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Le temps qui passe

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Je vis plutôt mal le temps des fermetures. Grilles closes. Accès interdits. Livres en sommeil.

En ces temps où il est recommandé de travailler plus pour gagner plus.

Ce que semblent ignorer les médiathéquaires de Montpellier.

Une sorte de paradoxe, non?

Sinistre mois d'août qui ne me laisse d'autre recours que d'acquérir à bas prix chez Joseph Gibert des livres d'occasion (parmi lesquels quelques titres ont déjà été évoqués) et de me retourner vers mon fond particulier.

Ce qui éclaire un parcours plutôt sinusoïdal (quoique non dépourvu d'intérêt).

D'abord des retrouvailles. "Les copains" de Jules ROMAINS (Gallimard, une réédition de 1942 en excellent état!). Jules me devint familier dès mon adolescence. Non pas pour son "Knock", mais grâce aux conseils éclairés de feu Paul Werk, mon oncle de par le versant alsacien de la famille. Sa bibliothèque abritait l'essentiel de l'œuvre de Jules, dont "Les Hommes de Bonne Volonté". 27 tomes que j'ai lus du début jusqu'à la fin voilà un bon demi-siècle de cela. Mais que je n'ai plus jamais fréquentés depuis. Reste que les retrouvailles inopinées avec "Les Copains" ont généré une sorte de désir diffus. Que je contiens. Mais qui pourrait m'inciter, un jour ou l'autre, à retrouver ces Hommes là. Afin de vérifier si le socialiste Paul Werk ne m'avait pas, en mes vertes années, conduit à prendre les vessies pour des lanternes. Je précise toutefois "Les Copains" se déguste(nt) sans déplaisir. La bande des joyeux farceurs qui mit sans dessus dessous la France profonde du début du 20° siècle s'en prenait au sabre et au goupillon. Ce qui, resitué dans le contexte de l'époque, ne fut pas une mince affaire!

(La bibliothèque de Paul Werk recelait bien d'autres trésors littéraires. Mais mes souvenirs les plus vifs et les plus palpables vont aux quelques ouvrages qui se dissimulaient derrière de lourdes encyclopédies et autres livres savants. J'évoque là de sulfureux récits qui mettaient en scène abbés et nonnettes enclos dans des couvents où la luxure n'était pas reconnue comme péché mortel!)

Parmi mes trésors personnels, j'ai exhumé "L'esclave vieil homme et le molosse" de Patrick CHAMOISEAU (Folio 3184). Je considère Patrick Chamoiseau comme l'un des plus importants écrivains de langue française contemporains. Ce court récit, dense jusqu'à en être étouffant illustre le talent et l'originalité de l'écrivain martiniquais. Un texte vieux d'une douzaine d'années mais qui n'a pas pris de rides. "Je sus ainsi qu'un jour j'écrirais une histoire, cette histoire pétrie des grands silences de nos histoires mêlées, nos mémoires emmêlées."  Puisqu'il s'agit des Caraïbes, cet emmêlement atteint souvent au sublime.

C'est dans l'enceinte de l'épicerie Sauramps que j'ai trouvé ce roman suédois: "Le mec de la tombe d'à côté" de Katarina MAZETTI (Babel 951). La veuve et le veuf. L'intellectuelle et le paysan. Quadragénaires. La suite s'imagine aisément. Mais le roman se laisse lire. Surtout en ces nuits de canicule qui me privent d'un sommeil durable!

Dernière précision: j'en ai enfin terminé avec mon antépénultième lecture du "Moby Dick" de Herman MELVILLE (Folio 2852). Plaisir, bonheur toujours renouvelés. Un de ces livres si rares que j'emporterai dans l'ermitage de mes ultimes convulsions!

 

 

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