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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

Combien d’écrivains dans le Panthéon personnel du Lecteur ?

Au sein de l’espace où s’accumulent les livres qui sont autant de jalons d’une vie, il a marqué quelques repères afin que celles et ceux qui lui succéderont puissent, le moment venu, partager certaines de ses plus riches émotions.

Quand, comment, dans quelles circonstances a-t-il rencontré l’œuvre d’Antonio Tabucchi ?

Il se retourne vers cet espace et découvre non sans surprise que la toute première rencontre se produisit voilà à peine plus d’une vingtaine d’années.

Alors même qu’il avait la certitude de connaître depuis son toujours à lui l’écrivain italien.

Celui-là même qui le conduisit à explorer une malle pleine de gens et donc à lire Pessoa.

Lui qui, en tant que Lecteur, ignorait alors qu’il existait une littérature portugaise !

Mais Antonio Tabucchi lui fut très vite bien plus qu’un passeur.

Antonio Tabucchi devint une de ses références majeures, celles vers lesquelles il ne cessât de se tourner tout au long de cette vingtaine d’années-là.

Le Lecteur ne vous accablera des effets délétères de cette pédanterie qui consisterait à établir la liste des romans d’Antonio Tabucchi présents en ses intimes espaces.

En ce jour de deuil, en ce jour de l’absence, il laisse ici sa modeste trace avant de se replier sur lui-même afin de dissimuler ses larmes.

Les romans d’Antonio Tabucchi tout autant que ses recueils de nouvelles lui manifesteront leur chaleureuse, leur fraternelle présence au cours du peu d’éternité qu’il lui reste à affronter.

Il n’est donc pas d’adieu qui soit de mise.

 

 

 

 

 

 

 

« Dire son nom »

GOLDMAN Francisco

(Bourgois)

 

Le Lecteur fut hermétique à ce récit que d’autres considèrent comme « un chef d’œuvre rayonnant et transcendant ». La mort tragique d’Aura, la compagne de l’Auteur. Une lente, une tortueuse introspection. L’émergence des souvenirs accumulés dans le partage. Un fatras qui laissa le Lecteur indifférent.

 

 

 

 

« El Sexto »

ARGUEDAS José Maria

(Métailié)

 

L’Uruguay de la fin des années trente. L’Uruguay sous la férule de la dictature militaire. El Sexto, la prison où cohabitent les droits communs et les politiques. Des politiques divisés entre communistes et démocrates (ou apristes, du nom du parti « démocrate », l’Apra). Une atmosphère étouffante. Une société composite au sein de laquelle l’individu s’efface et n’a d’existence que dans la soumission au collectif dont il est issu. Chaque groupe lutte pour sa survie et ne défend que ses intérêts particuliers, alors que cette société-là se structure selon des lois primitives. L’humanité se réduit peu à peu à l’animalité. Sauf pour les quelques-uns qui refusent l’irrémédiable enlisement.

« El Sexto » est un roman doublement daté : la fin des années trente, période durant laquelle l’Auteur fut incarcéré, et le début des années soixante, lorsqu’il le publia. Ce qui suppose de disposer des quelques références permettant de rendre compréhensibles certains passages du récit, ceux qui, en particulier, concernent les affrontements politiques. Mais il constitue également un formidable et poignant témoignage sur ces dictatures qui s’inventèrent leurs goulags, espaces clos à l’intérieur desquels étaient broyées les consciences rebelles. Dans un style sans fioriture, Arguedas relate une de ces tragédies humaines qui jalonnèrent le vingtième siècle.

 

 

 

 

« Les fraises de la mère d’Anton »

HACKER Katharina

(Bourgois)

 

Un roman si faussement, si trompeusement léger. Comme depuis tant d’années, la mère d’Anton se prépare à confectionner sa confiture de fraises. Les fraises de son jardin. Anton, lui, exerce la médecine à Berlin. Un étrange incident le rapproche de Lydia, médecin elle aussi. Lydia, maman d’une fillette, émerge tout juste d’un moment douloureux de sa vie et elle ne sait trop que faire de l’amour que lui voue Anton. Anton dont la mère a oublié de repiquer les fraisiers sensés lui fournir les fruits nécessaires à la confection de ses confitures. Alors que les pots vides attendent de se remplir sur la table de la cuisine. Alors que la sœur d’Anton, exilée aux Etats-Unis, ne donne plus de ses nouvelles. Voilà un roman sur la vie, sur le temps qui passe, sur la mémoire qui s’efface. Voilà un roman sur les difficultés du partage, un roman à la Pialat, si du moins le Lecteur est autorisé à formuler un tel rapprochement. Mais qui donc serait en mesure de le lui interdire, hein ?

 

 

 

« Le palais des autres jours »

CHAR Yasmine

(Gallimard)

 

Le Lecteur en était resté sur un sentiment particulièrement favorable au terme de sa découverte du premier roman de Yasmine Char (« La main de dieu », chez le même éditeur). Roman auquel la guerre civile libanaise servait de toile de fond, roman âpre et charnel qui laissait entrevoir des pans entiers de la folie d’une humanité qui avait perdu l’essentiel de ses repères. Un roman plutôt réussi qui mettait alors en scène une sorte d’Antigone confrontée à la violence et comme emportée par elle.

Dans « Le palais des autres jours », cette Antigone, accompagnée de son jumeau, son frère, emprunte les chemins de l’exil, des chemins qui la conduisent en France. Dans un premier temps auprès de la mère qui, autrefois, déserta et qui s’avère si futile que l’adolescente choisit de la fuir définitivement. Commence alors la nouvelle vie, en compagnie du gémeau, dans le Paris des années quatre-vingt-dix. Où elle se confronte une fois encore à la violence, celle des attentats. Où son gémeau s’englue dans une dérive qu’elle ne parvient pas à contenir. L’Antigone de Yasmine Char s’essaie alors de trouver seule le chemin de sa rédemption. Sur une terre hostile ou, au mieux, indifférente.

Le Lecteur s’est senti moins proche, moins solidaire de cette Antigone-là que de la précédente, celle dont il a pressenti trop vite qu’elle réussirait, en dépit des multiples handicaps, son intégration à la société européenne. Une Antigone qui s’est en outre délestée d’une partie de son âpreté, qui recherche les clefs d’une certaine assimilation à une autre culture. Une Antigone en voie de normalisation, une Antigone qui se résout à la rupture et se défait du gémeau enrôlé par une cause qu’elle ne peut ni comprendre ni, a fortiori justifier. Une Antigone qui se fond finalement dans la société qui lui concède un peu d’espace. « Lentement, je me suis levée avec les autres sans détacher les yeux du ciel. Il me montrait le chemin à suivre. »

 

 

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Philippe Maréchal

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Yola 31/03/2012 15:01


Dans un article consacré à Antonio Tabucchi, j'ai trouvé cette phrase «la démocratie n'est pas donnée, il faut la surveiller et demeurer vigilant», tellement d'actualité. Je n'ai rien lu de lui,
ton billet me donne envie de le découvrir.