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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« Face au mur »

BATTISTi Cesare

(Flammarion)

 

Ennuyeux. Ce roman dans lequel Battisti juxtapose quelques récits qui sont autant de nouvelles policières à la sauce brésilienne. Fruits d’une expérience particulière, celles de l’exil et de l’enfermement. En ces années où l’Italie de Berlusconi tente d’obtenir l’extradition de celui qui milita au sein de la gauche extrême au cours de ce qu’il est convenu d’appeler les « années de plomb ». Lesquelles sont quasiment absentes du roman, ce que le Lecteur ne reproche pas à l’Ecrivain. Non. Tout simplement, il n’est jamais parvenu à accorder une once de crédibilité à ces récits-là. D’où cet ennui qui ne le quitta pas. D’où son attente de quelque chose de plus authentique, de plus mordant, de plus incisif. Ce qui pourrait être assimilable à un cri. Alors que « Face au mur » ne fait entendre que plaintes et gémissements.

 

 

 

 

« American Music »

MENDELSOHN Jane

(Calmann-Lévy)

 

Quelques fulgurances qui firent les délices du Lecteur. Mais noyées dans un enchevêtrement d’anecdotes sensées se relier entre elles sans qu’il lui fut jamais possible de discerner le pourquoi du comment. Un roman qui ne swingue qu’en de trop rares circonstances. Un roman qui laisse quelques regrets, tant les deux personnages qui en constituent la référence suscitaient, eux, un réel intérêt : l’ancien soldat dont la vie faillit se briser en Irak et la jeune soignante qui s’essaie à l’extirper de son renoncement. Dommage ? Bof……. Les regrets ne sont point éternels.

 

 

 

 

 

« Les Travaux du Royaume »

HERRERA Yuri

(Gallimard)

 

Bouquin déconcertant. Une fable mexicaine qui raconte les aventures de Lobo, gamin des rues et musicien par hasard (le legs d’un accordéon que lui fit son père). Lobo chante la misère du peuple mexicain jusqu’au jour où le Roi le remarque. Un Roi dont il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’il règne sur la pègre et tire de juteux profits du trafic de la drogue. Voilà donc Lobo enrôlé sous la bannière du Monarque dont il chantera désormais les faits d’arme. Sauf que son chemin croisera celui de trois femmes : la Fillette, la Sorcière et la Quelconque qui n’est autre que la fille de la Sorcière. Et que lui, entre temps devenu l’Artiste, trouvera dans ses multiples errements les voies de sa rédemption.

Le Lecteur ne renie rien du plaisir qui fut sien à s’immerger dans cette œuvre étrange. Même  s’il ne disposait pas de toutes les clefs qui auraient dû lui permettre d’appréhender toutes les subtilités du récit. Même si la poésie populaire lui est inconnue. Son imagination l’a aidé à pallier à ses insuffisances.

 

 

 

 

« Une semaine de vacances »

ANGOT Christine

(Flammarion)

 

Le Lecteur s’est confronté à une expérience redoutable : renouer avec la littérature de Christine Angot. Une littérature sur laquelle il écrivit pis que pendre, tout en ayant conscience que ses vilenies ne relevaient pas de l’objectivité. Mais qu’elles dépendaient de sa connaissance particulière de l’inceste. Une connaissance construite sur une vingtaine d’années dans l’observation de la destruction, de l’anéantissement d’une jeune femme soumise aux désirs sexuels d’un père par ailleurs confortablement installé dans ses prérogatives sociales (militant admiré et peut-être admirable, élu dévoué à la cause du peuple, époux et père sacrificiel).

Le Lecteur sort perplexe de ces retrouvailles. Des retrouvailles qui lui furent suggérées tout au long des trois pages que Libération consacra à « Une semaine de vacances ». Convaincu, lorsqu’il referma son quotidien, que Christine Angot, délivrée du « je » au profit du « il » et du « elle », s’était extirpée de l’évocation intime pour atteindre à des domaines plus généraux, fussent-ils également relatifs à la question de l’inceste. Sur ce plan très particulier, la lecture ne l’a pas convaincu. Le roman est une brève narration clinique des relations sexuelles auxquelles un homme d’âge accompli contraint une adolescente au cours de la courte semaine de vacances qui les réunit du côté de Grenoble. Pas la moindre ambiguïté : dès la première phrase, Christine Angot met les pieds dans le plat (« Il est assis sur la lunette en bois blanc des toilettes, la porte est restée entrouverte, il bande »).

Le roman égrène donc ces relations subies par celle qui ne les veut pas mais qui ne dispose pas des moyens de les refuser. Sauf lorsque surviennent ces instants où la répulsion la submerge et que surgissent les larmes, ce que l’homme accompli ne peut supporter et qu’alors il lui reproche de ne pas partager l’amour qu’il prétend lui porter. Là, le roman excelle. Il met l’accent sur la violence diffuse, la pire, celle qui joue sur des ressorts affectifs. Ce chantage immonde qu’exerce celui qui domine sans partage. Aucune complaisance : Angot laisse deviner l’infinie souffrance de l’adolescente tout autant que la peur qui s’est insinuée en elle, qui ne la quitte plus. Elle démonte l’horrible mécanique de la soumission qui conduit celle qui n’a rien demandé à entrer dans le jeu infernal dont elle n’est même pas la Folle, mais le Pion que le Roi mène à sa guise. A ce niveau-là, aux yeux du Lecteur, le roman est une réussite.

Ses réserves naissent de ce qui s’écrivit dans Libé : des articles qui placent l’œuvre au niveau du livre référence sur les questions de l’inceste. De dramatiques et douloureuses questions. Christine Angot a sans doute réussit un brillant exercice d’auto-analyse (plus que d’exorcisme). L’inceste s’y  révèle dans toute son abjection. L’homme abuse de son pouvoir pour que l’autre, la victime, finisse par lui concéder tout ce qu’il se considère en droit d’exiger. Une approche en retrait, une approche distanciée du roman permet de comprendre cela. L’inceste est bel et bien cette domination du puissant à l’égard du faible. Mais l’inceste est pire encore lorsqu’il s’observe a posteriori, lorsque la victime se retrouve face à sa solitude, lorsqu’elle glisse de jour en jour vers les profondeurs d’insondables abîmes. Le roman de Christine Angot s’arrête lorsque les larmes de l’adolescente conduisent l’homme à, au sens propre de la chose, se débarrasser d’elle. La suite ou, plutôt, les suites des agressions, leurs conséquences, le Lecteur ne peut, au mieux que les anticiper. Alors même qu’elles portent une condamnation sans appel contre les actes perpétrés par un adulte imbu de lui-même. Si Christine Angot a su trouver dans l’écriture les instruments d’une certaine rédemption, beaucoup d’autres femmes survivent à peine dans un enfermement psychologique particulièrement douloureux. Alors, œuvre utile ? Sans aucun doute. Mais sans plus. Christine Angot ne fait pas la tour de la question ce qui, de toute évidence, n’est pas l’objectif qu’elle s’assigne. Elle adresse un signal d’alarme ou, du moins, ce qui peut être entendu comme tel.

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Philippe Maréchal

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