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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« La mer, le matin »

MAZZANTINI Margaret

(Robert Laffont)

 

De l’Italie à la Libye. Et l’inverse. Destins croisés. Celui d’une famille italienne contrainte par Mussolini à s’exiler à Tripoli, là où elle vivra parmi les populations indigènes. Jusqu’au jour où la Libye s’émancipera, lorsque Kadhafi prendra le pouvoir et qu’elle se verra obligée de regagner l’Italie. « Sous les fondations de toutes les civilisations occidentales, il y a une blessure, une faute collective. » Une faute qui n’est rien d’autre que le colonialisme. Destins croisés. Celui d’une famille libyenne, contrainte à l’exil, en ces temps si proches où le Raïs ne tardera plus à être chassé du pouvoir, quand la guerre foudroie celles et ceux qui se retrouvent pris dans un engrenage dont les mécanismes leur sont étrangers. Aucune analogie entre ces deux destins. Simplement l’inouïe brutalité du déracinement. Et le drame pour ceux qui s’en viennent de Libye et naviguent sur un rafiot de fortune. Un récit épuré qui a bouleversé le Lecteur. Pas la moindre trace de manichéisme. La narration des moments les plus violents, les plus douloureux de vies brisées. Brisées par la grande machine de l’Histoire. Donc aucune illusion. « Elle sait comment finissent les dictateurs. Quand leur corps devient un mannequin que l’on traîne par terre. Le déchaînement insensé de la colère posthume. Pas la moindre joie, rien qu’un macabre trophée qui salit les vivants. La mémoire est une couche de chaux sur les trottoirs du sang… »

 

 

 

 

« A quoi jouent les hommes »

DONNER Christophe

(Grasset)

 

A quoi jouent les hommes ? A parier sur des chevaux lancés dans des cavalcades insensées. Le Lecteur, qui n’est point familier du PMU, s’est ennuyé plus qu’il ne soit permis à parcourir ce roman. Il fut désarçonné bien avant d’avoir atteint l’avant-dernier obstacle.

« À cheval sur mon bidet
Quand il trotte, il est parfait
Au pas, au pas, au pas,
Au trot, au trot, au trot,
Au galop, au galop, au galop ! »

 

 

 

 

 

 

 

« Avant la chute »

HUMBERT Fabrice

(Le Passage)

 

De toute évidence, Fabrice Humbert poursuit la mise en forme d’une œuvre originale. Le Lecteur avait apprécié un précédent ouvrage, « L’origine de la violence ». Une violence que l’écrivain met ici une fois encore à nu. « Le monstre sait-il qu’il est un monstre ? » Cette interrogation parcourt la totalité de ce nouveau roman. Un roman qui juxtapose trois récits. Celui de la fuite de trois femmes colombiennes vers un improbable Eldorado : une mère et ses deux filles, dont le mari et père vient d’être assassiné. Celui d’un sénateur mexicain cerné par les cartels de la drogue. Celui d’un gamin d’une banlieue populaire, observateur des dérives de son grand frère qui monte dans la hiérarchie des trafiquants de drogue. Le Lecteur ne fut, bien qu’intéressé par le propos, que partiellement convaincu.

 

 

 

 

« Personnages secondaires »

ZAMBRA Alejandro

(L’olivier)

 

Les personnages secondaires des romans. A l’image de ceux dont le narrateur fit la connaissance dans « Madame Bovary ». Qui sont aussi ceux dont nul ne parle dans les manuels d’Histoire. Même lorsque cette Histoire est celle du Chili contemporain, celui qui va d’Allende jusqu’au retour de la démocratie, en passant bien évidemment par la dictature du sinistre Pinochet. Le narrateur appartient de toute évidence à une famille qui ne prit pas parti, qui se tient à distance. Ce que lui reprochera plus tard le Professeur : « (Le Professeur) m’a demandé comment ça s’était passé dans ma famille, je lui ai dit que mes parents n’avaient pas bougé pendant la dictature. Le professeur m’a regardé avec curiosité, ou plutôt avec mépris. Disons qu’il m’a regardé avec curiosité, mais j’ai senti que dans son regard il y avait aussi du mépris. » Ce que confirmeront, plus tard, lorsque le Chili en eut fini avec la dictature,  les propos de son propre père : « Pinochet était un dictateur et tout ce qu’on voudra, il a tué des gens, mais au moins, avec lui, il y avait de l’ordre. »

Mais le Lecteur ne voudrait pas réduire ce roman à une sorte de traversée littéraire de la dictature (et à ses conséquences sur la société chilienne contemporaine). Ce roman est d’abord et avant tout un brillant exercice littéraire qui installe les personnages secondaires au cœur de la tourmente, qui leur donne chair et densité. Un roman à la sensibilité maîtrisée, un roman sans fioritures, un roman dépouillé, mais cependant étranger à l’hyperréalisme.

 

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Philippe Maréchal

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Yola 26/01/2013 17:29


Le monstre sait-il qu'il est un monstre? Qu'en penserait le «maître» de la Syrie?