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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Avis et roulements de tambour, suite...

je me permets de vous proposer la lecture de ce texte écrit par Michel Serres à propos de l'identité nationale...J'aime cette façon de décrire avec force et simplicité l'enjeu qui se dévoile au même moment qu'il le débusque.  Cà me rappelle plus simplement et moins gravement le temps où dans la rue parce qu'on me connaissait on m'appelait ainsi:" hé boulanger...! Et moi gêné sincèrement par cette manière je répliquais invariablement : " non, je ne suis pas ce que je fais, on ne peut pas me réduire à celà..."


Par MICHEL SERRES Professeur à la Stanford University, membre de l’Académie française.


Serres est marqué sur ma carte d’identité. Voilà un nom de montagne, comme Sierra en espagnol ou Serra en portugais ; mille personnes s’appellent ainsi, au moins dans trois pays. Quant à Michel, une population plus nombreuse porte ce prénom. Je connais pas mal de Michel Serres : j’appartiens à ce groupe, comme à celui des gens qui sont nés en Lot-et-Garonne. Bref, sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité, mais plusieurs appartenances. Deux autres y figurent : les gens qui mesurent 1,80 m, et ceux de la nation française.
Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique,
réglée par les mathématiciens. Ou vous dites a est a, je suis je, et voilà l’identité ; ou vous dites a appartient à telle collection, et
voilà l’appartenance. Cette erreur expose à dire n’importe quoi. Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. Je ne suis pas français ou gascon, mais j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan. Réduire quelqu’un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution. Or cette erreur, or cette injure nous les commettons quand nous disons : identité religieuse, culturelle, nationale… Non, il s’agit d’appartenances. Qui suis-je, alors ? Je suis je, voilà tout ; je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort, car tout progrès consiste à entrer dans un nouveau groupe : ceux qui parlent turc, si j’apprends cette langue, ceux qui savent réparer une mobylette ou cuire les œufs durs, etc. Identité nationale : erreur et délit.


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Philippe Maréchal

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Yola 05/12/2009 18:18


Très beau texte, et une vision  qui nous rend  la liberté de choisir quoi qu'il en soit les appartenances qui nous conviennent le mieux (on peut appartenir à un milieu, à un groupe
familial, etc., et se sentir étranger à ses valeurs, son mode de fonctionnement…), fussent-elles essentiellement littéralres, musicales, cinématographiques, par-dela les frontières, les
nationalités ou la couleur de la peau…