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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La terre est si basse, qu'on s'y allonge pour jouir du temps qui passe

Sa chambre est à ce point enlacée par les branches qu’elle pourrait être une cabane dans mon arbre. Cette nuit, ma petite fille m’a réveillé, parce qu’elle avait peur du hibou...Combien de papas ont ils cette chance de rassurer son enfant à propos du hibou. En me recouchant, n’arrivant pas à mon tour à trouver le sommeil, j’ai repensé à cette journée ordinaire...  

Un peu de bonheur n’empêche pas de réfléchir. Au fond du vallon, nous étions assis sur l’herbe comme le titre du film de Renoir le fils et sans la baigneuse du tableau de Renoir le père. L’ardeur du soleil était tempéré par une brise de nord ouest. Cela faisait du bien. Elle, la femme du « patron », elle a servi le café, puis elle a découpé le gâteau qu’elle avait fait le matin. En cette fin d’après midi, le travail s’étirait aussi et bientôt cesserait, du moins ce travail. D’autres viendraient encore avant de clore cette journée de paysans cévenols. Le repiquage des oignons chauffe les vertèbres soumises aux mouvements de flexion permanentes, et puis les cuisses aussi, et puis le corps tout entier qui s’émeut en même tant que tous les autres en ligne, en rang d’oignons.  De loin, vu d’un coté ce sont des culs qui se dandinent, tandis que de l’autre dans le sens de la pente, ce ne sont que chapeaux, casquettes et foulards enrobant les chignons qui saluent le sol avant chaque mouvement à la mode de chez nous. Nous étions huit, assis dans l’herbe, sous l’ombre d’un frêne, à boire, manger et parler du temps, de la hausse du gazole, des traitements chimiques et de la manipulation du monde par des intérêts qui passaient largement au-delà et au dessus de notre vallée. La petite, dormait enveloppée dans une couverture, bercée par les cris d’oiseau et le bruit du torrent tout proche.  Nous étions là, petite tribu,  comme des derniers représentants d’un monde qui se tire en courant, loin d’ici, hors sol, humains traités comme des légumes de serre, et nous jouissions du temps qui passe, d’une pause qui s’éternisait au-delà du raisonnable entendu dans n’importe quelle autre ferme d’ici et sous l’œil rieur du chef de l’exploitation nous étirions encore le temps, le temps qui passe à être bien ensemble, le temps qui passe à vivre mieux pour permettre à une once de bonheur de s’installer sur l’herbe à nos côtés. Du temps qui passe, tout le monde s’en foutait car chacun se sentait libre d’y boire jusqu’à l’ivresse. « Et personne n’en reveut de mon gâteau... ?

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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Sébastien 12/06/2008 12:23

J'aime ce petit bateau. On pourrait croire qu'il remonte le Gange ou qu'il va partir ver Calcutta, ou autour du monde....