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Quand le soleil commande, agir peu. René Char
LE MONDE DE PHILIPPE
Sur les quais des ferrys à Cherbourg,
embarquement vers l'Irlande...Je travaille pour une course de voiliers. Je suis rangé avec ma remorque qui porte un Tornado semi rigide, dans une file d'attente, coincé entre les poids lourds et
les camping cars. Sur ma droite, des touristes irlandais rentrent chez eux après des vacances sur le continent. Pour se dégourdir les jambes et tromper l'ennui de l'attente, ils se balladent,
avec leurs enfants entre les voitures, fourgonnettes et semi -remorques. Leur chien fouine, piste...il aboie, s'excite, s'énerve, le couple suit le regard du chien qui éructe et se faufile sous
un camion, l'énervement du clebs redouble, invectives du couple de vacanciers. Ils alertent des vigiles. Trois uniformes avec des hommes dedans déboulent...cris, ordres, gesticulations...accoudé
à la vitre ouverte de mon fourgon, j'observe, sous le camion, entre les essieux, une jambe qui dépasse tout à coup, puis deux, puis un tronc, puis un homme, puis deux hommes, puis trois, quatre,
cinq... ils se redressent et font face maintenant au chien des touristes qui continue d'aboyer. Celui qui semble être le chef des vigiles remercie d'un pouce triomphant les touristes irlandais
qui semblent fiers de leur prestation. Le petit chef vocifère dans un mauvais anglais à un des clandestins qui le dépasse de trois têtes : "seat down, les mains sur la tête"....mais rien ne
pertube celui qui semble être afghan, ce dernier sourit et le toise avec fierté...Il n'obéira pas malgré l'insistance du petit énérvé en uniforme... Je regarde les touristes irlandais à présent
très fiers et heureux de serrer leurs enfants contre eux. Les afghans les regardent avec tristesse, sans colère apparente. Je fais une photo avec mon portable...dérisoire. Je pense à la fierté
que portent les irlandais à leurs ex compatriotes émigrés aux Etats Unis et qui endossent avec courage et vaillance l'uniforme des pompiers de New York...au téléscopage de l 'histoire, au sac de
noeuds des tragédies humaines , à tous ces gens qui croient bien faire, à tous ceux qui se retrouvent dénoncés et condamnés au seul motif d'être nés, d'être nés du mauvais côté, au mauvais moment
et pour qui le seul devoir qui incombe est de survivre...ma file démare vers le ferry...
Si même les touristes se mettent à jouer à la gestapo....
Triste monde en effet... A te lire j'en ai la nausée, et ce n'est pas le mal de mer.
Content de ton retour mon ami.
en passant par là, j'ai vu que c'était ouvert ... je suis entrée .
plutôt envie de pleurer , de honte .
Les hommes "vrais"ce sont eux ces Afghans !
cf." message des hommes vrais au monde mutant "
triste rentrée Philippe... mais merci de ton retour et de ton regard !