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Le temps qui passe

Juin 2012
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Quand il est passé à coté de moi j’ai senti comme un gros courant d’air. La porte ouverte, le froid s’est engouffré. Il est sorti pisser. Une lumière blafarde a caressé la pièce, plutôt que l’éclairer. Les gueules ridées par une nuit courte, tous se sont redressés de leur sac de couchage.  « Des lions le soir, des couillons le matin » qu’un a gueulé...C’est plus facile de gloser avec un coup de rouge au coin du feu que de se lever aux aurores... Cinq heures et demie, on s‘était dit on part à six heures avant que le soleil ne se pointe afin de surprendre les brebis égarées à la fin de leur repos...C’est qu’elles ne dorment que d’un poil de laine les coquines...Herbivores c’est dans les gênes qu’il m’a dit le berger, toujours en alerte au cas où... « nous, on roupille, y’a longtemps qu’on l’est plus en alerte... avec tout ce qu’on nous fait avaler... » En attendant, on a avalé un café, enfin un truc vachement fort qui sentait meilleur que son goût de n’y revient pas. Divisés en quatre équipes, on est partis chacun dans une direction.  Moi j’ai suivi Georges. Un cabri, Georges, un dahut, enfin un animal grisonnant qui crapahute dans la montagne comme moi dans mes désirs. Et ce matin, mes désirs avaient plus l’air d’une tasse à café que d’une réalité. Comme aurait ce dit bon Raffarin, la pente est raide...putain j’ai l’impression que le sol est devant mon nez. Il fait encore nuit noire et déjà je me prends les pieds dans les genêts, je trébuche sur les cailloux, je m’essouffle, Georges marmonne, à moins qu’il ne me parle. On file vers la crête. Je peine. C’est qu’il a du coffre le bougre, comme çà au lever du lit. Enfin du sac. Ouais, on a dormis à huit dans la pièce, huit à ronfler comme des turbines. Une bonne demie heure après ce pas de course on est parvenu à la crête, première lueur du jour à l’Est, dernières étoiles. On écoute qu’il me dit. On écoute les cloches. Moi j’écoute le bruit de ma cloche, mon coeur qui bat comme un tambour qu’aurait raté son métro. Des cloches, c’est qu’on en entend, par ici, par là, derrière aussi. Des cloches y’en a partout c’est comme un lendemain de vote. Derrière ce doit être les bêtes dans le parc. Ah là au fond de la vallée ce sont des vaches. Tiens derrière le bois sur le flanc de la montagne, tu entends ? Ouais...au trot le Georges. C’est reparti, je cours presque. Les genêts, putain de genêts auxquels les bergers essaient d’y foutre le feu à la fin de l’hiver...Ils sont partout, ces putains de genêts comme une algue maudite qui vampirise le fond de la mer. C’est toujours çà de moins en pâturages...On y voit mieux...j’ai failli me casser la gueule. Je suis content, Georges est enfin essoufflé. Et quand Georges est essoufflé, je peux respirer. C’est beau là haut. Cà sent bon sous l’aisselle de la montagne. Le bruit des cloches est maintenant derrière. L’écho, c’est l’écho. Les cloches c’est de l’autre côté. On remonte. On suit le barbelé comme a dit le berger, Bernard, dans sa consigne ce matin...vous montez jusqu’au frêne abattu, puis vous suivez le barbelé, après c’est les genêts, un petit bois et puis la crête...restez sur la crête jusqu’à rencontrer un chemin en contrebas...prenez le chemin jusqu’au guet des chasseurs et puis vous redescendez jusqu’à un croisement...Bernard lui est parti dans une autre direction...Une heure et demie qu’on marche...putain j’ai fait du rab de transhumance. Je suis en sueur, je mangerais un ogre. Pas plus de moutons dans le coin que de justice ailleurs...A suivre.

 

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