Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
8 juillet...plus que 6 jours pour mettre en place mon défilé....Le temps presse. On est à la bourre comme d’habitude. Un défilé çà s’envisage, çà se prépare. Aucune improvisation n’est tolérable dans l’ordonnancement d’une revue apprêtée avec soin en vue d’impressionner le quidam qui douterait un instant du bien fondé d’une telle mise en scène. Les piquets sont bien droits, les filets sont tendus, manquent les drapeaux, des petits drapeaux mignons et proprets comme du linge de maison et qui sècheraient au vent les larmes des saisons passées, englouties dans la mémoire des campagnes endormies. Il me faut aussi récupérer mon engin à chenille, ma brouette mécanique, fer de lance de toute cette parade, la machine à colporter la merde, cette matière féconde et régénératrice qui déversa au creux de la lutte dans le froideur de l’hiver dans l’âpre moment la révélation de l’ultime décision, on remet çà :
...On se relance dans la bataille
et l’on châtie l’hiver canaille
qui affligea ses frimas
autour de ma mie et au pied de son mât
en déversant sur la terre gelée
des monceaux de fumier
sur nos champs Elysées...
Putain, non d’un Bourreau, en voilà du discours qui s’affine et que je lancerai de ma tribune d’honneur entre morceaux de musique militaire, ce qui dans le genre oxymore vaut largement le fameux : « génie » du même nom et qui toujours m’a fait sourire..Cà se prépare dans le jardin, la revue des légumes en carrés, en longueur, et au pas cadencé des rutabagas et des régiments de patates, la carotte à sa place et l’oignon bien redressé, encore quelques mises en plis pour les frisées débonnaires, un semis de radis noirs et aéroportés, niquons le pourpier, tirons le liseron et la garde à biner, et chantons l’hymne du jardinier : amour sacré de ma brettelle, toi qui soutient mon pantalon, car avant c’étaient des ficelles, qui me maintenaient les roustons... sarclons, sarclons, qu’un taon obscur s’écrase sous notre chaussure...Sacré nom d’un Bourreau, c’est t-y vingt diou à c’t-heure qu’mon défilé s’prépare, dans le potager au grand complet dans l’alignement impeccable je ne veux voir qu’une tête devançant l’armée des ombres qui s’en suit et en silence, tout un peuple de légumes exultant et magnifique, tendu vers un seul but, dans la discipline et l’abnégation, servir la soupe à ses maitres en fêtant la Révolution....
Il a une de ces allures de Che Guevara avec son bêret !"
Nous auraient déclarés la carotte et l' oignon.
Au pas... tagada tagada...l'armée des légumes ! le torchon brûle !