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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Les pieds en dedans.

Montpellier, hier après midi, à suivre sur les trottoirs un ami qui travaille à la Cimade, jusqu’à parvenir au local. Les murs blancs un peu défraîchis, une grande pièce, des tables simples tout comme un mobilier rare, des ordinateurs qui datent, excepté un petit portable tout neuf qui inquiète son utilisatrice. L’association attend de s’agrandir dans le même immeuble, c’est pour bientôt, enfin on l’espère. Des gens sont accueillis, là, de tous pays j’imagine. Deux petites filles assises en attendant leur mère qui est reçue à cet instant, se parlent, insouciantes, elles jouent, comme toutes les petites filles du monde, comme celle du quartier aussi. Un jeune homme, assis à coté, attend. Ceux qui viennent ici , savent ce que veut dire attendre. On a l’impression, que pour certains, la vie est une longue attente. Vas, tu vas vivre, mais tu attendras...La vie nous jette selon notre fortune ou infortune, ici où là sur la planète et le sort est radicalement différent à la mesure du hasard qui nous a fait naître d’un endroit ou l’autre. « On ne choisit pas sa famille, ou les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger....pour apprendre à marcher » dit la chanson de Le forestier. Tout le monde sait cela et tout le monde professe seulement qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde...Alors la misère s’invite sans qu’on la sollicite. Elle vient à ce local de la Cimade à Montpellier comme dans d’autres endroits, quérir une attention, une explication, un réconfort, un point de réflexion sur une énigme administrative, le petit truc qui fait que tout change, qu’on va pouvoir rester, ou bien être viré, bien qu’on y soit déjà depuis un moment, attaché à se construire tout autant que l’on donne au pays d’accueil. C’est un petit entonnoir ici, une ruche, pleine d’initiative, un moment d’espoir, ou bien d’autres mots pour contourner et souligner l’indicible, la mouche du coche qui réveille la conscience d’un monde qui se marche sur la gueule. Non la misère n’est pas due au hasard ou à la fatalité, elle n’est pour moi que le résultat de l’ensemble des égoïsmes et de l’étroitesse des cœurs. Je me rappelais ces visages ce matin, ces visages de femmes inquiètes à la table d’un « médiateurs » ou d’un(e) conseiller(e), » on va envisager le pire », dit l’une d’elle, comme pour préparer ce couple à des moments difficiles et prendre une longueur d’avance sur la réflexion à tenir en cas de difficultés... les enfants qui attendent, le jeune homme qui a attend son « papier », lui réclamant des « preuves », mot inquiétant sans commune mesure avec la limpidité de son parcours, lui qui poursuit son bac pro... des preuves, des preuves de quoi, de qui, de quand, un mot détaché de tout contexte et incompréhensible, une question dans le genre des devinettes posées  à la manière de Coluche, « quel est le pigeon ? » Et puis celui là, fatigué, sans âge, aux habits sans forme, assis comme une vie en suspens, avec les pieds qui rentrent dedans, avec le cœur dans les godasses, un homme, un être humain dont la seule infortune est d’être né quelque part, au mauvis endroit, au mauvais moment.  J’en avais une autre dans ma petite tête, pourquoi moi, pourquoi suis-je né là , quelle est ma responsabilité dans ce monde injuste ? Et la radio ce matin, sur France Q, qui témoignait du sort fait aux « roms » en Italie, chassés de leurs campements aussitôt détruits et brûlés autour de Naples, des cocktails Molotov, de la haine et des milices, et l’un d’entre eux qui disait « on va aller se réfugier autour de Rome,  dans le seul campement protégé par les carabiniers, et un autre de lui dire « on va nous ghettoïser ». « ‘T’as une autre solution » qu’on lui répond ?

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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