Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Correspondant décalé, c'est un métier tout en déplacement

 


 L’autoroute déroulait ses trois bandes de part et d’autres d’un muret en béton. La radio montée toujours d’un cran soulignait comme une voix off les images de paysages d’une Provence bétonnée, en arrière plan des cimes enneigées. Tout çà défilait  en cinémascope à travers le pare brise comme dans un road movies. J’allais à Monaco, ayant quitté les montagnes trois heures plus tôt alors qu’il faisait encore Nuit. J’étais monté dans ma caisse en ayant à peine pris le temps de gratter le givre sur les vitres et j’étais parti le bonnet sur la tête comme on part à la pêche et  engoncé dans une veste au dessus d’une polaire. Dans le journal du matin, la juge Eva Joly décrivait à Stéphane Paoli dans toute la largeur et dans ses moindres travers le fonctionnement des paradis fiscaux. Je me disais que je n’aimais déjà pas çà, la notion de paradis, ou plutôt l’espoir  chamallo d’un futur un peu merdique,  comme s’imaginer renaissant dans un endroit sirupeux au milieu des tronches de premier de la classe, mais là, sa description balançait comme un sac à vomi entre deux vieilles brinquebalées dans un car en excursion. Elle décrivait comment ces principautés, duchés et autres cailloux aux noms exotiques s’y prenaient pour sucer et rendre exsangues les économies des pays africains. Quand même, Je me demandais bien ce que j’allais y foutre à Monaco, comme si cet élan qui m’avait pris pour y aller, me donnait à présent l’allure d’un personnage de dessin animé qui continue à courir alors qu’il a déjà dépassé la falaise.

Correspondant d’une télé sur le web , j’allais jouer au reporter citoyen pour filmer une manifestation, on dit couvrir chez les pros, d’une poignée de militants aux portes de la principauté. J’y allais. J’avais dit, je m’étais dit ; donc j’y allais. Quant on peut, on veut, et quand on veut c’est qu’on a faim. Et tant qu’à vivre n’importe comment autant filmer n’importe quoi, et là c’était du lourd. Sur le parking d’une station d’autoroute je boulotais mon sandwich préparé la veille en zieutant un gros 4x4 immatriculé au Luxembourg, signe probable que j’abordais les contres allés du paradis déjà fréquentées dans les parages par ses anges joufflus et en ray bans. Il y avait aussi des belles petites voitures avec des beaux petits vieux dedans. Plein de petits vieux bien soignés, bien coiffés et bien habillés avec le GSM à la ceinture. Déjà aussi de belles voitures avec des dames bien bronzées qui plairaient à Berlusconi. C’est vrai qu’il faisait extraordinairement doux pour un mois de déprime et je tombais bonnet et veste. J’avais quitté le mois de novembre et je n’étais plus qu’à quelques dizaines de minutes de Monte Carle. Je repartais et je poussais jusqu’au centre de la cité monégasque sans faire exprès tant la frontière entre la dernière ville limitrophe et la ville du prince parait inexistante. Tant pis, si la manif était prévue au Cap d’Ail, trop tard j’y étais et je décidais quand même de me laisser glisser comme les flux finaciers sous les tunnels et de prendre le premier parking qui me trouverait. Ce fut le dernier qui me trouva, le parking de la digue, après c’est la mer. Quand j’ai ouvert la portière, je me suis dit qu’on aurait pu manger parterre tellement çà faisait propre et tellement çà faisait bizarre que çà fasse aussi propre dans un parking  aussi souterrain que bien peint. Mais quand même c’est une idée con de penser à manger parterre dans un parking, faut être un blaireau comme moi dans un endroit étonnant comme çà pour penser un truc pareil, que je me suis dit. Et puis, parking çà fait pas très classe pour ici, j’aurais plutôt appelé çà un rangement à voitures, comme on dit un rangement pour couverts en argent. Et je me suis dit que çà allait douiller. Plus loin, une grosse bagnole dormait sous une housse impeccable et au fond deux voutures un peu luxes n’arrivaient pas à remplir la cave toute neuve. J’en ressortais avec mon barda, mon pied de caméra, on œil numérique et mon sac à sandwich pain complet et bouteille d’eau qui fuit et puis mes polaires. Le Soleil plein la gueule, la mer…les yachts. Putain de Yachts, grands comme des immeubles, lustrés comme des commodes empire, au milieu d’un port encombré de prétentions et d’un club de voile remplies de filles qui gloussaient en allant rejoindre l’aventure au-delà des jetées. Tout autour se dressait une imposante et foisonnante muraille de buildings coiffés çà et là de palmiers et dépassés de temps à autres de grues dont je me demandais à quelles constructions elles pouvaient servir vu le manque de place évident. Je me suis dit qu’il y a des immeubles qui doivent tomber dans l’eau pour faire de la place aux autres.Une densité incroyable. Allées et venues sur les quais, de joggers, de nourrices,  de chauffeurs, d’une armée de domestiques montant et descendant les échelles de coupées des somptueux navires, immatriculées qui, aux Iles Caïmans ou  Georges Town, ou bien battant pavillons britanniques, du portugal ou de la planète Mars. Du plus gros fer à repasser au bateau à la Corto Maltèse en passant par un élégant vieux gréement style « Voiles de St Tropes », tous attendaient leurs riches armateurs, qui d’un clin d’œil, d’un caprice ou d’un coup de fil se prépareraient bientôt à appareiller ou bien semblant.  Des équipages briquaient coques et ponts, d’autres devisaient au soleil, désœuvrés comme une glandouille en zone de moyenne altitude.  Moi  j’en étais une qui en descendait ce matin et je déambulais, me grattant furieusement la tête et le reste accessoirement, signe que je feignais de craindre la panne sèche quant à l’inspiration journalistique. Je pensais à John Paul et à sa classe british avec deux poils de french touch en reportage et je me trouvais aussi élégant que la voiture de Colombo. Il était un peu plus de midi et les hirsutes,  les manifestants n’allaient pas pointer leurs pancartes,  et leurs savates avant 15 heures trente au-delà des limites de Monaco. Il fallait donc que je profite d’être dans la place pour filmer quelques plans, toujours çà de pris. Ce n’était finalement  pas une mauvaise chose que de me trouver sur le rocher monégasque tant je me disais que la gendarmesque affectée cette après midi au Cap d’ail pour la manifestation contre les paradis fiscaux auraient pu m’en interdire l’accès. Moi, j’allais faire le chemin à l’envers et aller à la rencontre des contestataires qui, je l’avais appris sur le net comme tout le monde, s’étaient donnés rendez vous de l’autre coté de la frontière. Surement que je n’étais pas seul à connaître ce détail, je n’allais pas tarder à m’en rendre compte... à suivre

 

 

....Je quittais le port après une courte ballade sur le bateau bus, électrique de surcroit et comme moi affecté comme l’était  en son temps Escartefigue à Marseille, entre deux les quais d’un bassin rempli de yachts. J’ai pratiquement oublié de filmer parce que J’y ai surtout remarqué un couple à l’ accent russe, bronzés comme un lavabo en hiver et qui avait l’air au paradis, béats, bisous, re béats, Monaco tout autour et on s’en fout. Elle était plutôt jolie et était habillée très sexe et il était fou amoureux et plutôt chauve, « vous ne voulez pas descendre pour  Monte Carlo ? leur a dit la dame qui était poète et qui faisait matelot tandis que son mari faisait capitaine en prose et propulseur d’étrave. Ils ont rigolé et se sont à nouveau embrassés. Comme moi, ils avaient l’ air un peu cons et ils tenaient à en profiter. Après ce moment de bonheur, Je suis allé direct au pied de l’escalier à l’assaut de la résidence du prince Albert.  On pouvait entendre la noria des hélicoptères taxis qui font la navette entre l’aéroport de Nice et Monaco station, participant de leur mieux au réchauffement durable. Par le chemin des pêcheurs j’ai longé la mer puis par un escalator j’ai grimpé la citadelle. Je suis arrivé rincé comme une motion socialiste au pied du musée océanographique où des canadiens se faisaient pendre en photo devant un yellow submarine puis plus loin devant une machine à chenilles ayant servi à des lointaines expéditions polaires et moi je me cherchais un endroit un peu rigolo pour faire un plateau. C’est important le plateau, c’est la consigne. Je suis passé devant le palais cher au Commandant Cousteau qui avait vu juste, en déclarant « and it is a great dommage for the future générations » et puis je suis tombé en arrêt sur une statue de la pieuvre, un indice de taille pour mon sujet , et puis j’ai admiré la cathédrale, l’équivalent d’une église chez nous, et puis le Conseil national, l’équivalent de l’assemblée nationale chez nous et puis je me suis dit devant la taille des ces bâtiments, ici, l’essentiel est surement ailleurs. J’ai emprunté de jolies et proprettes petites ruelles commerçantes, ornées de jolis petits drapeaux monégasques qui ressemblent au drapeau polonais à l’envers ou aux barrières des passages à niveau quand elles sont relevées. Je dois dire que je me sentais comme à l’intérieur d’un film de Schreck où je m’attendais à voir débouler la princesse Fiona poursuivie par le ballon de la série anglaise des années soixante « le prisonnier ». Tout m’a amené sur la place, jusqu’à des talons aiguilles sous des jambes fines et galbées que je poursuivais du regard et que m^me c’est à ce moment que le monteur de la télélibre m’a appelé sur mon portable, quand j’ai relevé la tête, c’était elle, la grande place devant le palais du Prince. Y’avaient trois policiers habillés comme des grooms qui sifflaient dès qu’un passant marchait en dehors de là où il est autorisé de marcher c'est-à-dire on ne sait pas trop. C’est un peu comme au foot  quand tu ne sais pas jouer et que tu es hors jeux. Tu te fais siffler. Tu protestes juste pour la forme et Tu te tires ailleurs où...je me suis  fait sifflé aussi en trébucahnt sur mon pied de caméra...Le policier monégasque siffle beaucoup en faisant signe que non, c’est surement pour çà qu’il a des grosses joues toutes roses comme Ouioui. Comme çà, il a pas l’air méchant mais il prend son travail au sérieux et on ne sait jamais, y ‘en a peut être d’autres planqués pas loin derrière. Devant le palais y’a des chaines qui délimitent une surface de réparation gardée par un goal coiffé d’un œuf de Pâques recouvert d’une feutrine bleue et qui évolue comme sa pensée dans une étroite guérite et qui n’a pas l’air de rire.  Je feinte, et j’évite de le filmer. En cette saison, peu de touristes,  en dehors des play mobiles affectés à la sécurité, un camion de pompiers, rouges comme chez nous, quelques chinois et quelques vieux  qui arpentent la grande place sous le soleil de Bodega. Plus loin, surplombant de 35 mètres le port de Font Vielle, une batterie d’anciens canons veillent au grain accompagnés d’une pyramide de boulets soudés ordonnancés dans un élan poétique et en équilibre consternant.  Là, sous l’œil interloqués de trois touristes américains qui faisaient le poids des boulets, je le fais, mon plateau,...philippe marechal correspondant à...pour ...en raison de... Et là je me dis que si je me dépêche pas, je vais louper la manifestation qui normalement devrait démarrer dans une demi heure au Cap d’Ail, la commune mitoyenne de Monaco, site qu’ont choisi les énergumènes pour bloquer symboliquement la route des flux financiers qui alimentent ces trous noirs de la finance que sont les paradis fiscaux. Je déboule les escaliers de la cité pour tenter de les trouver au sortir de la ville princière...plus loin en fait comme on le verra. Il fait de plus en plus chaud sous mes polaires et je serais bien allé prendre une bière...à suivre.    

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
Voir le profil de Philippe Maréchal sur le portail Overblog

Commenter cet article