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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique D'André Blanchemanche

15160839.jpg"Mangez-le si vous voulez" de Jean TEULE (Julliard). Le Lecteur devrait se méfier de certains de ses préjugés. Jusqu'à ces derniers jours, il observait Jean Teulé avec une certaine condescendance. Jean Teulé ne figura-t-il pas au sein de la troupe des amuseurs vespéraux qui officiaient autrefois sur Canal+? D'où cette interrogation adjacente: la noble mission de l'écrivain est-elle on non compatible avec les fonctions de pétomane? Le Lecteur prétendait que non. La rencontre avec ce roman lui prouve qu'il a eu tort. Donc il méaculpate.

Car voilà un roman dont la brièveté peut certes surprendre, mais qui provoque un choc dont il est bien difficile de se remettre. Le 16 août 1870, alors que les armées impériales, celles de Napoléon le Troisième, subissent avanies sur avanies, un jeune périgourdin, plutôt bien de sa personne, gentil, serviable, avenant, courtois, s'en vient visiter une foire rurale. On est loin de la guerre. On ne sait rien, ou si peu. Et voilà que le malheureux jeune homme va prononcer quelques mots qui vont le désigner à la vindicte populaire. En quelques heures, il va être battu, puis lynché, puis torturé, puis brûlé vif sur la place du village. Quelques tortionnaires goûteront même aux restes calcinés de la victime.

L'affaire est véridique. Le talent de Jean Teulé, c'est de la reconstituer sans la moindre fioriture, sans adjoindre au récit aucun détail superflu. L'Ecrivain va à l'essentiel, ce qui contraint d'emblée à s'interroger. Sur ce que fut ce drame, bien entendu, ses causes, ses motivations. Pourquoi de braves paysans, d'honnêtes gens, ont-ils endossé le costume du bourreau? Pourquoi cette résurgence de la barbarie au cours d'une belle après-midi d'été? Mais le propos de Jean Teulé ne se limite pas à l'affaire en elle-même: il fait usage de l'affaire comme d'un révélateur de ce que peuvent (re)devenir les comportements humains lorsque s'égare la Raison.

 

 

"Le grand exil" de Franck PAVLOFF (Albin Michel). L'Equateur. Le réveil du volcan. L'improbable rencontre d'un vieil homme, jardinier chez un richissime propriétaire terrien, et d'une jeune femme, militante des causes humanitaires. Cela donne un roman d'aventure, un roman comme le Lecteur aime en découvrir de temps à autre. Avec ce qu'il faut de dépaysement, de bons sentiments, ce qui n'est en aucun cas négligeable par les temps qui courent.

 

 

"La barque silencieuse" de Pascal QUIGNARD (Seuil). Voilà un bon bout de temps que le Lecteur n'avait plus fréquenté Pascal Quignard. Ce qu'il ne se reproche pas. Même s'il fait sien l'un des paragraphes de ce livre qui est comme une navigation erratique dans l'univers des solitudes. "Lire est une expérience qui transforme de fond en comble ceux qui vouent leur âme à la lecture Il faut serrer les vrais livres dans un coin car toujours les vrais livres sont contraires aux mœurs collectives. Celui qui lit vit seul dans son "autre monde", dans son "coin", dans l'angle de son mur. Et c'est ainsi que seul dans la cité le lecteur affronte physiquement, solitairement, dans le livre, l'abîme de la solitude antérieure où il vécut. Simplement, en tournant simplement les pages de son livre, il reconduit sans fin la déchirure (sexuelle, familiale, sociale) dont il provient."

Donc un livre étrange, un livre dérangeant qu'accompagne, que scande l'écriture, si belle, si racée, classique pourquoi pas?, de Pascal Quignard. Lequel Quignard pose, tout au long de son errance littéraire, des questions qui préoccupent au plus haut point le Lecteur, questions aux quelles l'Ecrivain répond à sa façon, avec sa vision à lui, en s'appuyant sur un vécu qu'il évoque de temps à autre avec une infinie pudeur. La liberté, la douleur, la mort......"C'est la rançon de la liberté que la vulnérabilité totale à laquelle elle abandonne. Si nous ne dépendons plus du pouvoir de personne, nous ne pouvons plus attendre de secours de rien. Les églises étaient devenues les seuls réservoirs de vide, de profondeur, de silence, abîme pour les quelques athées qui persistaient dans ce monde." Pascal Quignard avait auparavant précisé: "Je nomme athée celui qui vit sans dieux, dont l'âme est sans foi, dont la conscience est exempte de peur, dont les mœurs ne s'appuient pas sur des rites, dont la pensée est sauve de toute référence à dieu, diable, démon, hallucination, amour, obsession, dont la mort est accessible à l'idée de suicide, dont l'après-mort est néant."

Pascal Quignard, cet écrivain à part que le Lecteur avait délaissé depuis quelques années, est un des acteurs majeurs de la littérature française contemporaine.

 

 

"Monsieur Kraus et la politique" de Gonçalo M. TAVARES (Viviane Hamy). De l'art non pas de faire de la politique, mais de n'en pas faire tout en donnant l'illusion que l'on en fait. En usant d'un langage qui n'est que la superficie du langage. Ce qui renvoie à la façon d'être en politique pour ceux et celles dont la mission n'est plus d'œuvrer pour le bien public. L'étude de ce petit opuscule devrait être rendue obligatoire pour tous les énarchiants.

 

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Philippe Maréchal

citoyen du monde
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mobensim 29/01/2010 00:26


Les critiques de Blanchemanche sont à elles seules des petits plaisirs de littérature.