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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique littéraire d'André Blanchemanche (4)


"Un sacrifice italien" d'Alberto GARLINI (Bourgois). Voilà un roman qui, jusqu'à ses derniers paragraphes, m'aura bouleversé. Sans doute en raison de mes proximités culturelles avec l'un des personnages: Pier Paolo Pasolini.Mais plus que cela: parce qu'il traite des années "noires" (les années de "plomb) de l'Italie. Qu'il le fait sans complaisance.Qu'il entrecroise des destins tragiques. Celui du cinéaste, tel une sorte de Christ contemporain acceptant le sacrifice jusque dans ses ultimes conséquences. Celui d'un autre artiste, un footballeur tout autant génial que rebelle. Ceux des comparses. L'Italie se révèle alors telle qu'en elle-même. Fascinante. En proie à des démons qui sont encore ceux de ce temps. Si semblables, si ressemblants à ceux de ce pays où je survis. Au bout du compte, une oeuvre d'importance, un très grand moment de littérature.
 
 
"Le survivant" d'Antonio SCURATI (Flammarion). Une tuerie quasi ordinaire dans un lycée. Sept cadavres d'examinateurs au baccalauréat. Un seul survivant. Un tueur en cavale: un des examinables. Là encore, l'Italie contemporaine, observée par celui qui ne fut pas sacrifié. Ce roman n'est pas un polar. Mais la  recherche obstinée des causes, endogènes et exogènes, qui ont conduit un jeune homme de vingt ans à accomplir l'irrémédiable. Une recherche qu'accompagne l'introspection du survivant, sous le regard d'une société compatissante. Les questionnements de Scurati sont souvent les miens. Que ce soit sur les problèmes de la violence dans des sociétés qui se donnent l'alibi mensonger de la récuser. Que ce soit sur les questions du devenir de l'institution scolaire.
("Enfin, après le milieu de ce même siècle, quand la marche de l'histoire avait abandonné le pas de l'oie pour adopter celui de l'ivrogne, il n'était resté à l'école, de son grand avenir, que la tâche servile, qui ne lui revenait pas, d'amortisseur social. Elle était devenue une aire de stationnement temporaire pour des millions de jeunes, retardant ainsi leur entrée dans les statistiques du chômage. De cet énorme temple laïque, gardé par la vestale de la connaissance, il ne restait désormais rien qu'un avant-toit, une mince tôle ondulée. Voilà à quoi s'était réduit le berceau de l'humanité future: une marquise pour protéger de la pluie en hiver et du soleil en été, en attendant que passe la navette de l'entreprise en route vers un emploi.")
 
 
"Battement d'ailes" de Milena AGUS (Liana Levi). Un coin de Sardaigne. Préservé des appétits des bétonneurs. Un paradis terrestre dans lequel évolue une adolescente, narratrice des petits riens, des moments de grâce, des émotions, de l'éveil de la sensualité. Quelques personnages hauts en couleur. Les ingrédients d'un roman parfois drôle et enjoué, toujours agréable à lire.
 
 
"Rétro" d'Olivier BOUILLERE (P.O.L.). Roman angotique. Donc très tendance. Donc évitable.
 
 
Je déteste, je réprouve la reconnaissance institutionnelle. Dont ce prix Nobel de littérature. Mais j'admets que s'il est un écrivain français qui mérite une pleine et entière reconnaissance, c'est bien Le Clézio. Un écrivain que je fréquente depuis mes vingt ans, un écrivain qui ne m'a jamais trahi. J'entends par là que cet homme-là ne s'est jamais laissé récupérer par les épiciers en littérature. Son oeuvre m'est un point de repère dans la quête de l'autre, un refuge lors de mes déroutes. L'attribution du prix Nobel n'y changera: jusqu'à mon dernier souffle, je resterai dans la proximité de Le Clézio.
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Philippe Maréchal

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