Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« Moi »

BERMAN Sabina

(Seuil)

 

Roman dans lequel le Lecteur s’est laissé entraîner, en dépit de ce qui, de prime abord, peut ressembler à des invraisemblances. Puisque les invraisemblances supposées deviennent les éléments constitutifs du roman. Comme l’autisme de l’héroïne. Ou tel cet élevage de thons sauvages sur les côtes du Mexique. Une héroïne hors normes soumise au Grand Désordre Capitaliste afin de sauver les emplois dans une usine mexicaine, là où les thons émiettés sont mis en conserve. Mais qui, et parce qu’elle est une héroïne, et bien qu’autiste, déréglera le système. La fable écolo ne manque ni de punch ni de pertinence.

 

 

 

 

« Les vieux fous »

BELEZI Mathieu

(Flammarion)

 

Mathieu Belezi revisite une fois encore l’histoire de la colonisation. Celle de l’Algérie, débutée dès 1830. Une histoire qu’il explicite à travers la vie du même personnage, sabreur picaresque au temps de la conquête puis pantin pitoyable lorsque le colonisateur reflue dans le tumulte des derniers soubresauts orchestrés par l’OAS. Le roman est une condamnation sans appel de la colonisation. Son histoire, incarnée par ce personnage obscène, cet Albert Vandel qui manie le sabre et s’absout dans les circonvolutions du goupillon lors de la conquête avant de devenir le potentat propriétaire d’immenses domaines, cette histoire donc s’écrit dans ses faits les moins glorieux, les plus abominables. Mathieu Belezi ne cherche en aucune façon à justifier ce que les nostalgiques appellent, aujourd’hui encore, « la présence française ». Pas plus qu’il ne s’essaie à lui concéder des circonstances atténuantes.  Son Albert Vandel illustre ce qui est la négation même de ce que la France prétend incarner. Mais, au fond, il n’est que le reflet de ce que cette France-là lui a permis qu’il devienne. C’est-à-dire ce qui fit injure aux Lumières, ce qui déshonora cette république qui prétendait alors (et prétend, aujourd’hui encore)  incarner les droits de l’homme. Un roman dont la langue aux accents rabelaisiens a parfois dérouté le Lecteur. Mais un roman dans lequel il s’est immergé, dont il s’est imprégné et qui vibre en lui à la façon d’un cri de colère que rien ne peut contenir.

 

 

 

 

« Brut »

FRIOUX Dalibor

(Seuil)

 

Un gentil roman. Au milieu de ce siècle, la Norvège est devenue le pays le plus prospère de la planète. Des gens bien comme il faut vivent dans une aisance qui, bien souvent, s’apparente à l’opulence. L’usage des cartes de crédits n’y connaît pas de limites. Mais voilà qu’à la veille des élections générales, des jeunes meurent d’un mal étrange tandis que des migrants sont pris pour cibles par des fachos liés au parti populiste. Le climat d’ordinaire si paisible dégénère. Un monde agonise.

La fable est évidente. Elle n’a pas convaincu le Lecteur. Même s’il ne doute pas des bonnes intentions de l’Auteur. Ce roman-là est comme aseptisé. Il ne dérange pas. Il induit le constat qui conduit à la résignation : « Oui, tout compte fait, cela se passera ainsi ». Lui manque la rage au cœur, la colère, l’indignation, la révolte.

 

 

 

 

« Le cimetière de Prague »

ECO Umberto

(Grasset)

 

Décevant. Décevant et ennuyeux. Du déjà lu. Du si souvent lu que le Lecteur fut en permanence amené à anticiper sur le propos d’Eco. Les mystères de Paris sont ici édulcorés. Et l’histoire du tabellion faussaire qui de Turin à Paris va vivre certains des grands évènements de la seconde partie du 19° siècle (Unité italienne, Commune de Paris, affaire Dreyfus), cette histoire ne surprend ni n’étonne. En dépit des multiples références aux différents mouvements qui tentèrent de s’imposer dans l’espace public, de la franc-maçonnerie à l’antisémitisme, des anarchistes aux premiers communistes, sans oublier les jésuites et quelques autres comparses vaticancaneurs. Le roman se traîne, le roman paresse, le roman force sur l’humour au point de ne pouvoir arracher que de subalternes sourires. Les références au « Le Nom de la Rose » sont plus qu’abusives.

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
Voir le profil de Philippe Maréchal sur le portail Overblog

Commenter cet article