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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« Istanbul était un conte »

LEVI Mario

(Sabine Wespieser)

 

Somptueux roman ! Le Lecteur s’est immergé dans le fouillis semblable à celui, enfoui dans une vieille malle, invite à la découverte de ce que fut l’histoire d’une famille intimement liée à celle d’une ville, Istanbul. Vieilles photos jaunies et menus objets évoquent les moments des vies recomposées par Mario Levi. Trois générations de juifs séfarades intégrées à une cité et qui oscillent, tout au long du 20° siècle, entre repli identitaire et ouverture à la modernité. Le 20° siècle des pires abominations. Mais une ville cosmopolite, une ville ouverte, une ville accueillante où chacun des quarante-sept personnage évolue avec cette grâce singulière nimbée de nostalgie. Une nostalgie positive qui rappelle qu’au sein de certaines sociétés cohabitèrent des religions, des cultures, des philosophies qui, aujourd’hui, seraient considérées comme antagoniques. Une nostalgie qui n’est pourtant pas une invite au repli. Une nostalgie positive puisque constamment tournée vers la découverte de l’autre, de tous les autres. Un somptueux roman riche d’une humanité en devenir, du moins pour qui ne se résigne pas à subir les enfermements identitaires.

 

 

 

 

 

« Quatrième chronique du règne de Nicolas Ier »

RAMBAUD Patrick

(Livre de Poche)

 

La veine s’épuiserait-elle ? Oh, certes le Lecteur a souri. L’an quatre du règne de Nicolas Ier ressemble à une longue descente aux enfers, puisque marquée par l’affaire Woerth/Bettencourt. Un coup de fatigue chez Patrick Rambaud ? Ou une actualité qui ne l’inspira pas ? Cette chronique semble manquer de tonus. A noter toutefois (et en particulier pour les languedociens) un féroce portait du Septimaniaque, l’Immense Disparu, alors candidat à sa propre succession !

 

 

 

 

« Ce qu’on peut lire dans l’air »

MENGESTU Dinaw

(Albin Michel)

 

Les vies croisées de l’exilé et de son fils qui est ici le narrateur. Celui qui dut fuir l’Ethiopie au moment de la révolution, au cours des années soixante-dix avant de s’installer aux Etats-Unis où le retrouvera, quelques années plus tard, l’épouse qui lui est une inconnue. Mais qu’il entraînera vers Nashville dans une sorte de voyage de noce qui marquera le point de départ d’une rupture d’une extrême violence. Trente ans plus tard, le fils dont le mariage part à vau l’eau entreprend le même voyage et s’évertue à recréer l’histoire de ses parents.

Voilà un roman sur le déracinement qui s’essaie à ne pas emprunter les chemins de la « fiction/témoignage ». Voilà un roman qui joue du langage ou, pour être plus précis, du verbe. Afin de s’éviter les pièges de la dénonciation facile. Mais qui, de fait, ôte à ses personnages la part d’authenticité, celle qui aurait pu donner chair et consistance à ces mêmes personnages. Personnages qui ne se ressentent trop souvent que comme des entités poétiques. Ce qui n’est évidemment pas négligeable, mais ce qui n’est pas suffisant aux yeux du Lecteur.

 

 

 

 

« Opéra sérieux »

DETAMBEL Régine

(Actes Sud)

 

Fille d’une diva et d’un ténor, Elina vient à la vie, en 1926, à l’instant même où sa mère se meurt. Comme prédestinée ? Régine Detambel trace à certes à grands traits la jeunesse d’Elina, qui grandit parmi les nombreuses maîtresses de son père, des cantatrices qui l’initient à l’art du chant. Mais là n’est pas l’essence de l’œuvre. Elle se situe dans les espaces où la romancière fait entendre la voix qui se construit au prix d’efforts insensés avant d’atteindre à l’exceptionnel (à défaut du divin, le Lecteur se refusant à faire sien ce vocable !). Et cette voix-là va générer des passions et des polémiques. Une voix qui deviendra une redoutable arme de séduction. Dans un monde qui vacille, qui sombre dans l’abîme avant que de tenter de s’inventer de nouveaux équilibres. La voix émerveille. La voix fascine ceux que passionne l’opéra. Le roman, lui, interroge sur le pourquoi de cette fascination. Le roman est avant tout le souffle, celui de l’œuvre, si du moins il est tolérable d’englober dans ce seul mot la totalité d’une partition. Celle d’un opéra, un opéra dont la musique transparaît sous chaque phrase, un opéra qui aura fait vibrer l’Auditeur (et donc le Lecteur) jusqu’à sa note finale.

 

 

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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Yola 25/05/2012 14:51


J'avais trouvé la 2e Chronique, très réussie; drôle et dans un style effectivement très saint-simonien.Mais cinq ans, ça a été quand même très long!