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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Réfugié

 Je suis resté allongé dans ce lit, au grenier, comme tapit dans une embarcation, dans un  mouillage pris à l’abri des roches d’une crique imaginaire.

J’ai rallumé. J’ai fixé les voliges de châtaigniers au dessus de moi. D’anciennes tâches dues au tanin qui a resurgit par une humidité ancienne, dessinaient des figures, des trognes, des dessins, des allégories ou bien des signes chamaniques. C’est un peu comme regarder l’empreinte des croutes tombées d’un vieil enduit sur un mur bosselé et y découvrir des regards de personnages fantastiques aux regards figés, en attendant la fin des temps et que cesse le sortilège qui les emmure. Je les regardais jusqu’à m’imaginer les voir bouger.  J’ai  attendu que passe le coup de vent. Oublieux d’être à l’abri, obsédé de me savoir seul, forcé d’attendre des jours meilleurs. J’ai serré les dents. J’ai essayé de concevoir que le ciel fût bleu au dessus de la tourmente. Mais c’est un exercice impossible, il n’y a pas de ciel bleu dans la nuit. J’ai éteint à nouveau.

Comment nourrir et veiller l’insignifiance d’un si petit espoir blottit au creux de la tempête. J’ai attendu. J’ai attendu encore comme on prête l’oreille à l’appel de son nom. J’ai retenu mon souffle pour mieux entendre, illusoire attention à cet instant, et à ceux qui les ont précédés, parce que perdu au bout du monde, parce que les miracles n’existent que pour ceux qui les inventent ou peut être que pour ceux qui les vivent. Dans la fonte des heures, j’ai attendu, comme un veilleur attendrait la relève de son ombre. Personne n’a appelé.

 Exister dans ce cas, c’est abreuver des secondes à venir, l’angoisse qui puise dans la mélancolie, née des errements du passé. C’est songer au temps qui passe et ressasser tous les fourvoiements qui ont amené jusqu’ici, le navigateur conscient de la dérive qu’à Dieu plaise, il en eut joué, pour échouer sur une île aussi belle qu’inhospitalière. Vomir la madeleine de Proust, et regretter  la pomme croquée par innocence. Recracher le meilleur et garder l’amertume.

S’en est suivi de cette longue attente, une intention déguisée en une sorte de méditation. J’ai fini par le lâcher le fil du vent  et je me suis endormi dans une molle, oubliant sa colère. Je me suis  assoupi  aux cotés d’un ennemi, si fort qu’il m’a annihilé toute velléité de résistance. Des mauvais rêves éveillés, je suis passé au sommeil.

Philippe Maréchal mai 2009

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Philippe Maréchal

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