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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

 

"Le rêve entouré d'eau" de Bernard CHAPUIS (Stock). La chasse au trésor. Quatre objets à la recherche desquels se lancent les membres d'une Confraternelle. Le Lecteur salue l'audace de l'Ecrivain qui, en ces temps de crise, aura su fédérer quatre romans en un seul, permettant ainsi à l'Editeur de réaliser d'appréciables économies et d'éviter le sacrifice de quelques stères de bois.

 

 

"Le dernier crâne de M. de Sade" de Jacques Chessex (Grasset)."Wie sind wir wandermüde - ist dies etwa der Tod?" (Comme nous sommes las d'errer! Serait-ce déjà la mort?"). Les deux vers d'Eichendorff concluent le roman de Jacques Chessex. Qui sans doute avait ressenti cette lassitude que génère l'errance et qui mourut voilà bientôt un an. Le Lecteur est un familier de l'Ecrivain suisse. Puisque, d'aiguille en fil, il le fréquente depuis une bonne quarantaine d'années.

Cet ultime roman est une sorte de pied-de-nez à tous les bien-pensants, à tous les calotins, à tous les moralistes, à tous les fous d'un quelconque dieu. Donatien-Alphonse de Sade décède, en décembre 1814, à l'hospice de Charenton. Il a convaincu (du moins l'espère-t-il) le jeune médecin qui l'accompagne (à défaut de soulager ses maux) de ne pas accomplir d'autopsie sur son cadavre et de veiller à ce qu'aucun crucifix ne vienne enlaidir sa tombe. La curetaille s'invitera aux obsèques. Puis la tombe sera ouverte en 1818, tombe d'où sera extrait le crâne du défunt. La relique et ses copies passeront ensuite de mains en mains, jusqu'à celles du narrateur. Non sans avoir laissé, au gré de leurs errances, de sulfureuses et inaltérables traces. "Le dernier crâne de M. de Sade" ponctue avec une ironie grinçante une oeuvre exceptionnelle. Celle de Jacques Chessex que le Lecteur salue une fois encore.

 

 

"Les aimants" de Jean-Marc PARISIS (Stock). "Il n'y a pas d'amour heureux". Voilà un court roman qui constitue un exercice d'aragonisation plutôt réussi. Ce qui, dans le langage du Lecteur, relève de l'hommage. Eva (Elsa) et le narrateur (Louis) se fréquentent mais ne forniquent pas. Le Lecteur extrapole, bien entendu. Mais c'est bien d'amour courtois dont il s'agit dans ce roman, un amour inscrit dans la durée jusqu'à ce que la maladie (le cancer?) n'emporte Eva, l'amie, la confidente, l'aimée. Ne manquent au récit que quelques-uns des grincements de dents si mal dissimulés dans la musique si bien ordonnée de l'oeuvre la plus troublante d'Aragon ("Le roman inachevé"), grincements qui obligent à s'interroger sur la nature réelle des relations Louis/Elsa. Quoiqu'il en soit, le roman de Jean-Marc Parisis n'est pas chose négligeable.

(Les extrapolations du Lecteur feront peut-être grincer quelques dents?)

 

 

"La convocation" de Herta MÜLLER (Métailié).Le Lecteur se contrefout des récompenses littéraires. Mais obligation lui est faite de reconnaître (voir une précédente chronique) que les jurys du Nobel ont, l'an dernier, placé sur le devant de la scène une Auteure d'exception. "La convocation" narre le quotidien d'une ouvrière qui, dans la grisaille de la Roumanie de Ceausescu, s'est essayée à entretenir le rêve de l'évasion, le désir d'un ailleurs un peu plus coloré. Trahie, dénoncée, elle est alors interrogée par un flic (qui n'est rien d'autre qu'un flic) qui la convoque au gré de ses humeurs. Aucun pathos. Le flic n'est qu'une sorte de parenthèse dans le récit. Un récit qui exhibe les plaies purulentes d'une société de l'enfermement. Cela donne de la grande, de la très grande littérature.

 

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Philippe Maréchal

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