Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Du bruit dans ma tasse

30162413.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le petit noir me donne tous les matins de la couleur. Il me donne aussi du son, celui de la petite cuillère avec laquelle je touille dans la tasse.

C’est un cliquetis, c’est aussi un geste qui devient automatique et s’apparente à la mécanique d’une horloge ou bien au tintinnabulement d’une autre machine, et dans mon esprit embué, les images reviennent, tandis que dans le café les conversations s’animent, qu’elles résonnent des actualités en fond d’écran plat dont chacun aura une vision s’accordant au plus près de la ligne éditoriale du bar.

Ben oui, une ligne éditoriale c’est quoi au juste ? Une pléthore de sens communs partagée par une tribu réunie dans le rituel d’une cérémonie quotidienne ? Une pléthore ? Définition : surabondance de sang et d’humeur en ancienne médecine…Ce doit être cela. C'est une médecine.

Derrière le bar officie le présentateur, celui là même qui me sert sans que je lui ai demandé mon « allongé », parce qu’il sait bien que c’est un allongé qui accompagne mon pain au raisins. Il vient me le déposer en continuant de parler aux clients, debout devant le comptoir, sans me regarder, sans quitter des yeux les autres qui persévèrent dans leurs  commentaires.

La télé crache son lot d’informations, entremêlées de sport, de catastrophes et de discours, mêlant les viols, les vols, le miel et la discorde, le tragique et l'absurde, l'insignifiant et l'importance du monde recraché d'un entonnoir pixellisé.

Au dessous du plateau des journalistes, une bande passante en rajoute une couche, défilant telle une annonce d’importance et tend à faire oublier par sa propre répétition celle qui est à l’œuvre en images.

Je touille et je retouille,  je toutouille et s’en vient un souvenir, un cliquetis, le son d’un petit matin, très loin, qui remonte à la surface tout comme remontait maillon par maillon la chaine arrachant l’ancre. Je dormais après un long quart de nuit, juste avant le mouillage, au lever du jour le navire devait à nouveau faire route et le bosco s’affairait seul, sur la plage avant. Pourtant bien au chaud dans ma bannette, j’avais envie de l’accompagner, lui qui était au froid sur le pont à s’activer pour qu’on dérape de Camaret. J’avais envie de l’aider, réveillé par la mécanique du guindeau peinant à remonter la ligne de mouillage. Ce bruit de cloche du métal, de chaque maille qui cogne sur les dents du treuil avait quelque chose d’amical, qui battait comme un rappel, comme une invitation à poursuivre les rêves éveillés, mais cette fois ci en bottes sur le pont. Lorsqu’il me vit, il me sourit, lui qui ne souriait jamais, cette force de la nature aux mains calleuses, ce personnage monolithique et impassible. Il affichait un sourire de brute, ce sourire qui rend tout aimable, même l’acier, même le gris du ciel prêt à se noyer sur les eaux frissonnantes.  Je lui ai tendu la main, et sa grosse main est venue à la rencontre de la mienne avant de l’écraser. Toujours compter ses doigts avant de serrer la main du bosco avait prévenu le chef machine.

Une autre, abîmée par des travaux pénibles, fait irruption sur ma table, et subtilise mon journal, m’arrachant aux souvenirs de mer, tandis que je reviens subitement dans ce café provençal , derrière les vitres sur lesquelles glissent du temps passé et les gouttes d’une première pluie d’automne. Et je touille et je retouille, un maillon, deux maillons, trois maillons, haute et claire annonce le bosco à la passerelle, tandis qu’au bar quelqu’un réclame sa petite bière, sa première…

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
Voir le profil de Philippe Maréchal sur le portail Overblog

Commenter cet article

Yola 29/09/2013 12:57


Je n'ai jamais mis les pieds sur un bateau (à part le ferry pour Douvres, avant le tunnel, mais bon…), et là pour un peu j'embarquerais pour donner un coup de main au bosco!