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Le temps qui passe

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-LARGUEZ LES CORDAGES…

 

 

 

-Non

 

 

 

-LES CORDES ?

 

 

 

-Non…

 

 

 

- LES LIENS ? 

 

 

 

-Non plus…

 

 

 

- LES CABLES ? LES FILINS ? LES GRELINS ?

 

 

 

-Non, non et non…

 

 

 

- LES amarres ???

 

 

 

-Ouais.

 

 

 

 Midi, soleil, pas de vent, moteur, on tourne. C’est un film, tout est dans l’image. Au même moment, Attentas à Londres. Bondées, des Barques dérivent, moteurs en panne entre les Canaries où bien elles glissent vers le fond. Gib range tout ce qui traîne sur le pont, cordages et pares battages. Les jeunes s’étalent en même temps qu’ils se tartinent de crème à bronzer tandis que l’un des deux donne déjà dans les tremblements de façade qui tentent de dissimuler les désagréments engendrés par le balancement maudit du poète.

 

 

 

Louis Paul est à la barre. Il est fier et heureux comme un propriétaire d’attelage à l’ancienne.  Les chevaux sont depuis la sortie du port sous pilote automatique. Il ressemble ainsi à un enfant debout dans une voiture de pompier sur un manège. Il a mis un CD d’ Hugues Auffray. St jean Cap Ferrat est atteint dans la fin de l’après midi, sans que le moindre souffle d’air  permette l’usage des voiles. Passage obligé autour des Yachts au mouillage, plus somptueux les uns que les autres. C’est merveilleux s’exclame t il sans arrêt, comme s’il tirait sur le pompon du manège. Louis Paul est rivé à la barre. En retrait, Gib se mord la langue et assiste impuissant aux multiples tentatives de manœuvres peu inspirées.  Enfin le calme revient dans les machines affolées et amarrage dans le port. Louis Paul débarque et va s’enquérir des formalités à la capitainerie. Il en reviendra  en faisant semblant d’être vexé du prix imposé, 110 euros pour une nuit pour un voilier de 15 m. Il annonce qu’il aura daigné prendre en sus, comme proposés, des jetons de douche à deux euros l’unité. Acte de bravoure qu’il savoure tout en sachant qu’il s’en fout car il prend toujours ses douches à bord même si Gib objecte qu’il vaut mieux les prendre à terre plutôt que de déverser l’eau des ablutions dans le port. Beau bateau, mais pas de caisse à eau grise.

 

 

 

-Tant qu’à payer une somme pareille, mieux vaut jouir du confort jusqu’au bout.

 

 

 

-Ah oui ?

 

 

 

 C’est vrai qu’il y a tout le confort à bord, l’eau chaude, les douches, les toilettes électriques, le générateur, la chaîne hi fi, la télé, le micro ondes, L’Internet, le téléphone satellite, le frigo, le congélateur, l’air pulsé,  le four dans un vraie cuisine,  le salon,  les fauteuils en cuir, les petites lumières sur le sol comme au cinéma pour ne pas se vautrer sur la marche, un bouquin de Bernard Moitessier perdu entre Paul Auster et Homère, le figaro et l’Hérald Tribune et… des moustiques toute la nuit, l’aventure quoi.

 

 

 

 

 

 

 

 

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