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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique D'André Blanchemanche

"Le temps vieillit vite" de Antonio TABUCCHI (Gallimard). Quelques fragments de l'histoire contemporaine s'insèrent dans des récits au sein desquels le temps semble si souvent se diluer. Comme si la mémoire n'était en mesure que de restituer des lambeaux d'émotions, les parcelles des joies et des souffrances qui habitent chacun des personnages. "... elle eut l'image d'un enfant qui tenant la main de sa mère revient d'une fête foraine, la fête est finie, c'est dimanche soir et l'enfant tient un ballon plein d'air attaché à son poignet, il le tient fièrement comme un trophée et tout à coup, plof, le ballon se dégonfle, quelque chose l'a crevé, mais quoi, peut-être l'épine d'une haie? Elle eut l'impression d'être cet enfant qui tout à coup se retrouve avec un bout de caoutchouc dans les mains, quelqu'un le lui avait volé, mais non, le ballon était encore là, on lui avait simplement retiré l'air qu'il y avait dedans. En allait-il donc ainsi, le temps était-il de l'air qu'elle avait laissé sortir par un petit trou minuscule dont elle ne s'était pas rendu compte? Mais où était le trou? elle ne réussissait pas à le voir." Le Lecteur, qui entretient une très longue relation avec Antonio Tabucchi, s'est émerveillé lors de la découverte de chacun des neuf récits. Jamais il ne s'est senti aussi proche de l'écrivain. Ce qui est sa façon à lui de lui rendre un vibrant hommage.

 

 

"C'était notre terre" de Mathieu BELEZI (Albin Michel). Le roman que le Lecteur attendait. Depuis plus de quarante cinq ans. Lui qui émergea d'une sorte de néant au cours de cette putain de guerre d'Algérie, qui se dépêtra comme il le put du colonialisme franchouillard enseigné, planisphères à l'appui, par les hussards noirs de la République. Lorsqu'il s'est insinué dans le roman de Belezi, il a d'abord eu la douloureuse impression de devenir la victime d'une sorte de jeu de dupes. Tant le romancier lui parut entretenir ambiguïté en accordant à chacun de ses protagonistes l'autorisation d'observer et de décrire l'histoire à travers les miroirs déformants de leur subjectivité. Sauf que très vite, les fils se renouent entre eux, les évocations et les récits se juxtaposent. Le colonialisme franchouillard transparaît alors dans toute son ignominie. Sans qu'il ait jamais été besoin pour le romancier d'user de la caricature. La vielle famille de colons que Belezi met en scène se fissure puis s'exhibe dans ce qu'elle a souvent de pire. Jusqu'à ce que survienne cette putain de guerre. Jusqu'aux abominations perpétrées au nom de ce droit à la possession qui niait d'autres droits, ceux des autochtones. Ce roman n'est évidemment pas l'Histoire, l'Histoire ne constituant que son matériau de base. Ce roman n'est rien d'autre qu'un très grand moment, un trop rare moment de vraie littérature. Qui confronte le Lecteur non seulement à l'Histoire mais aussi aux suites de l'Histoire. C'est-à-dire à se pesant silence qui couvre depuis plus de quarante ans une guerre qui ne fut reconnue comme telle que depuis à peine plus d'une dizaine d'années, mais qui englobe surtout la si peu reluisante épopée du colonialisme franchouillard.

 

 

"Daniel Stein, interprète" de Ludmila OULITSKAÏA (Gallimard). Texte totalement hermétique à l'entendement du Lecteur, mais salué par la "critique".

 

 

"Jamais plus sans fusil" de Cesare BATTISTI (Editions du Masque). Ouvrage acheté pour une somme dérisoire aux puces de Palavas. Polar évidemment politique. Ou comment les années de plomb reviennent à la surface une vingtaine d'années plus tard, alors que quelques uns des protagonistes se sont confortablement reconvertis qui dans le politique consensuel, qui dans le journalisme lui aussi consensuel. Puisqu'il s'agit d'un polar, le Lecteur n'entrouvrira pas le rideau noir. Il précise simplement que ce roman est celui qui lui paraît le plus abouti dans l'œuvre de Battesti.

 

 

"Grand-père Rosenstein nie en bloc" de Marco BOSONETTO (L'Esprit des Péninsules). Une très heureuse surprise: le Lecteur fouine parmi les occasions proposées par Gibert Jeune et découvre cet ouvrage dont il fait l'acquisition pour l'euro symbolique. Un truculent roman! L'histoire d'un vieux juif, rescapé d'Auschwitz, et qui, au fil du temps, devient négationniste. Au point d'avoir à ses trousses toutes les pires engeances des fascismes, intégrismes et néo-nazismes internationaux. Face à cette meute, le petit-fils du vieux juif et quelques comparses. Ce roman se savoure. Jusqu'à la dernière ligne!

 

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Philippe Maréchal

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