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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique D'André Blanchemanche



"L'origine de la violence" de Fabrice HUMBERT (Le Passage). Non, il ne s'agit pas d'une quelconque thèse concoctée par un psychosociologue lacanisable (quoique gavé de résidus freudiens). Le Lecteur vous entend récriminer: "Ca commence mal, très mal!". Mais c'est que le Lecteur, lui, se dépêtre comme il le peut du profond malaise qui l'habite encore quelques heures après avoir refermé ce livre. Un roman, pour ne rien vous cacher. Un de ces trop rares romans dont le Lecteur sait qu'il n'en restera pas là, qu'il relira, au gré de ses humeurs (fort fantasques!) quelques pages, voire même la totalité de l'ouvrage. Tant son sentiment s'affirme: il est rare, il est même exceptionnel d'aborder à de la vraie, de la grande littérature. Les grincheux, les branlotteurs de mouches exhumeront peut-être des 315 pages quelques nonchalances. Grand bien leur fasse! "L'origine de la violence" ne présente qu'un seul défaut: avoir été édité par un "petit" éditeur (qui, par ailleurs, est un très grand monsieur... ou une grande dame?)

Voilà donc un narrateur, professeur de son état, qui lors d'un périple scolaire en Teutonnie découvre Buchenwald. Et qu'il se confronte, à l'intérieur du musée, à une photo dont l'un des personnages ressemble étrangement à son propre père. Débute alors une enquête dont je ne révélerai ici pas le moindre détail. Toute la force du roman de Fabrice Humbert, tout son talent, consistent à amalgamer l'effroyable histoire de la barbarie nazie aux destinées de quelques personnages, dont une lignée de nobles et vertueux serviteurs de l'Etat français (à tous les moments de l'histoire). Une famille engluée dans ses non-dits, ses secrets, ses mensonges, avec sa madame Bovary (le Lecteur s'autorise la référence, puisque l'Auteur y a recours).

("Parfois je me demande dans quelle mesure mes références littéraires ne sont pas le masque opaque de mes émotions, canalisant et détournant, fixant mes visions vers ces êtres de papier que sont les écrivains et leurs personnages.")

Fabrice Humbert amalgame, malaxe, pétrit ces existences jusqu'au point de contraindre le Lecteur à se regarder dans un  miroir et à s'interroger: "Quelle part de barbarie sommeille en moi?"

Merci, Monsieur Humbert.

 

 

Je parenthèse. Brièvement. Du moins si j'y parviens. Mes lectures résultent des disponibilités sur les rayonnages de la Médiathèque de Montpellier. Selon des listes que je dresse à partir des critiques glanées dans la presse, de mes visites sur les sites des maisons d'édition, des suggestions transmises par des proches. Il est donc bien évident que je ne "fonctionne" pas au rythme de l'actualité littéraire, mais à mon rythme à moi, un dépendant du bon vouloir des professionnels de la lecture publique, eux-mêmes placés sous la tutelle des mécènes, en l'occurrence des bailleurs de fonds également  publics et peu empressés d'écouter l'opinion des usagers (dont ils oublient qu'ils sont aussi des citoyens).

Je parenthèse. Car les "disponibilités" m'ont conduit, dans un même mouvement, à emprunter le roman de Fabrice Humbert et celui de Jacques Chessex. Et qu'il existe, non pas des analogies ou des patentés, mais comme une sorte de complémentarité entre ces deux ouvrages. Ce qui relève du fortuit, de l'accidentel. Ce qui doit être précisé.

 

 

"Un juif pour l'exemple" de Jacques Chessex (Grasset). Une grande claque dans la gueule. Le Lecteur n'est pas prêt de s'en remettre. Il résume. 1942. Jacques Chessex a huit ans. Il vit alors dans une petite ville vaudoise où s'est constitué un groupe d'admirateurs du Führer. Quelques individus ordinaires. Qui vont, eux aussi, exterminer "leur" juif. L'histoire est authentique. Mais le récit est écrit avec tant de sobre intensité qu'il atteint au tragique. Le Lecteur entend par là à l'universel. Pas la moindre complaisance dans le propos de l'Auteur. "Je raconte une histoire immonde et j'ai honte d'en écrire le moindre mot. J'ai honte de rapporter un discours, des mots, un ton, des actes qui ne sont pas les miens mais qui le deviennent sans que je le veuille par l'écriture." L'effroyable blessure ne se refermera jamais. Il serait même absurde de vouloir la cicatriser. Puisqu'il est nécessaire que l'humanité soit à tout jamais confrontée au pire d'elle-même. Afin de s'en prémunir?

 

 

"Elégie pour un américain" de Siri HUSTVED (Actes Sud). Ou, plus exactement, "élégie du père". Dont les deux enfants explorent les mémoires que cet homme leur a laissé en héritage. Le Lecteur a pris un évident plaisir a découvrir les modes d'intégration d'une famille d'immigrants venus de Norvège et qui se façonne ses espaces (ainsi qu'une identité) dans l'Amérique d'hier. Par contre, la surabondance des références psychanalytiques l'ont trop souvent exaspéré (plus qu'ennuyé). Mais il y a tant de générosité et d'humanité chez Siri Hustved que l'exaspération du Lecteur fut assez aisément contenue.

 

 

 

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Philippe Maréchal

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