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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique D'André Blanchemanche

 

"La lune dans son envol" de Gilbert SORRENTINO (Actes Sud). Une vingtaine de nouvelles dont l'auteur (américain) est totalement inconnu du Lecteur. Réactions mitigées. L'ennui en deux ou trois circonstances. Rires (ou sourires) parfois. Mais aussi de franches rigolades, telles que celles générées dans le texte intitulé "La dignité du labeur". Dans l'air du temps. Où l'on découvre tant d'analogies avec des problématiques hexagonales. Qui, par exemple, s'empilent dans les exigences d'un directeur de succursale. "Ignorez les secrétaires. Ne parlez pas avec les employés d'UPS. Ne parlez pas au facteur. Ne traînez pas avec ces putains de routiers. Ne vous inquiétez pas de tous les petits détails de l'inventaire. Pourquoi mon stylo ne marche pas. Renvoyez le chauffage. Qu'est-ce que vous voulez dire commande en souffrance. Fermez votre chemisier. Fermez votre jupe. Remontez votre culotte Ne réveillez pas le chat qui dort..."

 

 "Le sel sur la plaie" de Jean Prévost (Zulma). Zulma a eu la bonne idée de rééditer un auteur mort au combat dans le maquis du Vercors le 1 août 1944. Avec ce roman des années trente qui narre la prodigieuse ascension sociale d'un arriviste, une sorte de Rastignac, Sauf que lui choisit la province plutôt que Paris. Qui crée une entreprise de presse (aujourd'hui, on dirait plutôt de "communication") pour mieux atteindre aux périphéries du pouvoir d'alors: la députation. L'œuvre est bien évidemment datée. Mais elle laisse entrevoir les comportements des Rastignac d'aujourd'hui qui ne sont jamais que des copies-conformes de leurs aînés.

 

 "Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi" de Arto Paasilinna (Denoël). Décevant. Malgré quelques trop rares moments de franche rigolade. L'histoire de ce parvenu, riche industriel, acoquiné à dix femmes sensées représenter toutes les couches sociales finlandaises marque comme un essoufflement chez un écrivain dont le Lecteur avait maintes fois vanté le talent. Une erreur de parcours? Ou une fin de parcours? Cela ne devrait plus tarder à se vérifier, l'écrivain finlandais étant particulièrement prolixe.

 

 "Nous voilà" de Jean-Marie LACLAVETINE (Gallimard). Quelques fachos, pilotés par un célèbre avocat, s'emparent, en 1973, du cercueil (et de la dépouille afférente) du vieux maréchal. Direction Douaumont. Sauf que l'odyssée ne se déroule pas son les vœux de l'instigateur de l'opération. La route des ravisseurs croise, en plein cœur de Paris, celle de manifestants venus du Larzac et interfère avec deux électrons libres qui survivent à la marge des mouvements post soixanthuitards. L'épopée ne constitue qu'un alibi à Jean-Marie Laclavetine pour dresser des portraits au vitriol de quelques uns des acteurs majeurs de ces mouvements-là. Sans cracher dans la soupe. Sans caricaturer. Sans donner des gages à Celui qui prétend clore définitivement le grand livre des utopies avortées. Ce dont le Lecteur lui sait gré. Qui applaudit, lui, le Lecteur à cette sorte d'allégorie: le cercueil (et ce qu'il reste de la charogne du vieux maréchal) emporté par la Seine, vingt cinq ans après le rapt, vers une destinée peu glorieuse. Comme une sorte de naufrage de la collaboration ou, plus précisément, des collaborations qui scandent, selon des modalités évidemment différentes, les phases principales de l'histoire de France. Voilà donc un roman que le Lecteur a pleinement savouré, dont il s'est délecté, dont il a apprécié les petites pointes poivrées et pimentées.

Dans ce tableau, par exemple, d'un grand raout qui réunit autour de "jeunes" mariés les élites de la nation: "Ils vont rater les viandes, les desserts, les rumbas, ne verront pas l'ex-candidate socialiste tenter une danse du ventre sous l'œil attendri de quelques adhérents du Medef, ni tel ministre de droite, par ailleurs ancien mao, entreprendre un sirtaki endiablé en tenant par l'épaule le directeur d'une chaîne de télévision commerciale, ni le maire de Bordeaux se lancer dans un slam décoiffant, ils n'assisteront pas à l'aimable déchaînement festif qui connaîtra son comble vers une heure du matin, moment des confidences émues, des retrouvailles sincères, des plans sur la comète, des promesses solennelles et légèrement titubantes..."

Maréchal, les voilà! Et ça n'a rien de ragoûtant. Heureusement pour eux; les cœurs purs continuent à se tenir à la marge et à déserter les festins!

 

 Une fois l'an, de vieilles badernes décernent des bons points. Qui font les affaires des éditeurs. Ou, du moins, du petit nombre de ceux qui sont, bien souvent, les mandataires des vieilles badernes. Le Lecteur ignore, en règle générale, les romans bompointisés. Au mieux, il les fréquente quelques années plus tard. Lorsqu'ils reposent enfin sur les rayons de la Bibliothèque après une longue période d'errance dans les mains des gens pressés de vivre l'actualité, laquelle n'a rien à voir avec la littérature. Ou lorsqu'ils traînent, dans une indifférence générale, parmi les vieilleries qui se vendent aux puces de Palavas ou de Carnon. Reste que le cru 2009 concerne deux écrivains avec lesquels il entretient des relations empreintes de respect et d'admiration. Pierre Michon, tout d'abord, honoré par l'Académie Française. Même s'il considère, Lui, le Lecteur que cette Institution est un mouroir encore plus sinistre que le Sénat. Car, Il l'a écrit voilà seulement quelques semaines, au terme de sa découverte de "Les Onze" (Verdier): Pierre Michon est, à ses yeux, un des écrivains majeurs de ce temps. Quant à Marie NDiaye, même si sa première gallimardise l'avait déçu, Il fut fasciné par les premiers romans de cette auteure plutôt singulière. Au temps où elle avait confié sa destinée littéraire aux Editions de Minuit. Le Lecteur, pauvre comme Job, n'a évidemment pas découvert, à l'inverse des vieilles badernes goncourtisantes, la seconde gallimardise de Marie NDiaye. Puisque la fascination demeure intacte, il ne serait guère étonnant qu'il commette au cours des prochaines semaines un larcin en la bonne librairie Sauramps.

Quant au troisième prix, décerné à une starlette médiatouilliquement correcte, mais qui n'est, aux yeux du Lecteur guère plus qu'un étron littéraire, il a provoqué de tels éclats de rire qu'une bonne douzaine de couches-culottes auront été nécessaires pour endiguer certaines débordements!

 

 

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Philippe Maréchal

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