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Le temps qui passe

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Lettre à une amie chomiste, d’un chomiste  qui n’en revient pas d’avoir été pris pour quelqu’un qui travaille…

 

 

Chère Bénédicte…,

 

 

« Colle qui chie colle pas, colle qui chie pas colle pas »…proverbe de compagnon menuisier

 

Ce qui ne colle pas, c’est de se sentir comme dans la peau d’une vieille chanson de Souchon, je suis bidon, « consternation, elle dépasse pas le 80 ma traction… »,

Hier, je suis arrivé dans cette réunion dont je t’ai parlée, comme n’importe quel individu se rendant à son travail. La réunion a démarré promptement, sans me laisser le temps de réfléchir à la situation. Le directeur est intelligent, efficace, mieux il est avenant, gentil, cultivé, sensible, bref un ami, un collègue de travail comme j’imaginerai qu’il puisse devenir. Directeur de ce centre culturel, il se souvenait de moi, comme quelqu’un de la presse qui couvrait son précédent événement, alors il m’avait convié à cette réunion pour préparer le suivant. Pire, je me suis pris au jeu. J’ai aimé çà. Je me disais, voilà un boulot qui me plairait.  C’est dingue, j’avais l’impression de travailler, mieux, ou bien pire encore, les autres aussi, avaient l’impression que je travaillais, avec ma petite caméra, pour eux, je travaillais pour une télé du oueb. L’illusion était parfaite. Même que je savais qu’il n’en était rien. Je n’ai rien osé dire, pas même que ce serait bien qu’on me fournisse des cassettes. Non, Je travaillais et c’était passionnant. J’aurais pu tout autant avec un autre hasard, me glisser dans un autre scénario, une réunion de gangsters pour préparer le prochain casse, ou bien sur le plateau d’un tournage de film dans une nuée de figurants et soudainement propulsé à la faveur d’une  bousculade au devant de la scène, allez on la refait mon coco.

Je travaillais, mais comme toujours, j’étais bénévole. Voilà, un mot qui me taraude depuis des années et qui me colle comme mon ombre et qu’aujourd’hui je déteste, comme une vertu que je piétine à l’heure où ce n’est pas la vie qui devient chère mais l’espérance d’un salaire que l’on guette et attendrait d’une activité soutenue, souvent reconnue dans bien des associations. C’est fou ce qu’on peut travailler quand on n’a pas de boulot et c’est fou ce que la collectivité perdrait si j’en trouvais à ma mesure. Je ne vais pas te refaire le coup de te décrire tous les emplois que j’ai honoré de ma présence gratuite. Dans cette réunion autour de la table ou cinq personnes étaient conviées à divers titres, comme représentant d’une radio locale ou d’un conseil général, Il y avait une comédienne d’une troupe qui sera invitée en résidence dans le centre, sans qu’elle se douta un seul instant qu’elle avait un « collègue » qui lui donnait la réplique, mais elle semblait intriguée si j’en juge par la persistance de son regard interrogatif à mon endroit. Comme on m’adit un jour dans une salle d’ANPE, « soyez un acteur de votre réussite ». J’ai dépassé le concept, je suis devenu le comédien et le spectateur de ma vie, du même acabit que le journal insipide, je suis un gratuit.

 

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Commentaires

Philippe! Il n'y a pas d'âge pour vivre ce genre d'humiliation. Chômeur intermittent lorsque j'atteignis à la fin de mon parcours professionnel, j'ai également vécu ces rencontres au cours desquelles des gens irréprochables et si bien sur eux-mêmes vous suggèrent de faire don de votre personne à de nobles causes. Des qui s'empiffrent mais qui feignent de ne pas voir que vous commencez à souffrir de la faim. Des gens de gôche, parfois. Donc, je comprends. Amitiés.
commentaire n° : 1 posté par : André (site web) le: 23/04/2008 16:22:31

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