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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique D'André Blanchemanche


"Une odyssée américaine" de Jim HARRISON (Flammarion). N'en déplaise aux esprits chagrins, voilà un roman vers lequel le Lecteur éprouve déjà le désir de revenir. Sans doute s'est-il senti très proche de l'auteur dans les pages consacrées à ces pulsions qu'un sexagênant se devrait de contenir. Mais là n'est pas l'essentiel. Le Lecteur a suivi Jim Harrison lors de chacun des périples qui devaient conduire l'écrivain à visiter tous les états qu'unissent entre eux une identique vision du rêve américain. Il s'est pris au jeu. Il a semé sur sa route, lui aussi, les représentations des états visités. Il s'est réjoui que le voyage n'atteigne pas à son terme. Il s'est trouvé une toute petite place, tout près du chalet délabré où le narrateur (ancien enseignant reconverti dans l'agriculture et l'élevage) décide de s'installer. Le chalet de l'aïeul de cet homme-là. Dans le Montana qu'il connaît, le Lecteur, grâce aux précédents romans de l'écrivain américain. Le spectacle de l'Amérique de Jim Harrison l'a rassuré. Une Amérique certes incomplète, une Amérique inachevée, mais consciente de la relativité de sa puissance et de son hégémonie. Une Amérique qui s'observe sans aucune complaisance. Une Amérique de femmes et d'hommes somme toute guère différente de la France dans laquelle il survit. Voilà bien un roman revigorant pour ce Lecteur qui s'interroge sur la relativité du temps qui lui est concédé!

"... Vous avez devant vous un fervent partisan de l'égalité! Il est bien difficile de s'occuper de cinq porcelets sevrés, car tous jusqu'au dernier, hormis l'inévitable avorton, vont essayer d'avoir davantage que leur part de nourriture. Un comportement apparemment inscrit dans leur nature non démocratique. Selon le Dr A, nous devrions creuser une énorme auge à cochons dans la grande salle du Congrès américain. Il a même écrit une lettre au journal local pour défendre ce point de vue -et ensuite perdu les deux tiers de sa clientèle républicaine. La dernière fidèle était l'arrière-petite-fille d'un nabab du bois qui en était venue à mépriser tous les politiciens. Le premier Bush lui avait bien plu, mais elle trouvait que Junior était "un poltron". Lorsqu'elle avait fait cette déclaration au bureau de poste, un instituteur d'une école voisine s'était demandé ce que signifiait le mot poltron."

 

 

"La fille du fossoyeur" de Joyce Carol OATES (Philippe Rey). Le Lecteur ne fut point dupe: ce roman-là n'atteint pas au niveau de quelques autres de ceux qui jalonnent l'œuvre foisonnante de Joyce Carol Oates. Qu'importe, au fond! Puisque celui-ci relate la vie d'une femme née dans le port de New-York, dans l'antre d'un navire où s'entassaient des familles juives et allemandes fuyant la nazisme. Une femme qui va tenter de donner consistance à son rêve américain. Mais qui, dans le même temps, s'évertuera à ne pas laisser dépérir ces racines. Et qui, au crépuscule de sa vie, la conduira à tenter de nouer des liens avec une universitaire dans laquelle elle croit reconnaître la cousine dont elle était persuadée qu'elle n'avait jamais atteint à la terre promise. Le Lecteur ne se reniera pas: il voue une profonde admiration à Joyce Carol Oates. Et même si ce roman-ci n'est pas celui dont il gardera le souvenir le plus marquant, il contient l'essentiel de ce qui jalonne toute l'œuvre de la romancière américaine.

 

 

"Joska Atyin n'aura personne pour le lui rendre" de Bela OSZTOJKAN (Fayard). La vie d'une communauté tsigane dans la Hongrie communiste des années cinquante. Une fable allégorique qui entremêle l'histoire et les légendes que colportait un peuple contraint à vivre aux marges de la société. Tellement marginalisé, ce peuple, qu'il n'avait (n'a?) d'autre solution que de s'inventer un monde. L'art de survivre hors des réalités contraignantes, absurdes, violentes.

 

 

"Oedipe, le bâtard des deux mondes" de Massamba DIADHIOU (L'Harmattan). Ce roman est arrivé jusqu'au Lecteur par des voies détournées. Le tout premier roman d'un tout jeune apprenti en littérature. Qu'accompagnent donc de nombreuses "imperfections". Dont l'écriture semble osciller, sans jamais vraiment choisir, entre les deux univers culturels de l'Auteur: le Sénégal et la France. Deux pays qui sont les "patries" de son narrateur, né de l'union éphémère d'une maman africaine et d'un quelconque médecin du monde (bien que français), volage de surcroît. Un narrateur qui, en son jeune âge d'homme, part à la recherche de ses géniteurs et découvre donc certaines des réalités hexagonales. Lui qui a le cul entre deux mondes. Au-delà du récit "imparfait" d'un éveil et des rencontres qui l'accompagnent, ce roman excelle dans les virulents paragraphes qui dénoncent les turpitudes des deux systèmes, celui d'ici et l'autre de là-bas. Au bout du compte, le Lecteur se prend du désir de donner un coup de pouce à Massamba Diadhiou, écrivain en devenir. Jusqu'au point de vous contraindre à lire ce roman-là?

 

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Philippe Maréchal

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