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Le temps qui passe

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Pourquoi êtes-vous pauvres?" de William T. VOLLMANN (Actes Sud). Le Lecteur n'est pas sorti indemne de cette rencontre. Il avait déjà croisé et apprécié Vollmann ("Les fusils" et "Central Europe", entre autres). Cette fois,entraîné dans le tour du monde de ce que l'Ecrivain appelle la "pauvreté", il s'est trouvé dans l'obligation de modifier sa perception, d'apporter plus d'attention et donc de vigilance à des questions qu'il a parfois tendance à exiler parmi les territoires de l'oubli. 

Vollmann a donc observé la pauvreté là où, selon les schémas les plus classiques, elle s'enracine sans que rien ne puisse la contenir (Afghanistan, Irak, Colombie, Chine, Philippines, Mexique, Bosnie). Mais le Lecteur s'est vu dans l'obligation d'entrouvrir ses fenêtres à lui sur sa proximité. Car si l'Ecrivain s'est également penché vers les pauvretés qui sont celles de son environnement direct (les Etats-Unis), le Lecteur, lui, a découvert dans le tableau peint par l'Américain des personnages à la ressemblance de ceux qui croisent si souvent son chemin.

Ce voyage au sein d'une humanité différente, de l'humanité privée d'avenir, a généré un livre dont le Lecteur a l'outrecuidance de considérer que, sous la forme de dialogues impromptus, il met à nu ce qui constitue le pire des échecs des sociétés dites démocratiques. Point de faux semblants. Pas la moindre trace de sentimentalisme. La pauvreté se révèle, à travers l'addition de ses particularités, dans son universalité. Le travail de Vollmann n'est pas celui d'un sociologue mais bien d'un écrivain. Il le définit lui-même dans les quelques lignes que le Lecteur reproduit ici.

"Les Nations Unies établissent les "dimensions de pauvreté" suivantes: vie brève, illettrisme, exclusion, absence de ressources matérielles.

Ma propre liste, aisément déductible de la première, comportait celles-ci: invisibilité, difformité, rejet, dépendance, vulnérabilité, douleur, indifférence, aliénation.

Je ne prétends pas savoir (et c'est là une question à laquelle le XXI° siècle devrait s'atteler) quelle proportion de pauvres est en butte à ces phénomènes. Je peux simplement dire que je les ai remarqués "chez" des pauvres, lesquels, comme d'autres personnes ressentant d'autres choses, les éprouvent au rythme des caprices de l'existence. Et ces catégories sont elles-mêmes capricieuses, allant, parfois, jusqu'à s'exclure mutuellement (douleur et indifférence, invisibilité et difformité). Communiquer étant, à l'instar d'autres talents, réservé aux riches, les pauvres qui apparaissent dans ce livre n'arrivaient pas toujours à me dire ce que je voulais savoir. Les dates de Natalia ne concordaient pas et leurs souvenirs, comme les miens, étaient incohérents -l'une des raisons pour lesquelles ce livre ne peut se contenter d'être un recueil d'histoires orales.

Quoi qu'il en soit, voici une catégorisation de plus, attristante et probablement inutile, des dimensions de la pauvreté."

 

 

"La folie Silaz" d'Hélène LENOIR (Minuit). Des obsèques. Une famille déchirée. Ce roman se laisse lire. il est même possible de l'apprécier. Mais la folie n'y est point débordante.

 

 

 

"Arbre de fumée" de Denis JOHNSON (Bourgois). Roman hollywoodien pour lequel l'éditeur a cependant le (grand) tort d'évoquer, dans sa succincte présentation, les oeuvres de Cimino ou de Coppola. Il n'est en effet pas évident de faire tout un cinéma autour de l'antépénultième évocation de la guerre du Viet-Nam. En dépit de quelques pages "flamboyantes".

 

 

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