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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

 

"La Montagne de minuit" de Jean-Marie BLAS DE ROBLES (Zulma).Le Lecteur est perplexe. Voilà un (court) roman dont l'écriture et le style l'ont enchanté. Il fait sienne cette mise en garde: "... tu contribues au déclin de la rationalité qui assombrit notre début de siècle; une vaste embrouille des cerveaux où se nourrit le plus lointain minuit des hommes. S'il y a quelque chose de pire que la religion, c'est le mythe; la littérature est bien incapable de changer le monde, mais dis-toi qu'elle a encore les moyens d'entretenir ce qui le désagrège." Alors? Fut-il piégé par l'Ecrivain au point de s'être laissé aveuglé par le récit de la passion de Bastien pour le Tibet et le lamaïsme? Bastien, gardien reclus dans un collège de jésuites? Bastien le mal aimé? N'a-t-il point perçu les subtilités et les nuances qui s'insinuent dans les deux voix qui se juxtaposent: celle de Rose et celle de Paul son fils. Rose qui réside, à Lyon, dans le même immeuble que Bastien. Rose qui matérialisera le rêve du vieil homme et lui offrira le voyage de Lhassa. Où elle se confrontera aux remugles d'une histoire dont les nazis ne sont pas absents.

Donc piégé, le Lecteur? Ou peut-être inattentif? Ce qu'il retient de cet ouvrage, ce qui lui confirme que la mise en garde citée ci-dessus est valide, c'est cette sorte de postface, la petite quinzaine de pages dans lesquelles Blas de Roblès éclaire son roman, cette petite quinzaine de pages qui lui sert à exorciser les mythes. Le Lecteur a-t-il usé de subterfuges pour donner un peu de consistance à sa perplexité?

 

 

"Les Jeux de la nuit" de Jim HARRISON (Flammarion).N'en déplaise aux grincheux, Jim Harrison n'a rien perdu de sa verve. Le Lecteur n'a en effet rien trouvé dans cet ouvrage de ce qui pourrait justifier des véhéments reproches formulés sur France-Culture par une critiqueuse patentée. Au point qu'il se demande si cette pourfendeuse intégriste a vraiment lu le second des textes, "Chien Brun, le retour"! (Des retrouvailles! Chien Brun avec lequel le Lecteur fit connaissance dans "La femme aux lucioles").

Le Lecteur est toujours fasciné par l'art si particulier de Jim Harrisson de faire évoluer ses personnages dans leur relation à leur environnement. Géographique (où le Montana occupe une place centrale). Culturelle. Humaine. Economique. Sociale. Tout ce qui donne consistance à la vie. Que l'on soit une adolescente (Sarah) obsédée par l'idée de la vengeance à l'encontre de celui qui la viola. Que l'on soit un exclu du miracle américain (Chien Brun). Et même que l'on soit devenu une sorte de loup-garou incapable de se contenir les nuits de pleine lune! Harrison reste un formidable conteur.

 

 

"On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux"de Robert BOBER (P.O.L.). Là, le Lecteur le concède: il triche. S'il a vibré à la lecture de ce faux vrai roman, c'est qu'il y a retrouvé des pans entiers de sa vie. Puisque le récit débute avec la préparation du tournage du film de François Truffaut "Jules et Jim". Puisqu'il l'emporte ensuite dans l'immensité de la foule qui participa aux obsèques des victimes de Charonne (13 févier 1962, le Lecteur n'avait pas encore vingt ans!). Puisqu'il y croise Roger Vailland. Puisqu'il l'entraîne au Père Lachaise, jusqu'au Mur des Fédérés. Puisque, enfin, il le convie dans un voyage jusqu'à Berlin.

Le Lecteur abrège: il a vécu dans la proximité de tant de ces évènements que relate Bober. Il a, par exemple, écouté et aimé Joël Holmès. Le Lecteur abrège, car l'essentiel du propos de Bober n'est évidemment pas contenu dans les pages de cette Histoire qui sont celles du début des années 60. Bober part à la recherche des traces des deux disparus, les deux pères (son père à lui, et le père d'Alex, son demi-frère) qui furent les époux successifs de sa mère, deux juifs polonais. Que s'en reviennent alors sur le devant de la scène les moments les plus effroyables de l'histoire contemporaine. C'est vrai: on ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux (la phrase est de Pierre Reverdy).

En guise de post-sciptum, puisque le Lecteur évoqua Charonne, quelques phrases sur les obsèques (dont le Lecteur suppose que Bober les a retrouvées dans l'Huma): "Les premiers rangs de la foule avaient atteint le Père-Lachaise avant que les derniers, au-delà de la République, aient pu se mettre en marche. Paris n'avait pas vu un tel cortège depuis des années. Combien étaient-ils, ces hommes et ces femmes, agglutinés dans la lente montée de l'avenue de la République, suivant les obsèques des huit manifestants tués le 8 février? Et les fleurs! ce fut une marée. Du haut de Ménilmontant, ces fleurs c'était comme un jardin en marche, submergeant lentement l'avenue de la République. Une des images les plus belles et les plus inoubliables qu'ait jamais offertes Paris à ceux qui aiment son peuple. Avec les fleurs, ce qui frappe le plus, c'est le silence. Pas un cri, pas un bruit ne sort de cette foule immense. On entend à peine le lent piétinement, sur le sol mouillé, de cette fantastique colonne qui accompagne ses morts vers les hauteurs de la ville, dans le vent glacial, les bourrasques de pluie et de grêle. Pendant toute la matinée, on ne verra pas un policier, pas un agent. Et jamais cortège n'aura été plus ordonné, plus discipliné, plus recueilli. Dans ce cortège, des mineurs de fond avec leur casque et leur lampe. Des déportés ont remis leur pyjama rayé d'il y a vingt ans. L'étoffe est délavée, fanée, grise comme celle d'un vieux drapeau. Après les fleurs, on porte de front les photos des victimes. Derrière, seule, la photo du petit Daniel Ferry. Un visage d'enfant. Il sourit, et ce sourire arrache des larmes à tous ceux qui le voient. Derrière la photo, suit immédiatement le fourgon funèbre de l'enfant recouvert de blanc."

 

 

"Mort de Bunny Munro" de Nick CAVE (Flammarion). C'est l'histoire d'un mec qui a deux grosses couilles en lieu et place du cerveau. Et qui vend des produits de beauté à des rombières. Insignifiant.

 

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Philippe Maréchal

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