Informez vous et faites passer
Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
C’est samedi. Il fait lourd. Un chien
déambule. C’est un chien à clochette, un chien de chasse. Il s’est perdu. C’est samedi, un samedi pendant la crise et à la campagne. Qu’est ce qu’on fait un samedi de crise à la campagne ?
Rien, on ne fait rien comme d’habitude. On ramasse ses oignons et on les trie. On étale un peu de fumier aussi. On range du bois qu’on a coupé l’année dernière pour faire de la place à celui
qu’on va couper cette année. On sème de la mâche. Les épinards et les radis noirs sont sortis. Les salades pour l’hiver se redressent. Le pommier d’Armorique peine sous le poids de ses fruits.
On songe à mettre de l’ail cette année. Là haut bougent à peine des cumulus et des cirrocumulus. De l’autre côté de la vallée, on entend des bruits de brouette qu’on charge de
gravas. Le mec de l’auberge est passé, en se promenant au pas de charge avec sa machine à crottes. Il a dit qu’on faisait rien qu’à glander. On s’en fout. Il ne sait pas. Il ne sait rien. Il fait
comme nous tous, il juge comme nous nous jugeons les uns les autres. Un ange passe. La terre est sèche. On promet de la pluie pour demain. La météo, c’est ce qu’on raconte quand on a rien à dire
à quelqu’un qui ne nous aime pas et qui est vachement emmerdé parce le chemin est étroit et qu’on a été obligés de se croiser. Est-ce que les diplomates parlent de la météo ? On m’a proposé
du travail. C’est un travail intéressant. C’est du travail bénévole. C’est un truc courant. Quand tu es jeune, tu es stagiaire. Quand tu es moins jeune, tu acquières de l’expérience, quand tu
n’es plus jeune tu deviens bénévole. C’est la troisième fois en un mois qu’on me propose du travail bénévole. C’est à cela que je sens bien que je ne suis plus jeune. Qu’est ce qu’on fait un
samedi de crise à la campagne. On se suicide avec un couteau à beurre, par le manche, et pour que çà dure plus longtemps, on s’assoie dessus. C’est samedi. Il fait lourd. Le chien déambule
toujours. Si tu crois que je vais téléphoner à son maitre parce que le numéro est sur son collier...Ben là tu t’as gouré...La dernière fois, quand le maitre est venu...il m’a parlé comme si
j’étais son chien. A mon avis, c’est un chien bénévole. On voit bien qu’il n’est plus tout jeune. Et puis, il a l’air un peu con.
Finalement, je me suis trouvé une ressemblance avec le chien. J'ai appelé son référent comme on dit. Moi je n'ai pas de référent mais quand même
ce chien il me regardait comme si...Alors j'ai appelé...Bien vu, le gars n'était pas le même que la dernière fois, un grand sympa...et qui aimait son chien. Voilà un samedi qui finit
bien.
fleurs et tomates