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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

C'est par là que çà se passe

humeur-du-chef-4115.JPGBistrot, café, bar, gargotte, rad, troquet, chapelle, estaminet, il y fait chaud. The Duke, le piano me happe une fois la porte franchie. Dans un piano, les marteaux tapent sur du velours. Dans ma tête, la bière d’hier soir sévit encore et cogne toujours. Cà me rend un rien affecté et sentencieux. Je digresse, je conférence, ex cathedra mais dans ma chapelle intérieure je me dis en conclusion d’un séminaire autogéré autant que solitaire qu’un bon café c’est comme le drapeau suisse c’est la paix au milieu et le sang tout autour.

 

Il porte des mitaines. Ses gros doigts dépassent et roulent avec difficulté la tige qu’il se fabrique. Mon tabac est sec. On arrive aux miettes. Je lui dis de s’en rouler deux. A deux c’est toujours mieux, surtout quand il fait gris et que la rue est froide. Le temps d’allumer sa clope et t’as la gueule qui s’éclaire. Dans un instant la flamme d’un briquet à deux balles réchauffe les joues. Ce mec à la figure démolie a été un gamin. Plus loin encore un petit. Peut être même que ses joues ont été embrassées. On ne sait pas. On n’en sait rien.

 

Plus tôt, dans la rame qui me mène au comptoir, les gens ont un regard fixe, perdu. On dirait qu’ils sont à la messe, ou au temple ou à la synagogue ou bien à la mosquée. Un léger rictus quand ils se lèvent traduit un « allez, faut y aller… » Manque un signal vert comme pour les parachutistes, « go »…Là quand tu fais « go » tu ne tombes pas. Tu remontes. A trois sièges plus loin, reconnaissable parmi tous, y’a un vieux chinois qui est heureux. Il sourit. Il sourit pour tout le monde. Malicieux, on dirait qu’il a péché le bonheur de tous. C’est peut être pour çà que tout le monde fait la gueule en tricotant son portable.

 

Dans la rue, devant la porte du bar, j’aspire sur ma sèche et à des jours meilleurs, quand un vieil homme, à l’allure de paysan en costume du dimanche, s’adresse à moi. Il tire un cabas à roulettes. Anxieux et le  polo boutonné jusqu’au col, il me demande où se trouve la mosquée. Alors mon bon monsieur, comment dire…la dernière fois qu’on m’a demandé un truc pareil, c’était à Hyderabad, en Inde. Un groupe de pèlerins s’est dirigé vers moi d’un pas décidé. L’un, habillé comme une salamandre, tout en noir tiré d’un trait jaune, m’a demandé en Hindi où se trouvait le temple. J’étais content autant que décontenancé. Enfin je n’étais pas cadenassé. Je ne suis pas ce que je fais, je ne suis pas ce que je crois. Quelque soit l’endroit où le pays, je suis le mec à qui on demande où c’est. Moi j’en sais rien. Je suis comme un panneau indicateur, j’en sais rien où c’est.  Parce que je n’en ai aucune conscience, mais voilà c’est marqué sur ma gueule, c’est par là… C’est peut être ce que je dois faire ici bas, dire aux autres d’aller là où je ne sais pas.

Faut remonter par là, à gauche et puis voilà…Mais Il faut que je retrouve mon chemin car quand un poteau indicateur se perd, c’est signe de mauvais signe.

 

Y’a un mec au comptoir qui met au moins quatre sucres dans sa tasse, c’est plus un café, c’est au moins un sirop ou bien une tisane colombienne.

 

 

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À propos

Philippe Maréchal

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