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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique D'André Blanchemanche


"Villages" de John UPDIKE (Seuil). Voilà tellement longtemps que le Lecteur fréquente Updike qu'il s'interdit à l'égard du romancier américain, décédé voilà bientôt deux ans, la moindre malveillance. Même si ce roman l'a plutôt laissé sur sa faim. Même si la verve de l'auteur lui paraît s'être émoussée. Même s'il a parfois eu l'impression d'évoluer sur un terrain connu, peut-être même trop connu. "Villages" recèle toutefois de petits trésors. Moins dans les reflets de ce que fut la vie semi-rurale américaine (les dits "Villages") voilà 40 ou 50 ans, que dans les portraits des quelques femmes qui se hasardèrent sur les sentiers tortueux de leur émancipation. Ce roman n'est évidemment pas un aboutissement: il n'est qu'un fragment dans une œuvre conséquente.

 

 

"Sur la plage de Chesil" de Ian McEWAN (Gallimard). Une histoire d'amour contrariée, inaboutie qui a pour cadre l'Angleterre du début des années 60. La rencontre d'un historien en devenir et d'une talentueuse violoniste. Pour le Lecteur qui atteignit à l'âge d'homme en ces années-là, McEwan restitue plutôt bien les peurs génératrices des blocages qui entravaient et paralysaient les amours naissantes, qui leur interdisaient d'atteindre à l'accomplissement. Avec, au bout du compte, des blessures qui ne se refermaient jamais. Un roman à contre-courant, puisqu'il induit que la libération sexuelle consécutive au séisme de mai 68 fut plus qu'un bienfait, une nécessité! Une nécessite inaboutie....

 

 

"Terres rares" de Vassili AXIONOV (Actes Sud). Comme une histoire du post-soviétisme et l'irruption dans l'univers capitaliste des jeunes loups affamés issus de la matrice bolchevique. C'est parfois drôle. Mais le Lecteur considère tout de même que ce roman russe, si peu iconoclaste, s'inscrit sans vergogne dans l'air du temps.

 

 

"Dernier tramway pour les Champs-Elysées" de James Lee BURKER (Rivages). Le Lecteur ne s'intéresse presque plus aux polars. Lui qui en dévorait plusieurs dizaines chaque mois. Au temps de ses voyages missionnaires, dans les trains ou dans les avions. Mais pour rien au monde, il n'ignorerait les romans de James Lee Burker. A ses yeux, un des plus grands parmi les plus grands. Ce "Dernier tramway" est un pur chef d'œuvre. Noir de noir. Au plus profond de cette Amérique réactionnaire, raciste, puritaine. La Louisiane. Un polar ne se raconte pas. Le Lecteur ne fournira donc pas le moindre indice. Il précise toutefois que l'œuvre résonne comme un blues ou, plus exactement, comme une série de blues qui s'entremêlent pour chanter les souffrances, le mal vivre, nimbés de ces fugitives étincelles qui scandent ce qui pourrait ressembler à un espoir diffus. Mais au fait, polar? N'est-il pas temps d'abattre les cloisons étanches et de rendre à la littérature ce qui lui appartient!

 

 

"Exit le fantôme" de Philip ROTH (Gallimard). Le Lecteur pressent qu'il atteint au terme d'une aventure. Cet antépénultième roman de Philip Roth le lui signifie. A travers le récit dont l'auteur a confié la responsabilité de l'écriture à Nathan Zuckerman. Une fois encore, une fois de plus. Pour une sorte d'adieu à ce personnage que les familiers de Philip Roth connaissent bien. Ce personnage qui a traversé l'histoire contemporaine de l'Amérique. Ce personnage qui, dans cet ultime récit (?), quitte son ermitage pour retrouver New-York, pour y vivre une ultime passion (?) tout en cheminant dans les ornières de son passé. Au cours de cette sorte de semaine sainte où l'Amérique progressiste gravit son Golgotha en portant la croix que constitue la réélection de Bush Jr. Le Lecteur fréquente Roth depuis fort longtemps ("Goodbye, Colombus", "Portnoy et son complexe"...). Roth est, en quelque sorte, un intime. Dont il s'indiffère qu'il soit nobélisable ou pas. Puisque Roth occupe, dans sa modeste histoire de la littérature contemporaine, une place d'exception. Et que son vieux cœur s'est emballé à écouter une fois encore les cris de rage contenue proférés par Nathan Zuckerman.

Et qu'il n'est pas loin de partager cette opinion que Roth confie à une comparse: "Pendant les années de guerre froide, en Union Soviétique et dans ses satellite d'Europe de l'Est, ce furent les écrivains dignes de ce nom qui furent proscrits; aujourd'hui, en Amérique, c'est la littérature qui est proscrite comme capable d'exercer une influence effective sur la façon qu'on a d'appréhender la vie. L'utilisation que l'on fait couramment de nos jours de la littérature dans les pages culturelles des journaux éclairés et dans les facultés des lettres est tellement en contradiction avec les objectifs de la création littéraire, aussi bien qu'avec les bienfaits que peut offrir la littérature à un lecteur dépourvu de préjugés, que mieux vaudrait que la littérature cesse désormais de jouer le moindre rôle dans la société."

En Amérique, cher Philip? Mais n'est-ce pas pire encore en France, ce pays où l'on prend un malin plaisir à singer l'Amérique jusqu'à outrepasser la caricature?

Allons! Aujourd'hui, et par respect, par amitié pour Philip Roth, je contiendrai mon propos et n'irai donc cracher ni sur Frédéric ni sur Nothomb! 

 

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Philippe Maréchal

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