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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Je m'ai gouré, je suis mouru.

Descendu de son camion, il ne cessait de répéter :

 -merde, merde, merde. C’était aussi la couleur de ce qu’il transportait dans sa citerne.

- Quand même, se faire écraser par un camion de merde. Merde, merde, merde, ressassait-il, conscient de l’absurdité de ce destin auquel il était mêlé de plein fouet.

- Je fais un boulot de merde, je transporte de la merde et j’écrase un homme comme une merde.

 Le tragique côtoyait ce matin l’aberrant, qui pépère, foulait l’éphémère et la vacuité. A La vidange d’aujourd’hui s’ajoutait une vie fauchée, pour honorer à l’heure  la première fosse toutes eaux.

 Et voilà comment, j’aperçus au dessus de moi, se pencher le visage du vidangeur, qui me barrait le bleu de mon ciel, et qui, me restituant son odeur, alors qu’ayant cru entendre quelque ange précurseur, je m’apprêtais dans des parfums d’encens, à voir, peut être, le visage multimillénaire d’un dieu barbu et… sans aucun doute courroucé d’une telle ineptie. Un ramasseur de crottes s’interposant entre moi et Lui.

 

Pour le troisième larron, çà n’allait guère mieux. Nouvel Attesté aux  Premiers Secours, il maudissait sa conscience qui le titillait et le sors qui l’avait amené en cet endroit. Il terminait son plein d’essence à la station de l’autre coté de la chaussée, lorsqu’il entendit les coups de freins.

 Il avait acquis son diplôme de secouriste sans sourciller et au hasard d’une formation tous frais payés par le conseil général. Agenouillé à présent, il se fendit d’un très mal assuré « monsieur, est-ce-que vous m’entendez…là ? Là non plus pensait-il, en se pinçant les lèvres. Il ne savait plus quelle suite on donnait à la question formelle tandis que lui tombait de la poche, son téléphone portable. La chute de l’appareil lui indiqua du même coup, au profit du gisant, ravalé au rang de mannequin, la possibilité d’une suite utile à son embarras. Après avoir, de façon  parfaitement inappropriée, secoué le malheureux  étendu, provoquant la stupeur du chauffeur et du pompiste arrivé aussi sur les lieux du drame, il laissa retomber le blessé sans ménagement, dans une maladresse supplémentaire. Il ramassait à présent les morceaux du téléphone disloqué sous le choc, et ne pensait plus au manequin, comme tout le monde ici. Un bouchon s’était formé et l’on entendait à présent des coups de klaxon. A ses oreilles, ces proclamations sonores ne revêtaient pas plus de délicatesse qu’un gloussement de dindons éructant leur désarroi de vivants devant l’inexplicable attente. Tout cela en rajoutait à la confusion, et à la pollution, quand nos deux témoins abandonnèrent à la perplexité du pompiste et dans un bel accès d’inopportunité, l’accidenté immobile, pour peu qu’on le laissât dans ce moment d’extrême solitude, pour s’enquérir de la circulation.  Ainsi sont les humains devant l’improbable, tout à la volonté instinctive d’assurer la continuité et la fluidité du trafic.

Le gars allongé et quelque peu écorné et aplati c’était moi je rappelle, déjà quand on meurt l’égo en prend un coup, faudrait pas que je m’oublie dans cette histoire qui survient à un moment crucial de ma vie, le jour où je mourus. Et je « zieutais tout vu d’en haut comme il se doit ». Enfin comme dans les histoires de vie après la mort, où ne sait pas bien si l’on rêve ou bien...si l’on rêve. Dans ce cas, j’eus bien volontiers parlé de cauchemar, mais en l’absences de douleurs, d’angoisse et d’apesanteur et sans ennui de cholestérol, je me contenterai à risquer de penser que la chose était pour le moins bizarre. Finalement, vivrait on sa mort comme on a toujours rêvé sa vie ?

Mais j’étais toujours allongé, et j étais à nouveau dans Son bleu, ou le mien, enfin j’étais bien, serein. J’en avais oublié les visages qui s’étaient penchés au dessus de moi. Il me semblait parfois m’enfoncer dans l’asphalte et resurgir jusqu’à l’impression de flotter à quelques centimètres. Voilà qui  me donnait quand même un sacré chemin à faire pour parvenir jusqu’aux cieux, puisque ces derniers, depuis des siècles semblaient obéir à l’arbitraire du sens commun, se tenir à l’écart, puisque étant placés hors d’atteinte du quelconque des défunts. Mais, nul découragement pour celui qui  dans sa vie avait fait du vertige un axiome aussi redoutable qu’antonyme du vieux principe d’Archimède. Et puis les cieux, il leur fallait sans doute  cette distance pour qu’un principe divin puisse prendre de la hauteur et éviter les bruits de la circulation. Un curé, denrée rare en pays parpaillot, lui aussi coincé dans l’embouteillage sortit de la Twingo qui lui tenait de voiture. Il s’avança sur le lieu de l’accident.  Il se tint, paré du sérieux et du col requis par la tâche, au chevet de l’accidenté que je fus.  Il fit une prière, pendant que moi le moribond je m’adonnais encore aux essais de sustentation. Sur ces entrefaites, il s’inclina, et m’infligea une extrême onction au milieu, d’une haie de sapeurs pompiers. Moi, la victime, j’avais pourtant toujours dédaigné les honneurs et préférais en cas de malheur et en matière de peinture, plutôt qu’un tableau pompier, la discrétion des arts minimalistes, ou bien les impressionnistes, ou bien quelque de chose de flou ou une bande dessinée et en tous les cas pas trop flamboyant pour ce jour particulier. Après tout, pourquoi ne pas mourir au beau milieu de la chaussée ou ailleurs, mais toute cette attention sur moi quand même… Tout cela me navrait, non pas que j’en fusse révolté d’en finir aussi vite avec ma vie, dans la quelle je m’emmerdais seulement un peu. Non c’était le dérangement provoqué. Les petites gens élevés à l’ancienne, n’aiment pas déranger. Il n’y a rien à montrer. Pour eux, la vie qui se débine n’est pas une merde à ausculter sur un écran de télé réalité, mais plutôt une triste fiction entre caddies, un boulot de chiotte ou pas de boulot, le  cours de la bourse imposé avant les infos, des pantoufles éclatés made in China,  la météo marine, un verre de rouge sulfaté, un suppo et au lit. Alors se retrouver comme çà au milieu de l’asphalte, avec les ramures de platane barrant le bleu du ciel, à crever loin de chez soit, loin  de son pays natal, çà me faisait un rien chier de mourir. Mourir, comme s’il y avait un temps spécial pour cela ou bien même un endroit.  Mourir, cela tombe toujours mal. Pourtant il y a toujours des endroits  prévus pour tomber mal. Y’a que çà qui tombe bien. J’en avais vu, à l’autre bout de la terre, comme sur ces gâtes, descendants comme à l’aéroport, au Holly lac à l’heure de la prière du soir, à l’heure où la fumée des buchers s’élève en saluant le coucher du soleil. C’est l’heure où les ombres couchées se relèvent et s’en vont rejoindre les nuées accompagnés du tintinnabulement des cloches agitées par ceux là mêmes qui seuls sont capables de les voir par le profil. Bon je suis mort mais j’ai mi un slip propre ce matin, comme depuis que petit ma mère m’avait dit qu’il fallait toujours se tenir propre...  «  t’imagines, s’il t ’arrive quelque chose et qu’un médecin doive te déshabiller »....et ouais, moralité soyez propres sur vous, vous ne connaissez ni l’heure ni l’endroit, çà c’est l’évangile selon maman.

      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Philippe Maréchal

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