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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

"Un dimanche au bord de l'eau"

On était assis, attirés là, par la petite fille. Une légère brise de mer tempérait l’ardeur du soleil et rafraichissait les façades des vieux immeubles. C’était une tribune, la même qu’en face, de l’autre côté du canal, mais à l’ombre. Au milieu, deux grosses barques aménagées, avec des rameurs, un barreur, une barque bleue, une barque  rouge qui naviguaient en va et viens et entre deux ponts ; à la poupe de chacune d’entre elles, surélevé sur une plate forme, un homme, en blanc et en tricot rayé armé d’une lance et protégé d’un bouclier en bois s’arque boutait en vue d’un nouveau passage, entrainé par la ferveur des rameurs. A bonne vitesse, trois ou quatre mètres au dessus de l’eau, chacun des adversaires semblait planer, glisser sans effort entre les spectateurs plantés sur les deux rives, tandis que dans la « galère », les efforts répétés trempaient de sueur les muscles tendus à tirer sur le bois mort. Dimanche  22 juin, joute à Sète. A l’avant des barques se tenaient écrasés sous le soleil, deux musiciens, coiffés d’un canotier, et honorés d’un tambour et d’un hautbois, et qui lançaient en quelques notes aux sonorités ancestrales, le départ du tournoi. Un orchestre, de la tribune rive droite, donnait aussi la mesure à chaque qualification, c'est-à-dire à chaque fois que l’un des hommes de la plate forme parvenait à imposer le plongeon de la défaite à trois concurrents de suite...Et puis le speaker officiel donnait nom et origine de club du valeureux champion, plus une ou deux blagues dignes d’un loto aveyronnais... Et voilà, la petite était ravie avec sa glace vanille cassis, et l’ on pouvait enfin poser son cul, au milieu des badauds, spectateurs et touristes attirés là par un spectacle simple, sans vociférations ni broncas, ni holà, juste des rires ou des ho ...quand les deux candidats tombaient à l’eau ensemble entrainés par la même ardeur et dans le bain. Ils se retrouvaient à barboter en se faisant...la bise. Tous étaient assurément de bons gros gaillards, des espèces de poupons qu’on aurait tiré d’un terrain de rugby pour égayer la ville le temps d’un tournoi nautique. Ils avaient l’air aussi sérieux que peinards à siroter une cervoise ou un jus une fois assis aux terrasses bondées de part et d’autres des deux rives. C’était un dimanche de juin à Sète, avant de tenter la baignade aux Aresquiers, les bagnoles, sur la route des plages, les moteurs des bateaux de plaisance, la fête au pétrole, le sable, le soleil et la mer avant que ne viennent les touristes et que l’on attende la fin de la saison, réfugiés dans la montagne à se tremper le cul dans les torrents glacés. C’était un de ces jours ordinaires, pendant la crise qu’on appelle désormais systémique. Tout qui semble continuer de manière immuable, les gamins qui plongent depuis les barques amarrées le long des quais, la foule qui se passionne pour une joute, le soleil qui chauffe les vielles pierres de la  ville de Sète et sa colline dominant le bassin de Thau, des ferry bien sages, dont un « Marrakech Express » qui me rappelle une chanson de Crosby, Still and Nash et des bateaux de pêche au repos, entre deux traits ou bien deux colères. La vie qui va, sans se poser de questions, un dimanche au bord de l’eau. Et dans ma radio plus tard, coincé dans les marais et dans l’embouteillage du retour, un centre de rétention qui brûle, suite à la mort d’un retenu, un jeune juif portant Kipa passé à tabac,, le smic dont on croit qu’il augmente mais qui suit juste l’inflation, le radiateur de la voiture devant qui rend l’âme, un groupe de bikers en Harley Davidson, aux cuirs cousus  écussons tricolores pour dire qu’ils sont français, ils passent en file indienne comme des super Dupont à la trogne pas facile et à l’abdominal repu...et puis merde, tiens je tourne à droite, je me gare derrière la dune. On sort, de l’autre coté, la grande bleue, encore un bain, l’eau est chaude, on rentrera plus tard.

 

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Philippe Maréchal

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