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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Je clique donc je vis...


Il éprouve un soulagement à relire son email avant de l’expédier. Mais dès qu’il clique sur « envoyer », un mélange d’insatisfaction et de regret suit. Cette confusion tempère son menu  moment de plaisir. Un sentiment de frustration s’en dégage et trouve à s’épanouir. A cet instant, ce n’est pas si désagréable qu’il n’y parait à première vue. Entre la spontanéité du coup de téléphone et la lettre en papier, il y a un monde. On l’appelle le web.   C’est exactement comme si le contentement d’avoir pu exposer sa colère ou sa mélancolie une fois qu’elle fut exprimée et affichée sur son écran, dans la page « messages envoyés », se dévoile alors et lui traduit qu’il a justement un tempérament prolixe. C’est emmerdant et trop propre à son goût, à se répandre en une simple logorrhée teintée d’angoisse. Voilà donc que selon un rituel bien établit, à chaque missive envoyée  porte un tant soit peu un témoignage de sa peine. Surgit dès lors sa crainte d’importuner la destinataire de ce courrier. Comme étreint par la peur du ridicule, ou le risque d’apparaître trop déplorant ou bien demandeur, il  reste un instant figé devant l’écran avec le sentiment de dépossession qui se mâtine d’anxiété. A poil. Tout juste s’il ne se prépare pas, fébrile, à en expédier un autre à la suite, contredisant le premier comme une antidote qu’il souhaiterait efficace à ce qu’il considère déjà comme un poison secrété  par sa pensée comprimée. Parce que, sa pensée, il la juge  trop étroite. Ce « envoyez » sur la messagerie de l’ordinateur est impitoyable, sanglée entre les syllabes, frappée sur le clavier et servie en pièces détachées.  Rien qu’un click. Alors qu’en même temps, il apprécie ce geste définitif, peut être le seul acte de sa journée qui lui parait important, porté de toute la symbolique de ce qu’il considère comme une tâche, un travail, une marque certes insignifiante, mais un signe, un signe de vie, un signe de sa vie, il le craint. Toute la tension d’une expression trop douloureuse ou trop sentimentale ou bien simplement poétique se plie au geste, à la simple flexion d’une phalange et se transmet par le click de la souris. En dehors d’une coupure électrique ou d’une panne de serveur à ce moment, il agit comme un couperet. Nul retour en arrière n’est possible, sinon  accompagnée avec déjà sa réponse. C’est bien pire qu’une boite à lettres, parce que c’est physique la boite à lettre. Avant qu’elle ne soit vidée par le préposé, la lettre y est encore, à la limite on pourrait imaginer la soustraire encore, s’il le fallait. Mais le courriel, l’email, c’est fait. C’est parti. C’est dit. Personne n’est devant lui à cet instant pour marquer dans l’expression une teinte de surprise, de désapprobation, ou d’acquiescement ou bien de l’empathie au travers d’une mimique qui rassure.
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Philippe Maréchal

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