Le temps qui passe

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Quand je ne sais plus j’y retourne. Et c’est souvent que je ne sais plus. Je retourne donc sur mon banc à l’ombre du pommier. Mon banc du journal d’un con, mon banc du samedi. C’est que...c’est que c’est souvent samedi chez moi. Si c’est souvent que je me sens con, d’abord samedi est moins désespérant que dimanche. « Il n’y a pas de samedi sans soleil Â» m’avait dit un copain il y a longtemps, longtemps, longtemps...du temps où «  les poètes ont disparu Â». Où sont ils les cons ? Dimanche a gardé la couleur indélébile et débile des retours le soir vers une sinistre bâtisse. C’est resté, con comme un dimanche, con comme le mauvais coté du manche. J’ y suis retourné, sous le pommier. Un coup de vent et une pomme tombe, un petite pomme comme çà, pas mure, qui tombe pour rien, même pas pour un Newton. Je prends mon air grave et je m’appelle Isaac et je refais l’histoire de la gravitation. Poc, elle tombe multipliée par « g Â»  en un point « q Â» c’est Kon, qui s’en soucie à part moi en cet instant « t Â» aussi important comme instant que le reste du temps pour toute une humani T souffrante ? De qu’est ce que donc ? Michaël Jackson a effacé dans sa mort sur tous les tabloïds toute la souffrance du peuple iranien ? Qui va donc faire oublier celle des Ouïgours ? La petite pomme est tombée et a roulé. Elle s’en fout la petite pomme. C’est finit pour elle. Je suis le seul à l’avoir vue descendre. Son enterrement au moins ne fut point anonyme. C’est une histoire con comme une pomme. Celle d’un banc et d’un p’tit bonhomme. Le banc y s’en fout et le p’tit bonhomme y s’demande avec son cÅ“ur en trognon d’pommes, pourquoi il est un homme et que çà sert à quoi d’abord et qu’il eût préféré être un poisson, ou bien un rien  qui lui est un proche cousin, mais plus discret, un courant d’air assis sur un banc à coté d’un con et devisant :

-  alors à quoi tu penses ?

- à rien...

- c’est gentil de penser à rien

- ben oui, je pense souvent à toi...

- et moi donc je t’emplis...

- non de rien, faux pas...

-prend garde de trébucher dans l’escalier de la vacuité

-merci je pourrais tomber de haut

- faire comme la pomme, tomber par terre

-une petite pomme, c’est malheureux, elle qui avait le cul à l’air,

- c’est bien triste en effet mais c’est fait, n’y pense plus

- c’est çà, ne plus penser, à rien...

- c’est gentil de penser à rien

- ben oui je pense souvent à toi...

-et moi donc je t’emplis

- non de rien, faux pas

- je la connais ton échelle de Jacob

- l'escabeau Delafond ?

- non une peinture de Bosch

- prends garde, reste assis à coté de moi

- merci le vide tu es gentil où que je sois tu es toujours là

- de rien, je t'emplis  

 

 

 

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