Informez vous et faites passer
Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
Comme je l’avais écrit, le numéro 2 de « C’est samedi c’est l’heure du journal d’un con » est différé... C’est que j’en reviens juste, de sous les jupes des étoiles, et j’y suis encore, putain ce qu’on y est bien...En voilà un premier avant goût, çà à démarré comme çà...jusqu’à ce que ces jours qui vont suivre je vous en fasse le récit, un tour ensemble...Loin des turpitudes, loin, très loin de celui là même qui ce matin traite ses patates comme des coureurs cyclistes, jusqu’ à empuantir ma maison, ma maison où c’est que je protège ma petite fille, ma gamine, mon amour celle qui comme tous les gamins devra hériter d’un monde souillé, pollué par nos inconséquences et la politique à deux balles, celle qui pense au profit immédiat avant la vie. Tous ces produits de merde épandus sur les cultures, on le sait à présent, c’est une folie...j’enrage...mais je ferme la fenêtre place au récit...
S’attaquer à la première phrase c’est mettre les doigts sur le clavier comme je pose les premiers pas sur le chemin. Fraicheur du matin, à l’ombre une table sur la terrasse, des gens qui se reconnaissent et parlent autour d’un café. Un an qu’ils ne se sont pas vus. Untel qui ne viendra pas fait pourtant l’essentiel de la conversation pendant un bon quart d’heure puis il ne cessera pas d’être présent au long de ces deux jours. La barbe seule n’est pas taillée. Le reste est passé à la tonte, comme les bêtes. Hommes et bêtes s’apprêtent à prendre la route puis les chemins de crête. Le berger est prêt va falloir y aller. « Faut penser à protéger les pêchers au départ »... De quoi s’agit au juste, pourquoi suis-je là ? « Un temps où notre esprit enfin descend dans nos pieds » a écrit à ce propos François Roux l’absent qui chemine dans le cœur de ces gens venus gouter à ce voyage collectif, à ce tour affectif; translation d’une troupe pacifique suspendue à des filaments de rêves accrochés aux crêtes comme des bouts de laine de l’année dernière et qui enfourche la carriole à désirs et s’en va vivre dans un monde meilleur où l’ herbe est vraiment plus verte encore que dans le pré d’à coté. C’est la transhumance. Rien que çà. Rien que ce mot me fait sourire. Il me rappelle une chanson de Ricet Barrier, çà vous ne dit peut être rien et qu’importe si je ris tout seul c’est plus fort que lorsque je fais la gueule, mon rire est contagieux et l’on se retrouve vite à se tenir le ventre, entre imbéciles heureux jusqu’à sentir les crampes, sacré nom de Dieu, y’avait longtemps qu’on avait pas ri ainsi. Je suis parti trois jours, en godasses et en suspension, routes, chemins escarpés, chaleur, souffle, parfums, sourires, rencontres, croupes, solitude heureuse...après le départ les jambes sont encore raides mais l’esprit qui a des pattes de dahu s’est détendu à flanc de montagne. On pouvait voir la vallée où je venais de passer l’hiver, le temps était venu de s’ouvrir, de respirer, le temps était venu de s’envoler, fini les cauchemards à se foutre une balle dans le cul, seul un coup de pied était nécessaire : « Nothing is ever finish » chanson de Fink qui me trotte dans la tête...
Ardailles, petit village accroché sur le cœur des Cévennes à la manière méditerranéenne, à la manière corse...dans le groupe j’entends derrière moi, une voix qui salue ceux qui se sont assis le cul sur la fraicheur des pierres et le cœur au soleil. Ils sont venus assister au départ du troupeau, « mais c’est que vous êtes à la manière corse...- mais je suis corse... » rires, d’autres que je ne vois que de temps à autres dans la vallée me tendent la main au passage, une bise...Emotion, c’est la première fois ainsi depuis 22 ans pour moi, le breton...j’ai l’impression d’embarquer pour une campagne de pêche approuvé et encouragé par la foule sur le quai...Ardailles, petit village qui jusque dans son expression phonétique évoque la vivacité et le courage, une certaine notion de « résistance » à la manière de Lucie Aubrac venue pas loin de là avant de partir vers les étoiles, « Résister est un verbe qui se conjugue au présent »...et à présent je marche au milieu de la rue d’Ardailles, entre les rires et les encouragements. Est-ce à dire que je résiste en conjuguant mes godasses sur un rythme à deux temps. On verra. Y’a des trains qui passent dans la vie qu’on m’a dit, ceux là, ils ont une allure bien particulière, pour les louper faut refuser, « tous seront sauvés seuls les imbéciles refuseront » dit un vieux proverbe juif, je ne veux jouer « à le con ». Je prends le train en marche, c’est un train formé de deux bergers et de leurs chiens, de deux troupeaux de moutons et de quelques chèvres, de trois chevaux qui porteront une partie de l’avitaillement dans de beaux paniers en osier et puis de nous, une quinzaine de personnes qui se connaissent quasiment toutes à l’exception de petits nouveaux comme moi, invités pour la première fois. Les moutons s’apprêtent à tailler leur route tous endimanchés de pompons en laine et d’un collier en bois, d’une cloche. Moi je me dis que je suis ma propre cloche et que depuis le temps qu’elle bat la mesure à l’intérieur, il est grand temps de lui faire prendre l’air.... Mamie sur son fauteuil roulant est même venue saluer l’événement...
Marche à suivre...
fleurs et tomates