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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Transhumance, 2


Ya des voyages dont on ne revient jamais. Par exemple as-tu vu les yeux de quelqu’un qui débarque et qui de faire le tour du monde dans la furie des océans et du vent et du soleil et des jours de gris, les jours de coup de mou ou de grains, as-tu vu ses yeux comme ils restent accrochés, ailleurs...as tu vu les yeux de celui qui revient d’un long périple indien, le même regard, la même démarche, des pas sur une route où les pavés se soulèvent, le même sentiment que quelque chose d’irrémédiable s’est produit, cette phrase du poète, que l’on peut aussi bien adapter aux routards du pays de l’indus qu’aux marins ou bien qu’à cette expédition intemporelle d’un vagabondage de pâté de tête enrobé de chaussettes et de godasses en cuir : «  il ya trois sortes d’humains, les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer... » c’est beau on dirait du veau mais c’est bon, putain j’ai fait les trois, j’ai de la chance une veine de cocu dirait mon voisin qui surveille mon facteur, je suis revenu des océans, des Indes, et maintenant de la draille...Je suis endraillé, comme un foc, bordel,  accroché à ses mousquetons, à l’avant du bateau qui revient d’Asie les soutes pleines de poivre, de curcuma, de cardamone, de curry...Il est fou vous allez dire...Ouais, fou à lier, je suis fou d’étoiles, amoureux comme jamais d’avoir revu leur sexe briller et c’est comme çà que c’est bon d’avoir la gueule dans les étoiles, le nez dans la voute céleste, allongé sur l’herbe dans la nuit du coté de Bonperrier,  l’auberge, la ferme à la croisée des chemins, bâtie dans la splendeur d’une époque de marcheurs, de commerçants, de brigands, de pèlerins, de dragons à la poursuite des camisards, la ferme à présent dans la solitude et l’ennui, battue par les vents, les neiges et brulée au soleil des saisons attendant avec impatience, le solstice, le retour des troupeaux et  des bergers pour rallumer dans l’âtre le repas simple, pour ranimer l’envie et faire revivre la magie, la tronche qui s’éclate quand on retire ses godasses et qu’on boit un coup de rouge, la tête des bergers heureux et inquiets, avec toi, à te dire, mais ailleurs à entendre, le bruit de leurs bêtes dans la nuit, et tu es là dans un temps qui n’a plus d’heure, avec mal partout sauf au cœur dans l’auberge, la ferme  sans électricité, le couteau, le vrai, celui quei se déplie et qui taille dans la viande et le pain, à la lumière des bougies, les gueules comme dans une peinture flamande, les rires, les voix graves, les marmites, la bouteille, l’odeur du fromage de chèvre, le pélardon et dire qu’ il vaudra mieux dormir dehors après avoir mangé plutôt que de tousser dans le vieux foin...enfin non  dormir çà va pas non, vivre jusqu'à plus soif jusqu'à l'usure des yeux à te voir mon amour jusqu'ici dans les montagnes et je suis bu et je me retouve comme toujours, comme j étais avant de me perdre encalminé au fond de ma vallée comme un vieux pirate qu’on a laissé avec un tonneau de poudre et trois bouteilles de rhum...yop là boum...Et je suis saoul, et je suis ivre et d’abord Bernard Grellier y dit « drailhe » avec un « h » parce que ici c’est Occitan...Il dit aussi «  le rythme a changé, le troupeau a marché, mangé ; maintenant il rumine. Nous, nous ruminons aussi : des idées, des rancœurs, des désirs, des haines, que sais-je ?... » oui il dit çà Bernard Grellier un des deux  bergers avec Remi Leenhardt  au début de cette drailhe avant de rejoindre à la prochaine étape deux autres avec leurs troupeaux venus de nulle part d’un autre monde, celui des vivants, là bas au fond des vallées où se mélangent aussi les morts. Ici même les squelettes marchent et la mort n'effraie pas.

La petite route de montagne serpente et grimpe. On quitte les derniers venus encourager la transe humance, la danse des humains et des bêtes mélangés. La vie qui bouillonne. Au détour d’un virage en épingle, la drailhe, la vraie, le chemin, les genets, les chênes blancs et les cailloux qui ont vu ceux qui ont emprunté depuis des siècles, bien avant qu’il ne soit permis de penser à tailler des routes au fond des vallées, quelle incongruité, ce monde d'aujourd'hui qui se croit tout permis mais qui marche à l'ombre au fond du trou. Il n’y a pas si longtemps, à peine deux cent ans, tout passait par les crêtes, les hommes, les bêtes et leurs affaires. Le soleil est déjà bien haut. Il fera chaud. Il ya partout le bruit des cloches jusqu’à l’obsession jusqu’à l’oubli et puis l’odeur du mouton. Quelques gouttes de sueur perlent sur le front de Rémi. C’est qu’on vient de rire comme deux cons, comme deux gamins, du souvenir d’un autre et de sa connerie bien sur. Il tient son bâton, orné d’un crochet métallique à la manière d’une gaffe de marin mais en plus solennel penchant pour la crosse d’évêque, en plein pays protestant, en plein pays parpaillot et je chante à tue tête : «  tu es mon berger, oh Seigneur...rien ne saurait manquer, où tu me conduis... » Mostapha, mon dentiste qui est aussi de la partie et qui officie comme Imam au Vigan, à la Fête de l’Aïd ( voir sur http://www.latelelibre.fr , la fête de l Aïd en Cévennes), Mostapha donc se marre comme une baleine...Oui, je l’avais dit, il y a des invités et là aussi j’ai été servi ...

Marche A suivre...  

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Philippe Maréchal

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