais je
m'arrêtais net dans la dernière partie, où l'on me demandait de préciser les références de mes pièces d'identité que j'avais perdues...J'expliquai alors à l'employé que j'espérais obtenir de lui
une fiche individuelle d'état civil afin d'être en possession d'un premier document me permettant d'avancer dans la récupération de mon identité. Il rit. Il rit encore. Je vois dit il,
eh je vais vous faire çà, et allez au commissariat deux rues à droite en sortant et demandez leur une déclaration de perte...Vous revenez avec, et là je vous fais une vraie déclaration d'état
civil...je courus presque jusqu'à ce commissariat...Ambiance connue déjà, là point de dame à terre, ni de gardé à vue exprimant bruyament son désacord quant à son incarcération, juste un gamin
d'une dizaine d'années, entouré de ses parents qui expliquait à l'agent prenant sa déposition comment il se faisait raquetter tous les jours à la sortie de son école. J'avançais, expliquais mon
"problème "et essuyais le même refus qu'à l'habitude à savoir point de papiers, points de papiers.
Je sortais alors, fier de moi mon précieux "aus weiss" qui décidait alors l'agente de police à me remplir une déclaration de perte...mais que pour la carte d'identité, parce que
pour votre permis, comme il a été fait avant septembre 1978, il ne sort pas sur les fichiers , vu qu'il n'a pas été informatisé...
-donc pas de déclaration de perte possible pour le permis...
- donc pas possible de faire un duplicata....
- eh oui...
- donc je vais conduire sans permis....
-ah non...
- ah si...
- pour l'opposition concernant ma carte bleue et mon chéquier , la responsable de l'agence de ma banque m'a demandé pour confirmer l'opposition une déclaration de perte, au commissariat...
- c'est toujours pareil, les banques n'y connaissent rien, çà ne se fait pas
- mais si, elle m'a ssuré que...
- mais non...Vous comprenez, un agent qui a une vraie conscience professionnelle et vous n'obtenez même pas cette déclaration que je vous fais...
je suis donc reparti, en me disant que j'avais de la chance d'être tombé sur quelqu'un qui n'avait pas de vraie conscience profesionnelle, parce que un flic donc qui a une vraie
conscience professionnelle, il te pourrit la vie, jusqu'au trognon... Avec ma seule déclaration de perte de ma carte d'identité certes , mais avec le sentiment que ma vie avait avancé de
dizaines de kilomètres de métro, de trottoirs et de diverses cogitattons liées au travail qui risquait de me passer sous le nez à cause de cette mésaventure. De l'inutile, du temps passé à
l'inutile, offert à la vacuité, pisser sur l'infini.
A la mairie, je reçus enfin une fiche d'état civil...Bon et maintenant...
Dans la rue trainaient des africains, des gens couverts sous de capuches, l'air triste, peut être parmi eux des sans papiers, pour qui mon aventure serait un simple délice, dans cette jungle
Kafkaïenne sous le ciel gris de Paris.
fleurs et tomates