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Le temps qui passe

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15160839.jpg "La chambre aux échos" de Richard POWERS (Le Cherche Midi). La vie d'un homme, bouleversée à la suite d'un accident de la route et d'un coma. Un homme qui entraîne dans les tourbillons de sa lente renaissance quelques autres personnages. Sa sœur, en tout premier lieu. Le neurologue qui s'est intéressé à son cas. Au fil des pages, c'est l'Amérique qui s'extirpe du magma des souffrances, des doutes, de la violence.

"Moyen de décision le plus laborieux jamais connu, la démocratie allait son chemin raboteux. Navire aux voiles gonflées par le souffle des hommes....." Sauf que les hommes ne sont pas tous égaux, que le souffle des riches est plus puissant que celui des pauvres. Du moins lorsqu'il s'agit de régner sur le bien commun. Ce sur quoi le renaissant met le doigt au terme de sa renaissance. Tandis que les grues poursuivent leurs migrations, désormais confrontées à une très provisoire éternité.

"Les oiseaux sont immenses, bien plus grands qu'il ne l'avait imaginé Leurs ailes battent l'air lentement, à pleines brassées, les longues rémiges s'arquent de très haut au-dessus du corps puis replongent loin dessous, comme un châle sans cesse remonté sur des épaules oublieuses. Les cous se tendent et les pattes traînent; au milieu, le léger renflement du corps semble un jouet d'enfant suspendu à des ficelles. Un oiseau se pose à six mètres de l'affût. il agite ses ailes dont l'envergure dépasse la taille de Weber. Derrière l'animal, des centaines d'autres atterrissent. Et leur escale sur ce terrain privé n'est qu'une amusette, comparé au spectacle grandiose qui se donne dans de plus vastes sanctuaires. Les cris s'accumulent et se font écho. Un chœur unique et factieux, désaccordé, s'étire sur des kilomètres dans toutes les directions jusqu'au pliocène."

Le Lecteur reste comme arrimé à ce roman d'exception. Une œuvre magistrale, qui vibre d'authentique humanité et qui ne cesse d'interroger sur le sens de ce qu'il est convenu d'appeler le "progrès".

 

 

"Des poupées et des dieux" de Paul WEST (Gallimard). C'est d'indifférence qu'il s'agit. Même si le roman de Paul West contient quelques pages qui ont retenu l'attention du Lecteur, suscité son intérêt. Vingt après sa publication aux Etats-Unis, ce roman n'est peut-être pas le chef d'œuvre annoncé par Gallimard.

 

 

"Honecker 21" de Jean-Yves CENDREY (Actes Sud). Ce doit être précisé d'emblée: le Lecteur se sent très proche du Romancier. Et "Honecker 21" ne fait que renforcer cette proximité. Cendrey n'aime pas ce que devient la société dans laquelle il vit. Il le proclame haut et fort, dans un style tout plein de vigueur et de tonicité, agrémenté d'un humour acerbe. De Berlin, où il a choisi de vivre. Avec ce personnage blafard, cet Honecker qui n'est rien d'autre qu'un allemand ordinaire (et non l'autre, le petit binoclard qui fut aux commandes de feue la RDA). Un personnage qui, avec une certaine forme de jubilation, se résignera à se laisser broyer par la machinerie dont il fut une composante active. Un personnage dont les cris de souffrance se contiendront, puisque le monde d'aujourd'hui s'insupporte à entendre ne serait-ce que leur écho.

"Elle (l'usine) est là, monumentale et fumante, reine faramineuse qui halète sous sa cuticule de poussière, et s'alimente et s'alimente, vide de longs wagons bleu canard que ses minuscules sujets poussent jusqu'à ses bouches et ses mandibules, et pond et pond des montagnes de sacs d'engrais blancs comme des œufs, et dans l'effort lâche des vents qui vous importunent jusque loin dans les dédales des marais grouillants de pipelines aux allures d'anacondas."

 

 

"Un train nommé Russie" de Natalia KLIOUTCHAREVA (Actes Sud). Nikita traverse en train la Russie contemporaine. Cette Russie qu'il est sensé avoir en lui. Mais qui se révèle à lui dans la multitude de ses abcès purulents. Le tableau est saisissant, d'une brutalité qui dépasse parfois l'entendement mais qui n'est, sans aucun doute, que le reflet de la réalité. Les cris de rage non contenue se conjuguent à ceux de la colère qui se nimbe d'un désespoir diffus. Le Lecteur qui s'essaie de découvrir les quelques œuvres russes qui se traduisent en français considère ce roman comme le plus passionnant de ceux qu'il a lus au cours de ces dernières années.

"J'en ai assez de tes tragiques sagas. Raconte-moi au moins une histoire "positive" sur la Russie, à la fin. Ou bien il n'y en a pas? D'ailleurs est-ce que c'est arrivé, un jour, même il y a très longtemps sous quelque tsar des Pois du temps de Mathusalem par exemple, qu'il ait fait bon vivre ici?"

NB/ Un coup de pied au cul de l'Editeur qui laissa passer cette énormité: "Enfin la poétesse avisa le micro , et son visage recouvra une expression vaguement sensée...."

 

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