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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Fiction

« Quand nous réfléchissons, nous sommes plus petits que nous-mêmes, mais nous ne pouvons pas nous représenter ce que nous sommes, et nous ne voulons pas non plus pouvoir le faire, c’est pourquoi nous ne savons pas ce que nous faisons, ni ce qu’on nous fait. »

 

Cairn,

De Gunther Anders.

 

Lettre à une amie chomiste, d’un chomiste  qui n’en revient pas d’avoir été pris pour quelqu’un qui travaille…

 

Chère toi…,

 

« Colle qui chie colle pas, colle qui chie pas colle pas »…proverbe de compagnon menuisier

 

Ce qui ne colle pas, c’est de se sentir comme dans la peau d’une vieille chanson de Souchon, je suis bidon…

Hier, je suis arrivé dans cette réunion dont je t’ai parlée, comme n’importe quel individu se rendant à son travail. La réunion a démarré promptement, sans me laisser le temps de réfléchir à la situation. Le directeur est intelligent, efficace, mieux il est avenant, gentil, cultivé, sensible, bref comme un ami qu’il pourrait être, comme un collègue de travail comme j’imaginerai qu’il puisse devenir. Directeur de ce centre culturel, il se souvenait de moi, comme quelqu’un de la presse qui couvrait son précédent événement. Alors il m’avait convié à cette réunion pour préparer le suivant. Pire, je me suis pris au jeu. Pire, J’ai aimé çà. Je me disais, voilà un boulot que je fais et qui me plairait.  C’est dingue, j’avais l’impression de travailler, tout comme j’avais le sentiment d’être un peu bluffeur. Mieux, ou bien pire encore, les autres aussi, avaient l’impression que je travaillais, avec ma petite caméra numérique, pour eux, je travaillais pour une télé. L’illusion était parfaite, troublante. Moi je savais qu’il n’en était rien, enfin pas vraiment, enfin c’est compliqué. Je n’ai rien osé dire. Non, Je travaillais et puis c’était passionnant. Une espèce de rêve comme çà, ou bien un film, ouais c’est çà, faire un film, l’histoire d’un mec au chômdu, et qui devenant un peu ouf à force d’être à coté de ses pompes et qui s’invente dans  un boulot. L’histoire d’un gars qui, par son attitude empruntée et à force de regarder le monde la tête en bas, finit par tout inverser, non pas travailler pour vivre mais juste par curiosité, pour savoir s’il en est capable.  Un gars qui vit son propre film dont il est l’unique spectateur au milieu de metteurs en scène qui s’ignorent. Oui qui s’invente et non pas qui invente. Je sais, il est un tragique précédent d’un gars qui se prenait pour un médecin, dans une grande institution en Suisse, joué par Daniel Auteuil. J’aurais pu tout autant avec un autre hasard, me glisser dans un autre scénario, une réunion de gangsters pour préparer le prochain casse,  ou bien me trouver anonyme, sur le plateau d’un tournage de film dans une nuée de figurants et soudainement propulsé à la faveur d’une  bousculade au devant de la scène, allez  toi tu restes là, on se la refait, mon coco. Il en est qui finissent en tôle, ou bien le nez dans un caniveau. Il en est qui se rêvent d’être quelqu’un à force de n’être personne et sont prêts à endosser n’importe quels pardessus. Non moi, je voudrais juste un peu de thunes, enfin pas gros, juste ce qu’il faut, comme disaient les vieux. Y’en a qui courent après la gloire, d’autres après l’argent. On court après ce qu’on n’a pas. Moi, c’est d’la tune, de  la gloire je l’ai eue sur l’eau, comme Surcouf qui m’a donné cette phrase.

  Bénévole, t'as raison c'est bien ma manière d'être qui attire çà. C'est un mot qui me taraude depuis des années et qui me colle comme une ombre  qu’aujourd’hui je déteste, comme une vertu que je piétine à l’heure où ce n’est pas la vie qui devient chère mais l’espérance d’un salaire que l’on guette et attendrait d’une activité soutenue, souvent reconnue dans bien des associations. C’est fou ce qu’on peut travailler quand on n’a pas de boulot et c’est fou ce que la collectivité perdrait si j’en trouvais à ma mesure. « Alors, t’entretiens ton RMI… » Qu’on m’a dit une fois, après une poignée de main dans la rue…Connard, pourriture de triste connard…depuis ce jour c’est la haine des cons que j’entretiens. A coups de bourre pif que j’aurais voulu enfoncer son blaze, ah Bernard Blier... Celui là était tellement con ce jour qu’à le regarder par-dessus on aurait vu toutes ses dents pour parler comme Audiart… Je ne vais pas te refaire le coup de te décrire tous les emplois que j’ai honoré de ma présence gratuite. Dans ma petite vie,  J’ai travaillé officiellement, un peu, et puis aussi au black, beaucoup, aujourd’hui je fais dans le transparent, même que c’est une méthode de gouvernement, la transparence, c’est à la mode, çà veut pas dire qu’on va tout voir, çà veut juste dire qu’on te verra pas, même qu’on verra rien, c’est une idée géniale, tout montrer, tout dévoiler, et tout reste visible comme dans la nuit par temps de brouillard.  Dans cette réunion autour de la table ou cinq personnes étaient conviées à divers titres, comme représentant d’une radio locale ou d’un conseil général, Il y avait une comédienne d’une troupe qui sera invitée en résidence dans le centre, sans qu’elle se douta un seul instant qu’elle avait un « collègue » qui lui donnait la réplique, mais elle semblait intriguée si j’en juge par la persistance de son regard interrogatif à mon endroit. Comme on m’a dit un jour dans une salle d’ANPE, « soyez un acteur de votre réussite ». J’ai dépassé le concept, je suis devenu le comédien et le spectateur de ma vie, du même acabit que les journaux insipides dégueulés aux bouches des métros, je suis un gratuit.

Je n’ai pas oublié  sa manière de scotcher mon regard,  et y’avait donc la responsable en charge de la culture du Conseil Général, et puis un journaliste de Radio Ballades, un mec qui voulait me rencontrer parce que je suis de « la télé » et comme je lui ai dit qu’en fait de la télé j’en étais pas vraiment, je ne l’ai pas revu,  et puis il a  tout le temps gardé son chapeau. C’étaitt un chapeau de cow boy pour la pluie, même qu’on était à l’intérieur et qu’il faisait chaud et qu’il gardait son chapeau et y’avait aussi un instituteur du coin, parce que des enfants participeront à un tournage de film dans sa classe, et puis qu’il faudra faire attention au droit à l’image, ha le droit à l’image…Non c’est pas pour la vertu ou la protection des âmes captives dans l’étrange lucarne, non ce sont souvent les mêmes qui se gavent de la  trash télé, c’est juste  pour savoir s'il y a matière à discussion pour avoir ou être aussi une part de cet immense gâteau qu’ils imaginent en bavant sur le petit appendice, cette obscène excroissance dans l’œil qu’est une caméra numérique ordinaire, avec un petit objectif qui bande tandis qu’on zoome, la fascination ordinaire… et puis le directeur de la médiathèque qui me présenta justement comme « Machin, de la télé… ». Putain de télé, tout le monde dégueule dessus et pourtant il suffit que tu t’en prétendes et on te regarde quoique légèrement agacé, tout de même intéressé…à part un ou deux qui s’en vont en colère et que tu suivrais bien parce qu’ils ont raison et que tu leur expliquerais que c’est pas vrai, que rien n’est vrai et que, tout est illusion jusqu’à cette société qui se mire et que, même elle sent son doigt qu’elle se fourre dans son nombril crasseux pour se trouver encore une trace d’humanité. Ce n’était pas vraiment le moment de s’expliquer, le temps était pour travailler à un projet qui s’inscrit dans une réalité, pas dans l’interrogation confuse d’un gugusse qui a glissé là comme une boule de flipper oubliée et qui se demande encore quand et jusqu’où la prochaine tirette l’enverra dans un autre jeu de quilles. J’avais le plus grand des agendas. Il était vide mais sans doute à la taille de mes rêves dont je ne me souviens jamais, et  sur lequel j’ai pris mes notes, Je sais bien que je ne représente rien, rien d’autre que moi, un allocataire comme tu dis ou bien le roi des kékés comme dirait Brigitte Fontaine, et que je suis bidon, et qu’au-delà de ma très petite caméra comme un petit zizi de toréador face  au taureau qui s’esclaffe, il n’y a que moi et mes rêves et la marque encore rouge des doigts de cette claque cinglante que je me suis infligé un jour de révolte et de démission un jour où je me croyais malin ou bien en colère. Et puis j’ai écouté, plaisanté, besogné, comme n’importe qui d’autre l’aurait fait à cette place, comme un acteur soucieux d’une belle prestation qu’il doit à son public et qui à la suite n’ira pas dans sa loge parce qu’elle n’existe pas, parce je me fais penser à ce gars incroyable présent pendant des années sur toutes les photos des réunions des grands de ce monde, le fameux « imposteur », ce type qui ressemblait tant au rôle qu’on lui laissait tenir jusqu’à trouver normal qu’un fantôme fut présent au milieu de ceux qui s’agitent. Au moins n’aura-t-il fait aucun mal en n'ayant à prendre aucune décision malheureuse et dramatique de conséquences comme ses pairs sur la photo, satisfaits de laisser une virgule dans les chiottes de l’histoire.

Je me souviens de ces heures dans la petite arène de la médiathèque où tu intervenais aussi, et de mes contorsions pour filmer ce petit monde réuni, sans me douter que ces images resteraient dans leurs cassettes perdues sur une de mes étagères. Je me souviens aussi des interviews que je fis « des personnalités les plus représentatives du canton » et qui s’en trouvaient flattées à cette occasion. Ils sont rangés à côté d’une coupe, la bible, les merveilles de la France d’Ernest Grangé, les œuvres complètes de Rabelais, Iliade et l’Odyssée d’Homère dédaigneux du DVD des film des Simpsons arrivé là je ne sais comment.

Voilà un petit aperçu de ce qui ne colle pas, C’est comme çà que je blues depuis hier, j’ai l’impression que je me suis trompé, il y a longtemps. J’ai rêvé que j’étais un oiseau, je ne suis qu’un dodo.

 

Je t’embrasse

 

Moi.

 

 

  *Photo création textile Claire Schneider

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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Philippe Maréchal

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