Informez vous et faites passer
Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
Forcément, ça serait la nuit.
Ça puerait la naphtaline, la laine bouffée. Les mites voleraient, les poils de leurs corps, leurs ailes se décomposeraient.
Enfin, ça serait le désordre, les chaussettes entremêlées. Le slip du lundi à la place de celui du vendredi. Le sale, le propre contaminé. La porte à jamais fermée. Les yeux rouges du monstre englués de conjonctivite, paupières closes. Il ne pourrait plus faire peur au petit. Les deux têtes du vison de mémé, tombantes, détachées. Une faune grouillante, de la poussière de vie qui remplacerait la netteté, le nettoyage dominical, la lingette exterminatrice de 99,9% des bactéries.
Ô sœurs assassinées, torturées, javellisées enfin ressuscitées.
Des tiroirs branlants, des miettes de brioche fossilisées.
Faudrait pas retomber dans une période faste.
La crise y aurait que ça de bon, des déchets, des objets inutiles. Les liasses du bas de laine de pépé parties en poudre. Pauvre pépé, ses cendres renversées sur le cadran. Lui qui aimait tant la ponctualité.
Les cheveux des poupées salis, leurs corps désarticulés.
L’aspirateur, le balai ne pourraient plus nuire.
Forcément ça serait tout le temps la nuit, juste quelques rais de lumière. L’ours en peluche pourrait vivre son étreinte avec le soldat de plomb encore vert malgré le poids des guerres.
La radioactivité aurait désintégré les yeux bleus de cette pimbêche de Barbie, fondue elle pleurerait son maquillage.
Enfin ça serait la nuit, une nuit scintillante de crasse.
Karine B ; le 13 janvier 2009
fleurs et tomates