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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« Freedom »

FRANZEN Jonathan

(L’Olivier)

 

Le roman qui fit causer lors de la précédente rentrée littéraire. Un pavé. Un authentique pavé sensé refléter la société américaine contemporaine. Agrémenté d’interrogations existentielles. Sur l’achèvement du rêve américain, par exemple, au cours des quarante dernières années. Ou sur l’usage que l’on fait de l’autre côté de l’Atlantique des libertés. Sur le sens des guerres que mène la nation, mère de toutes les démocraties. De quoi, pour le moins, intéresser le Lecteur. Qui s’est cependant souvent ennuyé à accompagner la multitude des personnages sensée représenter la dite société. A une nuance près : celui de Patty Berglund, femme égarée, épouse que l’on croit conventionnelle mais dont il fut amené à découvrir qu’elle avait vécu une sorte d’exaspérante passion. Une femme en souffrance qui se prive d’avenir. Un roman toutefois loin du chef d’œuvre qu’annonçaient quelques exégètes réputés compétents.

 

 

 

 

« Barroco tropical »

AGUALUSA José Eduardo

(Métailié)

 

Luanda. Théâtre de tous les tumultes. Au centre de la scène : Bartolomeu Falcato, l’écrivain. A égale distance, quelques femmes, dont Barbara l’épouse et Kiria, la chanteuse, accessoirement maîtresse de l’écrivain. A la périphérie, le petit peuple de la capitale angolaise. Et puis, dans les coulisses, les puissants, politiques, affairistes, militaires, et tous leurs redevables. Dont les irruptions révèlent l’ampleur de leurs crimes. Agualusa brosse un tableau quasiment apocalyptique de la société angolaise. Mais le Lecteur, lui, n’a plus ressenti ce bonheur rare de la découverte, celui qui fut sien lorsque, par exemple, il découvrit « Les femmes de mon père ». La machinerie Agualusa ne lui est plus inconnue. Le récit s’enchaîne de manière trop prévisible, l’ironie s’édulcore tout autant que s’atténue la virulence. Non qu’elles fussent l’une et l’autre absentes du roman. Non. Elles se retrouvent et s’amalgament bien souvent. D’où ce plaisir diffus qui fut celui du Lecteur.

Et puis Agulusa sait, en quelques phrases, rendre palpables des réalités politiques, sociales, économiques. Comme dans ce court paragraphe qui résume et concentre la problématique angolaise : «  Luanda se précipite à toute allure vers le Grand Désastre. Huit millions de personnes hurlant, pleurant et s’esclaffant. Une fête. Une tragédie. Tout ce qui peut arriver arrive ici. Ce qui ne peut pas arriver arrive aussi. Nous sommes au XXI° siècle. Nous en sommes très loin. Nous baignons dans la lumière. Nous sommes plongés dans l’obscurantisme et la misère. Nous sommes incroyablement riches. Nous produisons la moitié des diamants vendus dans le monde. Nous avons de l’or, du cuivre, des minerais rares, des forêts à exploiter et de l’eau en quantité. Nous mourons de faim, du paludisme, du choléra, de diarrhée, de la maladie du sommeil, de virus venus du futur, pour certains, et, pour d’autres, d’un passé sans nom. » C’est dans ce contexte qu’évoluent les personnages, en particulier au sein de la Termitière, immense gratte-ciel jamais achevé, où les nantis occupent les usages supérieurs tandis que la plèbe est reléguée dans les sous-sols. Là où se noue le drame, où se déroulent les confrontations, où se réalisent tous les négoces. Là où l’abjection atteint au pire.

 

 

 

« Home »

MORRISON Toni

(Bourgois)

 

Il est des plaies qui jamais ne se referment, d’atroces souvenirs qui à tout jamais hantent les mémoires. C’est ce qu’il advient à Frank, gamin qui fut le témoin, dans une bourgade du Texas, du lynchage d’un de ses voisins, noir comme lui. Crime commis par une meute enragée de blancs. Quelques années plus tard, au retour d’une guerre qui ne l’a pas fait citoyen de plein droit, Frank part à la recherche de sa sœur, celle qui l’accompagnait le jour du crime. Il finit par la retrouver en Georgie, sorte de prisonnière consentante d’un médecin (blanc) qui se livre sur elle à d’abominables expérimentations. Au cours de son périple, entre Seattle et la Georgie, il aura au préalable découvert une Amérique blanche imprégnée d’un racisme qui ne se dissimule pas.

Ce roman épuré, expurgé de toute fioriture, a bouleversé le Lecteur. Un roman qui même s’il traite d’évènements « historiquement » datés, reflète une situation qui présente bien des analogies avec celle qui est faite aux noirs dans l’Amérique contemporaine. Il suffit d’observer l’actuelle campagne électorale made in USA pour comprendre qu’en effet une part importante de la population blanche continue à entretenir les vieux mythes issus de l’histoire de l’esclavagisme. Le roman va cependant bien au-delà de ce constat. Dans sa dernière partie, le frère et la sœur réunis, il est celui d’une démarche singulière. En revenant sur les lieux du crime, en recherchant les ossements de celui qui fut lynché puis en leur offrant une sépulture décente, les deux personnages affrontent l’horreur et conquièrent ainsi la dignité que leur refusaient leurs oppresseurs.

« Frère et sœur glissèrent le cercueil aux couleurs pastel dans la tombe verticale. Lorsqu’elle fut recouverte de terre, Frank tira de sa poche le morceau de bois incrusté de sable et deux clous, qu’il enfonça à l’aide d’une grosse pierre pour le fixer à l’arbre. Un clou se recourba et devint inutile, mais l’autre tint suffisamment pour exposer les mots que Frank avait peints sur l’écriteau en bois.

          Ici se dresse un homme. » 

 

 

 

 

« Les raisons de mon crime »

KUPERMAN Nathalie

(Gallimard)

 

Marianne est chômeuse. Martine, sa cousine, vit d’expédients. Les deux femmes se retrouvent, exhument par bribes les moments de leur enfance et de leur adolescence. Des moments pas très drôles, surtout pour Martine. Marianne va progressivement s’enliser, dans une sorte de mouvement d’assimilation à la situation de sa cousine à qui elle a proposé d’écrire son histoire. Une descente aux enfers dont il n’est pas certain qu’il soit un jour possible de s’exhumer.

Le Lecteur est très partagé à l’égard de ce roman. S’il a apprécié son côté provocateur, il fut plus que réticent devant le spectacle parfois caricaturé jusqu’à l’excès qu’offrent celles auxquelles notre société n’offre aucune échappatoire. Qui deviennent donc doublement victimes d’une férocité qui s’exerce à bon compte.

 

 

 

 

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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