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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Ballade au paradis, suite et fin.

Les gens dans le bus me regardent. Depuis Monaco, J’ai encore Jet set chanté par Nougaro dans la tête, « Jet set, the people ». Je me dis que c’est nul, c’est pas grave pour moi, mais c’est juste désagréable et c’est nul. Tous ces flics. Président Sarkozy fait semblant d’être  outré par les paradis fiscaux et en même temps ses gendarmes sont là à leurs frontières pour les protéger. Je repense au juge van Ruymbeke qui accusait nos dirigeants d’hypocrisie et ce matin, Eva Joly ...quand même ces flics sont là pour intimider, empêcher, sont là pour protéger, les riches. Je descends deux stations plus loin. Les protestataires sont là, à l’orée...d’un bar. Y a un groupe que je me dis, les autres sont plus loin encore ou bien en retard...ben non y sont tous là, une petite centaine, à peine...y’a autant de gendarmes, regroupement, on y va disent ils, les pancartes, les drapeaux, ohé, ohé, les gendarmes barrent la route et s’opposent à toute progression, y’avait pourtant autorisation de manifester du préfet disent les frondeurs effrontés. Normalement aujourd’hui c’était prévu comme çà devant pas mal de paradis pendant la réunion du G 20. En terrasse, les clients assistent à tout çà d’un air goguenard. Ils n’approuvent pas ; faut pas faire de bruit ; foutez le camp. Un autre a le menton sur son demi et regarde le petit défilé, les yeux vides. Y a un coté pathétique, le nombre des manifestants, l’indifférence générale, la démesure des forces de police, les enjeux énormes autour des paradis fiscaux, l’hélicoptère qui tournoie au dessus, la colère digne des organisateurs...l’énergie de ce petit groupe qui tourne de temps en temps à la manif de droite, les slogans, un bus qui attend en sens inverse et qui ne peut pas passer, la joie d’un manifestant qui gueule content, on a réussit, on a fermé la route mène au paradis...J’interview les organisateurs, quelques participants, y a des caméras de France 3 et d’autres, des magnétos, des témoignages un gars de Rue 89 avec sa petite numérique, un clin d’œil, sympa, il me file sa carte, il est journaliste et toi qu’il me dit et ben moi...non plus. Je ne sais pas ce que je fais là, c’est comme çà depuis toujours, je sais pas ce qu’on fait là, des conneries surement, au milieu de tas de trucs pas justes. On n’est pas ce que fait, on est quoi d’ailleurs ? Et puis je reste au milieu, avec eux dans ce petit purgatoire. Y’a une femme qui fait un reportage avec un crayon et un bloc, pour un journal qui s’appelle le Ravi, des crobars, quelques notes, je trouve çà, classe...les forces de l’ordre tiennent ferme, tentative de débordement dans une rue adjacente, même scénario, la rue est barrée par des uniformes. Vient l’idée de se servir du bus comme cheval de Troie. Le chauffeur du bus refuse, il fera demi tour...Je regarde le pochetron à la terrasse avec son demi, j’ai soif. Des images par ci, des images par là. Le temps passe. La manifestation n’ira pas plus loin en dépit de quelques fleurs que des filles tentent d’offrir aux gendarmes. Y’a un petit groupe de clowns manifestants pour détendre l’atmosphère en cas de...Et puis c’est fini, ils décrochent et repartent vers le bar. Le but initial n’est pas atteint. Ils espéraient parcourir sur deux ou trois kilomètres la rue qui mène jusqu’à l’entrée de Monaco, c’est pas pour aujourd’hui. Ils n’étaient pas assez nombreux. Beaucoup repartent, quelques uns restent le temps d’une bière. Je me joins à eux. Ah une bière...On sent un mélange de plaisir d’être ensemble, de l’avoir fait et une insatisfaction, une frustration...forcément dit ma voisine de table, des gauchistes dans le coin, c’est pas automatique, mais normalement on est plus nombreux.  C’est le weekend end, y fait beau, y a des meetings ailleurs. Je prends congé, et je me dirige vers l’arrêt de bus maintenant que c’est fini les bus vont se repointer, ma caisse est au milieu du port de Monaco...Je regarde les flics qui sont toujours là. Cà fait un moment que je joue à Champollion et que je décrypte la pierre de rosette en forme d’horaire de bus et en mal comprenant que je suis...Une jeune femme, belle, classe, s’approche et dans un superbe accent british, me demande, çà va ? lé bous y  va venir, t’inquiètes pas...elle est néo zed...Tu as vous, c’est magnifique ici, fait doux, le couicher de soleil, la mer, c’est trop bein ici, tous les soirs je prends le bous ici...Bon, le voyage retour vers Monaco va être sympa, j’irais bien au pays du Seigneur des anneaux..  

 

 

On monte dans le bus, elle me raconte des tas de trucs, qu’elle est venue accompagner son amoureux et elle me parle en me fixant à 10 centimètres du visage. Elle poursuit comme si on était copains depuis longtemps, qu’elle aime la mer, que c’est merveilleux ici, que les gens sont adorables, que c’est une surprise la coupe Louis Vuitton aura lieu en Nouvelle Zélande, qu’elle aime le rugby et que la France a gagné cette après midi contre l’équipe du pacific, elle me parle désormais en anglais et me demande ce que je fais avec mes « accessoires »...Je me dit que c’est le bon dieu qui était chagriné d’avoir eu recours aux gendarmes cette après midi et qui pour me réconforter m’envoie un ange...Je lui dis que je suis venu filmer pour une tv du oueb une manifestation contre le « Black money » de le paradis fiscaux...Pour la télélibre, putain quel bazar, je suis loin, je me sens tellement loin que je ne me vois plus. Cà n’a pas d’importance. Ce qui est important c’est de vivre. Ouah, c’est super, c’est merveilleux qu’elle dit...comme le reste, tout est merveilleux, autour les gens tendent l’oreille. on est devenu l’attraction du centre bus. je me perds dans mon anglais que je pratique avec l’accent d’une espèce de docteur indienne, elle se marre, je me dis qu’elle est folle,  mais qu’elle est  belle et qu’elle à l’ouest, heureuse au milieu de son univers qu’elle a transporté avec elle, et qu’importe, je suis un poil décalé » aussi et que c’est bien comme çà et puis le bus s’arrête au centre de Monaco. Il faut que je descende. Bye mademoiselle, un coucou à travers la vitre, la nuit tombe et je suis au milieu d’une fête foraine...J’ai l’air con avec ma petite caméra. Pas de soucis, sans aussi. Je filme les manèges, les jeunes qui crient, ballotés dans les airs dans une  grande centrifugeuse avec des petits drapeaux monégasques, toujours des petits drapeaux monégasques.  Je me paie une barquette de frittes, des frittes grasses de Monaco, et puis je vais plus loin les manger assis sur un banc sur les quais, devant une barque de pécheur. Le petit bateau de pêche est coincé là avec deux ou trois autres, quichés comme lui derrière les grands yachts. Cà me fait du bien de les regarder, comme on regarde un bout d’humanité dans un univers qui parait  lointain. Derrière moi, des gens vont et viennent en courant, en short, avec des maillots et des numéros, des jeunes, des vieux, des plus que vieux, des femmes, des enfants, des qui courent comme des athlètes  baron de Coubertin, des qui se trainent, des qui friment, des anonymes, des qui marchent, des qui boitent, des qui en chient, des qui rêvent, des sérieux, des qui me regardent les regarder, des qui trébuchent, des gros, des maigres, et je me lève et je les suis tranquille, de toute façon ils ont l’air d’aller vers la digue flottante où il y a mon parking. Là bas, des tentes, toute une organisation devant les yachts imposants et maintenant illuminés comme des sapins de noël.  Quatre personnes revêtus de gilets orange me fixent. Je vais vers eux et leur demande ce qui se passe. L’un d’entre eux, barbu bien disposé à mon égard m’explique qu’il s’agit d’une course qui dure une semaine et qui est organisée au profit de l’association « Children and Future » que pour chaque kilomètre parcouru, une somme d’argent est reversée en promesse de dons au profit d’une action médicale qui est destinée à secourir des enfants africains en attente d’opération et qui eux me souligne –t-ils ne bénéficie pas de couverture sociale comme à Monaco, ou en France...Je lui dis  pour qui j’ai réalisé un reportage à Monaco et au Cap d’Ail et que je voudrais bien mettre çà dans ma petite boite. Il est d’accord et m’entraine vers une tente style africain toute belle bien décorée avec des portarits d’enfants aynat bénéficié par le passé d’une aide médicale par le biais de ce genre d’action. On tourne, il me réexplique l’affaire. Il est content. Après quoi je lui dit que l’action de cette association carritative c’est une excellente image pour Monaco, il est content. Je lui dit que j’ai aussi filmé une manifestation anti paradis fiscaux au Cap D’Ail tout près d’ici cette après midi. Il est moins content. Il me dit que tout çà se sont des clichés, que Monaco n’est pas un paradis fiscal et que le Prince Albert veille à ce qu’aucun argent sale n’entre à Monaco. Je lui demande encore de le filmer pour avoir cette opinion. Il veut bien et répète, il n’y a pas d’argent sale à Monaco. J’arrête le tournage, je le remercie et là il me dit que çà le gave tous ces clichés de paradis fiscaux sur la principauté. Je le salue et je le quitte. Je vais rejoindre mon parking princier. Fait nuit, faut que je reparte dans mes montagnes. Je passe devant un monumental yacht illuminé, « Force Blue » qui est immatriculé aux îles Caïmans.

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Philippe Maréchal

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