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le monde de philippe

Alors, mystérieusement, entre en existence cette chose dans laquelle il y de la joie. Krishnamurti

La chronique d'André Blanchemanche

 

"Fille de rouge" de Isabelle ALONSO (Héloïse d'Ormesson). Le Lecteur a le préjugé tenace. Il se refuse à fréquenter les amuseurs inféodés aux chaînes de l'abrutissement télévisuel. Il lui a donc fallu accomplir un effort quasiment surhumain pour ouvrir l'autobiographique roman d'Isabelle Alonso, laquelle Isabelle officiait (au temps où il consacrait un peu de son temps à l'observation de la lucarne) "chez" un certain Ruquier. Le roman est recevable. Point génial, mais convenable. Avec ce qu'il faut d'émotion(s) contenue(s). Normal: l'histoire d'Isabelle Alonso est intimement liée à celle de la guerre d'Espagne (côté Républicains, bien entendu) et à l'exil de celles et ceux qui refusèrent de se soumettre. Des rouges, en particulier.

 

 

"La princesse des glaces" de Camilla LÄCKBERG (Actes Sud). Les hivers suédois sont particulièrement rigoureux. La belle Alexandra passera tout de même quelques jours dans la baignoire de sa villégiature. Transie à un point que cela n'est même pas concevable. Raide morte. Meurtre? Suicide? Une non point moins belle biographe et un flic, amoureux de la biographe, élucideront le mystère. En Suède, les secrets de famille ont la vie dure. Cela donne un polar qui se traîne parfois, qui s'alanguit souvent, mais qui ne manque pourtant pas d'un certain charme typiquement scandinave.

 

 

"Zulu" de Caryl FEREY (Folio Policier).Tout serait-il donc si noir dans l'Afrique de Nelson Mandela? Corruption, drogues, sida, crimes barbares. Un polar ne porte pas témoignage à la façon d'un reportage. Un polar est une forme d'investigation qui peut faire fi des réalités, ou bien encore jouer avec elles et les remodeler. Le Lecteur a pris le parti du polar. Des crimes barbares, de la drogue, le sida, la corruption. Des monceaux de cadavres. Quelques flics qui s'évertuent à élucider le mystère. Des nostalgiques de l'Apartheid. Des trafics insensés. Tous les ingrédients du genre. Du rythme. Echevelé parfois. Un exercice maîtrisé. Une réussite.

 

 

"Effondrement" de Horacio CASTELLANOS MOYA (Les Allusifs).Le Lecteur a déjà exprimé tout le bien qu'il pensait de l'oeuvre de l'écrivain salvadorien ("Déraison" et "Le bal des vipères", chez le même éditeur). Ce nouveau roman ne fait que le confirmer dans son appréciation. Un roman à la structure très particulière, qui narre l'histoire d'une famille placée en équilibre instable entre le Honduras et la Salvador, avant, pendant, puis après la guerre qui opposa brièvement les deux pays.

Avant? Côté Honduras. L'épouse dominatrice séquestre son époux afin de lui interdire de participer aux épousailles de leur fille avec un ressortissant salvadorien (lequel époux est par ailleurs président du parti nationaliste qui détient le pouvoir). Castellanos Moya use alors avec brio d'une écriture théâtralisée (dialogues incisifs, entrecoupés d'indications pour une éventuelle mise en scène).

Pendant? 1969. Honduras et Salvador. La guerre éclate. Brève mais point trop sanglante. Le père et sa fille correspondent par les voies traditionnelles, pendant que la mère, nationaliste exacerbée, use comme elle le peut du téléphone pour, entre autres, accuser de vive voix sa fille de collusion avec l'ennemi (le Lecteur abrège!).

Après? Cet après s'articule autour de deux pôles: l'immédiat de l'après puis vingt ans après.

L'immédiat de l'après se situe en 1972. Toujours sur le mode la correspondance entre la fille et le père. Le Salvador va vivre sa tentative de putsch. L'époux de la fille est assassiné. La mère n'a toujours pas pardonné la trahison et, désormais, elle s'exaspère contre la volonté d'émancipation de la jeune veuve.

Vingt après? Honduras. La mégère se meurt. La mégère est morte. Le récit s'en revient à un mode plus classique, donc romancé. Castallanos Moya confie alors la narration à l'homme à tout faire de celle qui est devenue une bien vielle et sinistre dame. Un homme à tout faire qui est alors le témoin privilégié de l'effondrement.

Voilà bel et bien un roman d'une facture exceptionnelle. Un roman original, peu conforme à l'héritage littéraire des grands maîtres latino-américains. Une remarque à la marge mais qui induit l'idée que Catellanos-Moya est déjà un de nouveaux grands maîtres de cette littérature-là.

 

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Philippe Maréchal

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