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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

Histoires simples dans un monde Kompliké, 2

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Bon, on appelle çà un deuil. C’est un deuil bizarre. Habituellement quand on y pense, deuil, on voit çà comme à la suite du décès de quelqu’un de proche. Là, ce n’est pas pareil. Mais alors pas du tout. Ou alors, peut être bien que si, mais à l’envers. L’autre est parti. Mais alors parti. Plus rien, plus personne. Pas de son, pas d’image, pas de chair, pas de sourire, pas la gueule non plus. Plus rien, nada, rideau, silence, terminé. Ton cri, silence, ton cœur qui bat, silence. Ce n’est pas toi, c’est l’autre qui est parti. Silence. Tu pleures puis tu écoutes, silence. L’autre n’est plus là. Disparu. Disparu de ta vie. Disparu avec ta vie. C’est ton ventre qui s’en va, qui disparaît en toi. Silence autour et vacarme à l’intérieur. Tout s’aspire vers le ventre, vers le centre, depuis la gorge, aux tempes, au cerveau, collapse,  puis au cœur, il tremble, il palpite, il t’essouffle. Ce n’est plus toi, ce n’est plus ton cœur. Tout se dissocie, ta peau s’irise, tes muscles fondent, tes pieds se dérobent. Tu pèses trois tonnes, tu pèses quinze grammes. Depuis les jambes même, depuis le sexe même, qui disparaît, des ondes, mauvaises, froides, qui tracent, qui zèbrent tout à l’intérieur et te font grimacer, puis tétaniser ; et puis, plus de parfum, plus l’odeur de l’autre, pire que son silence, son absence, dans la trace d’une dernière apparition, une fragrance,  un fantôme, puis rien, plus rien. L’autre est parti mais reste en toi, pourtant t’es seul, en tête à tête avec la cruauté de son souvenir. Son sourire. C’est un deuil à l’envers, l’autre vit, rit peut être, jouis peut être. Toi, tu es mort pour lui, tu n’existes plus, tu n’existes plus, tu n’existes plus. Tu te le répètes, pour en être sûr, des fois que ce soit un cauchemar. Non c’est la réalité, t’es rayé, jeté, balayé. Un cauchemar, ce serait bien. Ce serait mieux. C’est un deuil à l’envers, tu entends l’autre qui vit, qui bouge, qui se sent mieux, sans toi. C’est l’autre qui s’en va et c’est toi qui meures à toi même. La personne à laquelle tu tenais le plus au monde n’est plus là.  Elle ne te veut plus. Silence.

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À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
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Yola 10/05/2014 20:30

L'autre qui est parti a forcément emporté quelque chose de toi, et ça fait mal. Beau texte douloureux. Et pour ne pas en mourir, lire «Laissez-moi» de Marcelle Sauvageot