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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« Un ange noir » 

BEAUNE François

(Verticales)

 

Roman dans l’air du temps. Celui qui narre les insipides aventures d’un pauvre mec que personne n’aime. Et qui, pour son plus grand malheur, se retrouve avec un cadavre sur les bras (ou, plus exactement, dans une baignoire), celui de la jeune collègue officiant à ses côtés dans un institut de sondage. Qui a tué la jouvencelle ? Il n’est pas de suspens, puisque les flics concluent que la mort est « naturelle ». Mais le pauvre mec s’entête. Il veut un coupable. Et, afin de se trouver ce coupable, il s’enfonce jusqu’au plus profond de ce qu’il croit être l’abîme. Non sans avoir rabâché les lieux communs qui nourrissent les harangues réactionnaires des pochetrons franchouillards. Une insignifiante variante houelbecquienne qui a laissé de marbre le Lecteur.

 

 

 

 

 

« Clandestin »

CAPUTO Philip

(Cherche-Midi)

 

Un énorme pavé. Qui se lit comme un roman d’aventure(s). Nanti d’un célèbre prix littéraire américain. Donc des aventures. Qui s’entremêlent et s’interpénètrent. Un long siècle de l’histoire des USA. Des pionniers qui s’installèrent en Arizona jusqu’à leurs descendants qui s’essaient à entretenir la légende des éleveurs, cow-boys rudes au labeur, confrontés à un environnement hostile. D’autant plus hostile qu’au-delà des conditions climatiques, la frontière mexicaine est toute proche. Si proche qu’il est facile de s’égarer. Si proche que tous les trafiquants traversent les propriétés où les cow-boys élèvent vaches, veaux et bœufs. Les trafiquants d’autrefois, en particulier au temps de la prohibition. Les trafiquants d’aujourd’hui qui overdosent la société américaine à grands coups de substances un peu plus qu’hallucinogènes. Et dont les chemins croisent bien souvent ces migrants qui rêvent, eux, de l’eldorado yankee. Pour le pire, tant il est vrai que les marchands de cocaïne ont su négocier, au prix fort, la complicité bienveillante des flicailleries américaines et mexicaines. Le temps exerçant son œuvre, des haines se sont enracinées des deux côtés de la frontière, des haines qui supposent que surviendra inexorablement le temps de régler les comptes.

 

 

 

 

 

 

« La nébuleuse de l’insomnie »

ANTUNES Antonio Lobo

(Bourgois)

 

Formidable roman polyphonique, l’œuvre d’Antonio Lobo Antunes qui a sans aucun doute le plus fasciné le Lecteur. Roman sur le pouvoir dont use un patriarche pour régenter un domaine agricole. Patriarche qui use de la violence la plus extrême autant à l’encontre de ses proches que de celles et ceux qui sont à son service. Jusqu’à la déchéance. Lorsque les terres ne produisent plus, quand les milans se repaissent des charognes des chèvres. Les voix racontent ce qui fut. Les voix discordantes. Celle du petit-fils, le mal aimé, l’idiot. Narrateur principal qui explore, fouille les décombres, exhume les souvenirs. Narrateur qui s’égare, qui revient sur ses pas. Point de fioritures. Les enchevêtrements du propos font renaître par lambeaux une société où le puissant ne s’interdit rien, dans laquelle son bon vouloir s’impose à tous. Les autres voix, celles qui se font entendre dans la dernière partie du roman, ces voix-là ne contredisent pas. A peine nuancent-elles. Dans la confusion des répétitions, dans ce brouhaha permanent qui devient poésie. Dont il est impossible de sortir intacte. Antonio Lobo Antunes est bel et bien l’un des écrivains majeurs de la littérature européenne contemporaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Même les chiens »

McGREGOR Jon

(Bourgois)

 

Roman d’exception, puisque l’auteur prend le parti d’explorer le monde des exclus, celles et ceux qui survivent aux marges de nos sociétés de l’opulence. Le cadavre d’un homme dans ce qui fut son appartement. L’enquête bien entendu. Mais surtout les voix de celles et ceux qui furent ses proches, ses amis peut-être. Leur commune volonté de comprendre pourquoi. L’émergence des souvenirs. Et cette colère sous-jacente qui confère ses couleurs à cette œuvre aussi étrange que salvatrice. Qui nous entraîne à la rencontre de ceux dont la transparence les rend d’ordinaire quasiment invisibles. Cela se passe dans une ville ouvrière du nord de l’Angleterre. Puisqu’il faut bien un cadre, des immeubles délabrés, des rues infréquentables. Puisqu’il faut bien un contexte, celui qui résulte des années Thatcher, celles de la destruction du tissu industriel, de la guerre des Malouines, de ce libéralisme si peu comptable des êtres humains. Trente ans plus tard, les ravages persistent.

« Toute cette attente pourtant. Quand même.

Attendre dehors que l’asile de nuit ouvre ses portes. Traîner pendant des heures pour s’assurer qu’on aura sa place. Attendre au dispensaire pour obtenir un produit et se faire recommander ailleurs pour pouvoir attendre un petit peu plus. Attendre l’ouverture de la pharmacie pour obtenir le traitement quotidien. … Attendre dans les couloirs du palais de justice qu’on vous appelle. Attendre au trou…. »

 

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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Yola 13/10/2012 11:50


Je n'ai pas encore lu le dernier bouquin d'Antunes, mais je souscrit complètement à ton jugement: c'est l'un des plus grands écrivains contemporains, et, pour l'avoir croisé à une rencontre
littéraire, un homme drôle, intelligent et charmant.