Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« Crâne chaud »

QUINTANE Nathalie

(P.O.L.)

 

Nathalie Quintane poursuit son « bonne femme » de chemin. Avec toujours cette belle impertinence qui en d’autres circonstances réjouirent le Lecteur. Ce qui est assez rare dans l’univers si souvent aseptisé du roman franchouillard. Dans ce roman, pour traiter du « sentiment sexuel », l’écrivaine s’est trouvée une accompagnatrice de choix : Brigitte Lahaie. Le Lecteur ne vous fera pas l’affront d’esquisser une notice biographique de l’actrice qui dispense désormais ses conseils sur une radio généraliste à des auditeurs le plus souvient inquiets sur les manifestations saugrenues de leur sexualité. Donc Brigitte Lahaie, guide et non référence pour Nathalie Quintane qui prend un malin plaisir à bousculer ses lecteurs, à les renvoyer de Gertrude Stein à Elio Pietri, à les contraindre à traverser des contrées mille fois défrichées et pourtant toujours méconnues. Le jeu est subtil, hilarant parfois. Le Lecteur, rendu à sa singularité, s’est laissé prendre au piège. Tenez. « J’ai lu quelqu’un dire : la grande littérature, elle parle d’amour et de mort, le reste c’est peanuts (cacahuètes). Parler d’autre chose que d’amour et de mort, c’est comme décortiquer des cacahuètes, deux cents pages sur autre chose que l’amour et la mort, c’est comme un grand tas de cacahuètes. Si tu parles de l’amour, mais pas de la mort, ce sera un petit tas de cacahuètes ; ce sera déjà quasi de la littérature, en bon chemin. »

Le Lecteur a savouré un petit tas de cacahuètes. Point trop petit. Encore qu’il eût volontiers décortiqué un second petit tas. Par exemple après avoir lu cette phrase-là : « Pourquoi les nerfs du cul sont-ils reliés au cerveau et de là produisent des phrases ? (pensai-je). » Ou bien encore : « Par ailleurs, cela ne sert rien d’accuser Jésus de s’être pris pour le fils de Dieu. On aurait mieux fait d’accuser Dieu de s’être pris pour lui-même. » Mieux encore ? « Un démocrate comme… je ne sais pas… Manuel Valls… est-ce que ça peut s’accorder en quoi que ce soit avec une forte poussée hormonale, faire image… »

Et Brigitte Lahaie ? Elle rôde. Elle frôle autant l’Auteure que le Lecteur. Elle guide en effet, parfois. Elle cause. « Le papotage n’est pas forcément l’équivalent de la cyprine, en littérature (je préfère prévenir). Je n’ignore pas ce qu’il y a de moralement condamnable à papoter de Brigitte, à la faire passer de modèle politique à persona, mais ça m’ennuie que dans cinquante ans on ne puisse plus savoir qui est ou vraiment fut Brigitte alors que son émission m’aura en quelque sorte fourni un patron possible de construction progressive d’une intelligence commune – au passage me tirant d’affaire. » !

 

 

 

 

 

 

« L’homme qui aimait ma femme »

GREGGIO Simonetta

(Stock)

 

Frustration plus que déception. Le Lecteur s’était à ce point enthousiasmé pour un précédent roman de Simonetta Greggio (« Dolce Vita ») qu’il fit l’acquisition de celui-ci les yeux fermés. Il s’est confronté à un texte fort convenu : l’histoire de deux frères qui aimèrent la même femme. En dépit de quelques réminiscences qui réveillèrent des fulgurances analogues à celles qui le tinrent constamment en éveil et l’exaltèrent durant sa découverte de « Dolce Vita ». Cette œuvre-ci n’est point négligeable, certes. Mais elle ronronne, s’égare, s’éparpille. Et surtout, elle ne concerna pas le Lecteur.  

 

 

 

 

 

« Le couvre-feu d’octobre »

HAMELIN Lancelot

(L’Arpenteur)

 

La guerre d’Algérie. Dont le personnage principal est partie prenante. Pied Noir d’origine espagnole, Octavio quitte Oran en 1955 pour mener ses études Paris. Paris où la guerre s’impose à lui, où elle le conduit à choisir son camp, celui du FLN. Reste que la guerre est la guerre, toute pleine de violences aveugles, de mensonges, de dissimulations, de trahisons. Car Octavio finira par trahir et se réfugier chez son frère aîné, flic acoquiné avec l’OAS.

Le Lecteur que cette période de l’histoire concerne au plus haut point s’est souvent senti très proche du propos de Lancelot Hamelin. En particulier dans les pages qui laissent entrevoir ce que fut le colonialisme : la négation même de l’humanisme. Et plus encore dans celles où le romancier brosse un tableau saisissant de ce que fut le bidonville de Nanterre : un lieu d’entassement où des milliers d’algériens survivaient dans des conditions effroyables, luttant avec des moyens dérisoires contre le froid, la faim, la maladie, soumis constamment à l’arbitraire perpétré par les chiens de garde (dont certains prétendent, aujourd’hui encore, qu’ils furent les exécutants méritants de ce qu’ils ont le culot d’appeler la République !). Mais aussi dans les pages que l’écrivain consacre à la nuit du 17 Octobre 1961, nuit du crime d’état préparé et organisé par un certain Papon, alors préfet de police de Paris. Il y a beaucoup d’authenticité dans toutes ces pages qui rappellent que le pire fut commis par des gens qui oeuvraient sous le label « Liberté/Egalité/Fraternité ».

Le Lecteur ressent toutefois, le livre refermé, un malaise diffus. Non point tant en raison des rares imprécisions (Non ! Ce n’est pas en mai 1958 mais en avril 1961 que Michel Debré, Grand Chambellan du Général, appela « les Français à prendre les armes et à bloquer les rues, au cas où la garde prétorienne envahirait la Capitale…). Mais dans ce qui s’apparente à la quête d’une vérité hors des sentiers de l’histoire. En faisant par exemple de l’ami d’Octavio ce jeune communiste (et de filiation communiste et résistante) qui s’englue progressivement dans l’idéologie nationaliste franchouillarde au point de la faire sienne et d’œuvrer sans le moindre état d’âme parmi les parachutistes de la Bataille d’Alger. En abordant de manière un peu simpliste les contradictions entre nationalisme et internationalisme. Reste tout de même un roman passionnant, écrit par un auteur étranger à cette guerre, un auteur dont le regard s’essaie à pénétrer les recoins les plus obscurs, en particulier ceux où se dissimulèrent les si rares « européens » qui prirent fait et cause pour les nationalistes algériens.     

 

 

 

 

 

« Manège »

REY ROSA Rodrigo

(Gallimard)

 

Roman percutant, qui a su séduire le Lecteur, tout autant que le séduisirent ses précédentes rencontres avec Rodrigo Rey Rosa. Dans ce roman, le narrateur accompagne son père à une vente de chevaux organisée par le Patriarche qui régente la région de Paolo Verde, au Guatemala. Alors que les hôtes festoient, un incendie se déclare dans les écuries. Le plus beau des étalons, celui dont le prix de vente est le plus élevé, meurt dans les flammes. Qui a commis ce forfait ? Un inconnu, qui s’avérera être un avocat, suggère au narrateur « d’écrire quelque chose sur ceci ». Donc cette étrange affaire. Les deux hommes s’introduiront chez le Patriarche sous le prétexte que le Narrateur souhaite acquérir un poulain. Le Narrateur qui découvrira que l’avocat n’est rien d’autre qu’un homme de paille du Patriarche. Roman sur la pourriture, le pouvoir, la violence. Roman qui ne peut laisser indifférent. Court. Condensé. Passionnant.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
Voir le profil de Philippe Maréchal sur le portail Overblog

Commenter cet article