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Le temps qui passe

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"Le supplice de l'eau" de Percival EVERETT (Actes Sud). Ambitieux mais décevant? Le Lecteur a fréquenté ce roman en même temps qu'il s'attelait à la découverte du "Livre des violences" de Vollmann. Exigences situées à un niveau trop élevé? Peut-être. Voilà un roman qui narre la vengeance du père, celle d'un homme dont la fille fut assassinée et qui, un beau jour, enlève puis séquestre un inconnu auquel il fait tenir le rôle du coupable. Au cours d'un récit chaotique, cet homme, à travers son drame personnel, met à nu l'ambiguïté des relations entre victime et bourreau, entre victimes et bourreaux. Donc une sorte de reflet de ce que la société américaine a produit, entre les attentats du 11 septembre et la torture pratiquée par les soldats américains à Guantanamo. Le Lecteur n'a pas été convaincu par ce type de construction. D'où ses réticences.

 

 

"Le Truoc-nog" de Iegor GRAN (P.O.L.). En 2003, le Lecteur avait raté ce roman qui, à sa façon, commémorait les 100 ans du Goncourt. Drôle. Mais sans férocité. Puisque l'Auteur avait alors choisi de s'installer dans la peau de Goncourable, écrivain sans talent, dont le piètre roman figure dans la liste établie par les vieilles badernes qui agonisent au sein du jury. Le Lecteur a souvent souri. Des sourires contenus. C'est à peu près tout.

 

 

"Vers l'aube" de Dominic COOPER (Métailié). Roman de la solitude. L'homme qui atteint à la soixantaine marie sa fille unique puis incendie sa modeste demeure. S'ensuit une fuite désespérée et la confrontation aux splendeurs estivales de l'Ecosse. Lorsque s'en revient l'automne, comme pris de remords, l'homme effectue le périple inverse. Jusqu'à l'aboutissement. Il y a dans la description des paysages écossais des flamboiements qui ne sont pas sans rappeler Giono. Soit donc, et en conclusion, un hommage que rend le Lecteur à Dominic Cooper.

 

 

"Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina KHADRA (Pocket). La midinette qui sommeille sous la carapace du Lecteur s'est réveillée voilà quelques jours. Lorsqu'Il a lu les dernières pages du roman. Là où, dans un étrange ballet plutôt bien ficelé, tous les protagonistes de l'histoire, morts ou vivants, renouent amours et amitiés. L'Histoire, Elle, ne leur a pas fait de cadeaux. En cette Algérie de leur enfance et de leur adolescence. Des années trente jusqu'à la guerre d'Indépendance et ses ultimes convulsions. L'explosion. Les irrémédiables déchirures.

Le Lecteur qui n'en finit pas de solder sa traversée d'une guerre à laquelle il ne fut pas convié reproche à Khadra un certain angélisme consensualiste. Comme si l'écrivain avait voulu rendre son roman acceptable (ou tolérable?) par un lectorat franchouillard qui, dans son ensemble, reste ignorant de ce que furent les réalités de cette guerre. Ses réalités, mais aussi et surtout ce que furent, tout au long des 150 années de la domination française, les extrêmes violences perpétrées par les colonisateurs.

"Ce que le jour doit à la nuit" n'est pas, loin s'en faut, une œuvre négligeable. Elle occupe, le Lecteur le certifie, une place originale au sein des littératures francophones. Celle des vrais romans d'amour et d'aventure. Sachant que l'amour est d'abord et avant tout celui que l'écrivain porte à la terre qui l'a vu naître. Cette Algérie dont le Lecteur se souvient que dans la classe de l'école primaire qu'il fréquenta, une carte de géographie établissait les contours précis des trois départements sensés vivre et se régenter selon les modalités qui prévalaient au sein de la République égalitaire. Sauf que ces départements étaient peuplés majoritairement d'arabes ou de kabyles privés des droits fondamentaux accordés aux européens. Une réalité que Khadra n'ignore pas, qu'il décrit parfois avec beaucoup de pertinence, mais qu'il dissimule trop souvent derrière le magma des amitiés qui rapprochent l'arabe, le juif et le français. Alors que le "vivre ensemble" n'a de sens que dans une société au sein de laquelle "tous les hommes naissent libres et égaux".

 

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