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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Transhumance 4


  J’y suis retourné. Il était là, avec ses yeux bleus et sa barbe de patriarche. Devant sa petite maison. Une jasse qu’on dirait dans l’Aveyron, un mazet ici. Enfin une petite maison en pierre fraichement rebâtie, avec un toit de lauzes, toute petite. Trois chevaux, une ânesse et son petit, donnaient à l’endroit et à notre bonhomme une allure de Shrek. Tu sais celui qui a fait la nique au petit prince nerveux. Plus d’une semaine après la transhumance, c’est sa première semaine à garder les troupeaux, le sien, celui de Rémi, celui de Frank et un autre encore. Sa femme était là, à l’intérieur. Elle lisait, à l’abri, du temps, du vent. Lorsque l’on a débouché une semaine avant, de la drailhe qui venait de la Molière, le premier jour, après avoir marché toute la journée depuis le matin de bonne heure, on s’est retrouvés à la croisée des chemins sur le col, à Bonperrier au soleil couchant. Franck arrivait de Lassale avec son troupeau et d’autres marcheurs. Avec quelques uns, en tête, nous avons forcé le pas et pris de l’avance si bien que nous avons pu grimper sur une arrête surplombant ce carrefour au vent.

«  Nous sommes tous passants et pèlerins, allumons donc un feu au carrefour à l'adresse de l’Eternel, donnons nous la main et faisons de ce lieu quelconque un temple dans le vent... » M’est revenue  la prière de Lanza Del Vasto, celle du soir que nous égrenions avec les compagnons de l’Arche lorsque j’y étais encore il y a vingt deux ans. A chaque pas pendant ces jours de transhumance toute ma vie a redéfilé. Sans la chercher, sans la provoquer, tout y était. Le bon, le moins bon, même le pas bon...C’est l’esprit qui transhume quand on marche. Les troupeaux se sont mélangés, un instant distincts encore comme deux courants contraires qui se jaugeraient avant de déferler l’un dans l’autre. Puis ils se sont confondus, les bêtes simplement reconnaissables aux marques de leurs bergers, avec leurs pompons multicolores, çà et là émergeants au dessus des crêtes sur des vagues vivantes. Les bêlements exacerbés par l’approche des derniers instants avant la confrontation puis la mixité se sont atténuées On les menés vers l’enclos pour la nuit, tandis que Bernard trayait le lait de quelques chèvres qui accompagnent la caravane, on s’est dirigés vers l’ancienne auberge, sentinelle du col, sans électricité, à l’ancienne.

  Les moutons étaient en contre bas, sur la pente. C’est con ce qu’on pense quand on a la tête farcie d’ordinateur,  on dirait une photo banalisée de chez Microsoft. Qu’est ce que t’es con , ils t’ont bien eu avec leur monde virtuel. Eux c’est sûr, ils ne sont jamais venus ici. Mieux ils n’y viendront pas, jamais. On est descendu les faire manger plus bas encore. Le vent était frais, du nord. Dans le ciel, au dessus des montagnes et des vallées naviguaient des bandes de nuages épars, longilignes, en strates. J’ai pensé aux alizés. Je suis parti illico. C’est çà, se mettre le cul dans le vent et cap à l’ouest quand on est arrivé à la hauteur des îles du Cap Vert. Se laisser porter dans chaque souffle,  à chaque impulsion,  bulles d’air fortes au début de la traversée puis de plus en plus faibles à mesure de la progression, tantôt Nord Nord Est, tantôt Sud Sud Est...Il m’a rappelé ici, moi qui rêve déjà d’ailleurs, de solitude, loin de tout, loin de tous... quand il a intimé l’ordre à son chien , un border collet roux, vif, attentif, et prêt au moindre signe. C’est beaucoup de travail pour en arriver là. Droite...Et le chien part sur la droite immédiatement pour contourner le troupeau et ramener l’ensemble, trainards compris dans la bonne direction. Il revient, Cid ici... Gauche...il repart, instantanément...Putain, si je l’avais appelé Bayrou il n’aurait jamais su où aller...Rires... -Cà c’est beaucoup fait par ici, de les appeler par un nom d’homme politique, quand on les engueule çà fait du bien...On se paie comme on peut, loin des ors de la République, loin des fastes et des miroirs du palais des glaces...

Marche à suivre...

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Philippe Maréchal

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