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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Deux chroniques D'André Blanchemanche et deux...

"La gifle" de Christos TSIOKAS (Belfond). Pourquoi faut-il que les hommes (et les femmes) s'ennuient? Même en Australie. Où il existe également des couches sociales moyennement inférieures. Dont les plus éminents représentants baisent. Où il advient que l'on flanque une torgnole à un sale petit merdeux qui n'a même pas atteint à l'âge de déraison. Au total, un bouquin sans grand intérêt aux yeux d'un Lecteur qu'indiffèrent les insignifiantes turbulences qui font les délices des appendices de la société de consommation.
 
 
"Mon enfant de Berlin" d'Anne WIAZEMSKY (Gallimard). La famille Mauriac. Dont Claire, la bientôt maman d'Anne, ambulancière au service de la Croix Rouge en cette année où la seconde guerre mondiale atteint à son terme. De Béziers à Berlin, où elle aura pour mission de rapatrier les prisonniers français ainsi que les blessés de guerre. D'où sa rencontre avec Yvan, fils de russes blancs désargentés, et négociateur chargé de discuter avec les soviétiques de la libération de ressortissants de chez nous englués dans la nasse. Claire est une jeune femme qui porte les stigmates si particuliers propres à une famille bourgeoise et catholique. De temps à autre, elle cherche à s'affranchir d'une tutelle pesante. Ce sont les contradictions dont cette femme se dépêtre comme elle peut, dans le contexte d'une époque où rien n'est facile, qu'Anne Wiazemsky dépeint avec intelligence et sensibilité, en préservant les indispensables distances entre la biographie pur jus et la création littéraire.
 
 
"Le théorème du jardin" de Christian MAGNAN (AMDS édition). Le Lecteur en a bavé. Quoi que prétende Christian Magnan, un littéraire de formation fort ancienne ne dispose pas des clés essentielles qui ouvrent les portes de la connaissance scientifique. A peine quelques repères qui nécessitent de constants retours en arrière, des interrogations formulées sur la machinerie gougueulienne, des errements, des tâtonnements. Le Lecteur n'a-t-il pas, une nuit de pleine lune, pris les vessies pour des lanternes, et Jupiter pour Vénus! Ceci précisé pour indiquer que la première partie du livre de Christian Magnan est consacrée aux longs et tortueux cheminements de l'astronomie depuis ce moment où Copernic, selon l'expression de Christian Magnan, a "renié la tradition" et osé prétendre que la Terre n'était pas le centre du monde.
Le Lecteur a retrouvé toute sa tonicité dans la lente et passionnée découverte de la seconde partie de l'ouvrage. Celle dans laquelle Christian Magnan pose, entre autres, la question "la nature est-elle soumise à des lois?". Autant dire: existe-il une force supérieure qui aurait organisé l'immense foutoir dans lequel évoluent étoiles et planètes. Dont notre terre sur laquelle nous survivons tant bien que mal. Christian Magnan prend non seulement le contre-pied des cosmologistes, mieux même, il les attaque sur leur propre terrain. "..il est raisonnable de penser que la nature n'est pas soumise à des lois antérieures et supérieures au monde. Les lois de la nature ne sont pas surnaturelles. Les lois humaines de la physique ne sont que notre grille de lecture, mais certainement pas des commandements divins." Son propos prend alors une autre dimension, porté par un autre souffle, celui de la philosophie. A travers une question fondamentale: la science a-t-elle encore un avenir, confrontée qu'elle est aux contraintes des modèles informatiques? La réponse de l'astronome ne souffre d'aucune contestation: "... une chose est certaine: si la science persiste dans son productivisme effréné, sa soumission sans analyse critique aux modèles, sa capitulation sans condition devant l'emprise d'un progrès d'ordre quantitatif imposé comme nécessaire et présenté dogmatiquement comme source potentielle de découvertes, elle continuera à ne rien trouver et dépérira inéluctablement."
Au bout du compte, un ouvrage utile et passionnant. Puisqu'il conduit à regarder le ciel d'une façon beaucoup moins convenue. Puisqu'il lance le débat sur la vacuité d'une certaine pensée contemporaine qui réduit la science à l'accompagnement des intérêts particuliers des épiciers. Une pensée stérilisée et aseptisée qui ne concerne pas le seul domaine de la science mais qui englobe tous les grands domaines de la recherche, dont la philosophie et la littéraire (plus familière celle-là aux modes d'activités du Lecteur).
 
 
"La forme de la peur" de Giancarlo DE CATALDO et Mimmo RAFELE (Métailié). La guerre des polices, au pays de la Mafia. Guerre idéologique qui oppose les tenants de l'Ordre Ancien et les défenseurs de la Démocratie. Guerre au long de laquelle tous les coups sont permis. Même si, en apparence, on appartient au même monde. Même si on a suivi un même cursus. L'Italie post-mussolinienne est décortiquée par un homme qui, a priori, maîtrise ses dossiers. Puisque De Cataldo a appartenu (appartient encore?) à la magistrature. Le tableau qu'il brosse est tout bonnement terrifiant.

"La huppe de Virginia" de Sylvie DURBEC (Jacques Brémond). Curieuse et passionnante rencontre entre un Lecteur qui s'est éloigné de la poésie et une œuvre singulière, une œuvre originale, une œuvre dont la force évocatrice surprend, émeut, bouleverse.
"me reste ce mot de monde que l'un utilisait
pour dire qu'il avait en lui tous les rêves
et l'autre voyageur d'Amérique et de solitudes
ainsi l'utilisait et moi qui ne sais pas l'écrire
à mon tour
c'est plutôt le pain chaud
et le renard de Jean Follain..."
Les balises posées par Sylvie Durbec. Des repères. Jean Follain, bien entendu. Mais aussi Pessoa. Ou bien encore Paul Celan. Tels des éclairages, plus que des parrainages. Puisque Sylvie Durbec vole de ses propres ailes, qu'il ne lui est pas besoin de tuteurs.
" la voix chemin de fer où prendre au piège le jeu des mots
les mots des sots ceux devenus démons en bouche
puis étaler en un grand silence sec la voix sur du pain..."
Une voix. Une belle voix. Une voix désentravée. Une voix qui éveille. Une voix qui enchante.
"le pain et l'eau une fois ou une autre
nous buvons l'eau des presque morts
dans la tisane aux feuilles de marbre"
 
 
"La société des égaux" de Pierre ROSANVALLON (Seuil). Le Lecteur fut réellement passionné par la première (et la plus conséquente) partie de l'ouvrage: un remarquable travail universitaire sur l'histoire de deux siècles de débats et de luttes sur l'exigence d'égalité. Fort bien. Et donc fort utile. Le même Lecteur fut beaucoup moins convaincu par la seconde partie, celle dans laquelle Rosenvallon esquisse les contours de ce qui pourrait être une nouvelle société des égaux. Est-il possible de créer une telle société dans le monde du capitalisme triomphant? Un capitalisme qui est, par essence, à la source des plus flagrantes des inégalités. Un monde dans lequel quelques poignées de potentats (patrons et affairistes en tous genres) disposent de tous les leviers de commande? Rosenvallon élude cette question-là, qui est pourtant la question centrale. Il suggère simplement de s'inscrire dans le cadre d'une société apaisée, une société qui ignorerait les luttes que se livrent des classes sociales antagoniques. Le Lecteur n'est pas du tout convaincu que ce soit "en termes politiques, juridiques et institutionnels qu'il s'agit de concevoir aujourd'hui les modes de l'égalité et de la différence." Car les différences sont telles, elles sont à ce point inscrites dans les relations sociales, qu'il ne sera pas d'évolution significative sans le passage, à un moment ou à un autre, par une phase révolutionnaire et libertaire.
 
 
 
"Les harmoniques" de Marcus MALTE (Série Noire/Gallimard). Sous-titré "Beau Danube Blues", ce polar est le meilleur du genre que le Lecteur ait rencontré depuis belle lurette. Un polar dans lequel il se soit immergé sans la moindre retenue. Un polar qui met en scène un pianiste de jazz et un ancien prof de philo reconverti en indolent chauffeur de taxi. Deux amis qui se lancent dans une enquête pour tenter de retrouver les instigateurs de l'assassinat d'une apprentie comédienne d'origine yougoslave (puisqu'elle naquit dans un pays qui était encore la Yougoslavie). Leurs recherches vont les conduire jusqu'aux contre-allées des pouvoirs. Du côté de Belgrade, certes, et des génocideurs, lors de cette guerre qui rappela à l'Europe que les démons étaient loin d'être exorcisés. Mais aussi du côté de Paris où un certain ministre de l'intérieur entretint d'étranges et sulfureuses liaisons avec les "purificateurs" serbes. Son portrait? "C'est un arriviste. Un affairiste. Un menteur, un hypocrite, un égoïste, un manipulateur, un pervers. Méprisant avec les faibles, servile avec les puissants. Il n'a aucun scrupule. Aucune morale." Son nom? Dominique Karoly. Celui de son épouse qui vient de le quitter? Célia Valdéron. Bien évidemment, il ne s'agit que de fiction.
 
 
"Cours de danse pour adultes et élèves avancés" de Bohumil HRABAL (Gallimard). Livre ouvert, et par hasard, le jour où fut annoncée la mort de Vlacav Havel. Des retrouvailles. Qui datent de temps lointains, ceux au cours desquels le Lecteur se passionnait pour ce qu'il fut si commun d'appeler le "Printemps de Prague". Le socialisme à visage humain. Dubcek. Ce matin si douloureux du 21 août 1968, lorsque la soldatesque soviétique entra dans la capitale de ce qui était encore la Tchécoslovaquie. Lorsqu'il fut mis un terme brutal à une aventure qui avait réintroduit un peu de rêve dans le communisme à la mode bureaucratique. Ces années où naquit un cinéma original, foisonnant, désentravé. La nouvelle vague tchèque (Chytolova, Passer, Forman, Menzel...).Ces années au cours desquelles émergea une nouvelle littérature, de nouveaux écrivains tchèques. Dont Havel. Dont Hrabal. Les préférences du Lecteur se portèrent toujours sur Hrabal. Son incisive drôlerie. Son impertinence. Cette part du surréalisme que l'écrivain assuma. Ce côté baroque qui fut un héritage de la culture tchèque. "Cours de danse...", à bientôt cinquante ans de distance, n'a pas pris une ride. La narration en une seule et rebondissante phrase de ce que fut la vie d'un homme qui vécut au cœur de l'Europe en proie aux plus terribles errements, confrontée aux rêves les plus insensés, ce roman est un chef d'œuvre. Que les éditions Gallimard ont eu l'excellente idée de republier.
 

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Philippe Maréchal

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