Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

« La servante et le catcheur »

CASTELLANOS MOYA Horacio

(Métailié)

 

San Salvador. Fin des années soixante-dix. La dictature vacille face aux assauts des mouvements révolutionnaires. Le Viking, vieux flic au bout du rouleau, participe aux opérations destinées à terroriser celles et ceux qui veulent en finir avec cette dictature. De son côté, Maria Elena, femme de ménage au service d’une riche famille salvadorienne, découvre que ses jeunes patrons se sont volatilisés. Quelques confidences distillées par des voisins lui permettent très vite de comprendre que les flics sont à l’origine de cette disparition. Elle va alors tenter de retrouver le Viking, cet ancien catcheur qu’elle connut dans un passé déjà lointain. Ce faisant, elle se confrontera aux violences perpétrées par la soldatesque à la solde d’un régime moribond ainsi qu’aux multiples combats de rue. Jusqu’à ce que l’effroyable réalité lui soit révélée.

Le propos de Castellanos Moya (écrivain révélé par la maison d’édition québécoise « Les Allusifs) n’est pas de raconter ce que fut l’histoire des derniers jours de la dictature salvadorienne. A quelques exceptions près, et de façon marginale, les principaux protagonistes en sont en effet absents. Il dissèque de manière quasi chirurgicale les processus d’une violence certes initiée par ceux qui s’accrochent au pouvoir mais à laquelle répond, sous des modalités différentes, la violence dont usent les groupes qui ont engagé un combat à la vie à la mort contre la dictature. Ce propos n’est pas neutre. Le tableau que brosse l’écrivain des troupes à la solde des maîtres du Salvador ne laisse place à aucun doute. Mais la description détaillée des méthodes auxquelles ont recours les jeunes révolutionnaires laisse entrapercevoir ce que pourraient devenir leurs pratiques dès qu’ils accéderaient au pouvoir. Ce roman fut reçu par le Lecteur comme celui du désenchantement. La geste révolutionnaire, dès lors qu’elle s’adosse à la violence, dès lors qu’elle légitime la violence, contient en germe les tares du système politique en devenir. Un étrange et fulgurant raccourci qui résume les dévoiements des révolutions au cours du 20° siècle (et qui anticipe peut-être sur le dévoiement des révolutions du 21° siècle ?).

 

 

 

 

« Les affligés »

WOMERSLEY Chris

(Albin Michel)

 

Une diffuse impression de déjà lu. L’histoire de l’adolescent accusé du meurtre de sa sœur. Sa fuite. L’Australie du début de l’autre siècle. L’Australie engagée aux côtés des Alliés lors de la première guerre mondiale. Une guerre à laquelle le présumé meurtrier participera, dont il reviendra abîmé. Mais déterminé à retrouver ses proches. Sauf qu’il est toujours considéré comme le meurtrier. Et qu’il lui faut donc avancer avec une infinie prudence pour entrer en contact avec sa mère mise en quarantaine puisque suspectée porteuse des miasmes de la grippe espagnole. Lorsque surgit une étrange fillette avec laquelle il engage un improbable dialogue mais qui surtout l’aidera à mettre un nom sur l’assassin de sa sœur.

Donc rien de bien nouveau. Un récit plutôt bien huilé qui tint à peine le Lecteur en haleine. Un récit dont il s’extirpa en se demandant s’il était bien raisonnable de consacrer du temps à ce genre de littérature-là.

 

 

 

 

« Snuff »

PALAHNIUK Chuck

(Sonatine)

 

La star du porno met un terme à sa carrière sur un fantastique exploit : s’ouvrir aux assauts, durant la même nuit, de six cents mâles parmi les plus virils. Et cela, bien entendu, devant les caméras. Quelques-uns des prétendants narrent à tour de rôle la phase de préparation puis les instants les plus saugrenus du tournage. Ils sont relayés par Sheila, sorte de conseillère, confidente, secrétaire, et même maquilleuse de la star. Rien de bien corrosif dans cet amoncellement. De l’ennuyeux parfois. Quelques moments de drôlerie, en particulier lors de l’apothéose que le Lecteur s’interdit de résumer pour ne point gâcher les attentes de ses amis pornocrates. Un roman ordinaire bâti avec des matériaux supposés sortir de l’ordinaire.

 

 

 

 

« Les Œuvres de miséricorde »

RIBOULET Mathieu

(Verdier)

 

Voilà un texte singulier qui tranche avec l’ordinaire de l’édition franchouillarde. Un texte qui interroge sur des problématiques sur lesquelles le Lecteur s’essaie à réfléchir depuis de longues années. Comment des hommes ont-ils pu devenir, au cours du siècle qui vient de s’achever, les acteurs des guerres les plus insensées que l’humanité ait jamais connues ? Pourquoi cette résignation à subir cette folie sanguinaire, celle-là même qui poussa des millions de jeunes gens, français et allemands à s’entretuer au point d’entremêler leurs cadavres sur les mêmes territoires lors du premier conflit dit mondial ? Pourquoi ce qui est pis que l’aveuglement entraîna le peuple allemand à non seulement subir le joug nazi mais plus encore à se faire l’instrument de la barbarie ? Pourquoi tant de français se résignèrent-ils à accompagner ces mêmes nazis dans leur sinistre besogne ?

Le récit de Mathieu Riboulet n’est évidemment pas réductible à ces seules interrogations si brièvement et si maladroitement consignées. Mais c’est tout de même parmi les insondables « dénaturations » qui furent le fait de deux peuples « civilisés » que l’écrivain s’essaie à trouver ne serait-ce que l’amorce d’une explication. Pour ce faire, il explore le corps de celui qui, en d’autres circonstances, eût pu être « l’ennemi ». Un corps qui consent à être exploré, qui explore lui aussi. Comme si le corps « étranger » contenait les mystères de la fureur humaine. Dont le reflet apparaît si souvent dans les œuvres du Caravage, ces œuvres auxquelles Mathieu Riboulet fait plusieurs fois référence. « Je serre un peu plus son corps de bourreau du Baptiste et l’embrasse, nous rions, repoussons à hier nos corps criblés de balles, torturés, découpés. »

La quête peut-elle aboutir ? Mathieu Riboulet semble en douter, et le Lecteur doute tout autant que lui. « Toucherais-je jamais l’endroit du corps, de l’âme où les nazis oeuvrèrent, le lieu où se dissout ce qui nous tient debout ? » Tout cela n’est pas de l’histoire ancienne. L’abomination n’a pas pris fin le 8 mai 1945. Elle jalonne l’histoire de l’humanité. Elle se répète sous des formes sans doute nouvelles, mais elles sont bel et bien une constante. Il n’est donc d’autre exigence que de tenir la conscience en éveil. « Et si j’étais né dans le Schleswig-Holstein en 1915, aurais-je pu, quelque part en Ukraine, abattre au bord d’une fosse qu’on leur a fait creuser des rangs entiers de Juifs, nus, et pousser de la crosse ou du pied les cadavres rétifs, achever d’une balle ceux à qui il échut de sombrer dans la fosse sans avoir pu mourir ?Aurais-je eu le courage de retourner mon arme contre moi ?... »

Voilà, à n’en pas douter, un livre en tout point remarquable. Puisse-t-il émerger du magma des littératures de pacotille qui s’accumulent sur les rayonnages, y compris dans les librairies les mieux intentionnées ?

 

 

 

 

Aparté

 

« Libération » et Gérard Lefort (Gérard Lefort que je tiens en très haute estime) ont tenté, en fin de semaine dernière de me convaincre que Marcela Iacub a commis un chef d’œuvre littéraire avec la narration de sa liaison avec celui qui ambitionna de s’installer sur le trône (mais dont les ambitions furent contrariées par une sordide histoire de fellation) de Roi de la Raie Publique Française. Je suis bien évidemment dans l’incapacité de formuler une opinion sur le dit chef d’œuvre. Puisque je ne l’ai pas lu. Et que je ne le lirai sans doute pas. Marcela Iacub est-elle cet écrivain qui, à sa façon, s’inscrit à son tour dans la lignée des plus éminents créateurs qui bousculèrent l’ordre établi ? La lecture, certes irrégulière, de ses chroniques hebdomadaires ne m’en avait jusqu’alors pas convaincu. J’avais parfois apprécié un certain penchant provocateur, mais je n’avais décelé ni dans le fond ni dans la forme l’émergence du génie. Ceci étant, je ne prétends pas détenir en la matière quelque vérité que ce soit.

Il n’y a qu’une chose qui, dans l’immédiat me gêne et qui donc me rend méfiant, y compris à propos de l’analyse de Gérard Lefort : la répugnante odeur du fric. Celui qui remplit les poches de l’individu dont tant de socialistes avaient fait leur prétendant pour cet étrange prix de l’Arc de Triomphe qu’est notre élection présidentielle. Cet individu-là, oui, m’a toujours répugné, pour d’évidentes raisons politiques. Il fut de gauche par opportunité et non par conviction, puisque servile serviteur du système capitaliste avec lequel il ne cessa de composer (et avec lequel, sans aucun doute, il continue de composer). Ceci précisé, la répugnante odeur de fric remonte également du cloaque dans lequel pataugent des épiciers en édition et leurs affidés. Je suis pour le moins étonné que la Géniale Créatrice qui soliloque chaque samedi dans Libé ait usé de l’Etrange Animal Sexuel comme matériau littéraire si peu de temps après la sordide affaire qui défraya les chroniques. Je suis pour le moins étonné qu’un épicier en édition se soit empressé de publier un texte dont l’aliment n’est rien d’autre que la relation sexuelle entre la Géniale Créatrice et l’Etrange Animal déjà mentionné. Le livre n’est-il pas, d’abord et avant tout, une juteuse affaire commerciale ?

N’ayant nulle envie de jouer le rôle du dupe, j’éviterai de fréquenter ce que je pressens n’être qu’un objet de consommation normalisé. A l’âge qui est le mien, la narration des jeux sexuels qui réunirent Marcela et  Dominique ne provoqueraient que des émois accessoires et ne seraient en aucune façon en mesure de favoriser mon émancipation.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Philippe Maréchal

citoyen du monde
Voir le profil de Philippe Maréchal sur le portail Overblog

Commenter cet article

Yola 03/03/2013 17:24


Que Marcela Iacub ait usé de sa relation avec DSK comme matériau littéraire, pourquoi pas, c'est son affaire. Pour que cela reste de la littérature, il aurait fallu qu'elle taise le nom de ce
partenaire; seuls la construction du récit, le style importent aux lecteurs, sinon on tombe dans le people, le coup médiatique